jeudi 19 janvier 2017

2017 la fleur au fusil





ARySQUE aura bientôt 5 ans.
Je m’en souviens précisément parce que c’était juste avant que ne démarre la campagne de la dernière présidentielle. On a failli y croire encore…

C’était il y a cinq ans et le ton de la campagne allait donner celui des années qui suivraient: Mohamed Merah fit des émules, Marine a gagné des points, la droite s'est décomplexée et la gauche complexée. 
La crise syrienne a empiré, l’Ukraine est passée en coup de vent dans ces cinq années (trois petits tours et puis s’en vont…), l’Europe a acté sa division et Obama a enfanté Trump avec l'aide de Poutine. 
Pendant ce temps-là, les morts syriens sont devenus si nombreux qu'on a cessé la litanie des chiffres quotidiens. En Méditerranée, des bateaux, plus nombreux et plus chargés encore, ont continué de sombrer. Dans nos rues, des enfants dorment sur des matelas crasseux.
What the fuck ?!

Lasse ! J’en ai ma claque de scruter et de dénoncer. Ras le bol de vitupérer en vain. Marre des incantations qui ne mènent à rien: cette année je laisserai mon travail loin de ces champs de bataille. Assez de dire et envie de faire.

Parce que ça couvait déjà dans les ateliers que je montais au square Gardette avec Yu Man en grand orchestrateur de jeux d’enfants et de poésies à raconter. Ces jours-là, j’ai eu l’impression - enfin ! - que mon travail avait une petite utilité. Je l’ai vu là: dans les yeux et les rires des enfants, dans le ravissement de leurs parents à les admirer demander un nouveau poème et une feuille de papier pour dessiner encore. 
Je l’ai vu dans l’application de Raphaël, habitant de la rue, découpant avec soin et pliant avec dextérité des bouts de prospectus publicitaires (« je suis désolé, c’est le la pub mais c’est coloré », lâcha-t-il un brin honteux…) pour en faire des oiseaux en origami ("technique indienne", a-t-il souhaité préciser, fier de m’apprendre les subtilités de sa technique). 
Je l’ai vu dans l’étonnement de son pote, immense avec son sound-system sur l’épaule, quand il a appris qu’un bout de gonzesse comme moi avait fait ce bonhomme assis sur une chaise et un arbre aussi grand qu’elle.
Cette côte-là les vaut toutes et si elle ne me nourrit pas, elle m’enrichit.

Or, il se trouve que j’ai fait des rencontres sur un passage en pente douce, encaissé et couvert de pisse. Un petit passage crottoire que parcourent chaque jour 400 gosses entre des murs gris : au nord, il y a l’école élémentaire, au sud, la maternelle. 

C’est  là que mes filles ont appris à lire. Là que j’ai transporté mon matériel pendant près de sept ans, pour rejoindre mon atelier Popincourt, encombrée de sacs et de longueurs de toile. Chaque jour, en le montant et en le descendant, j’imaginais des murs peints, des plantes ensauvagées et des enfants ravis. Et depuis quelques semaines, ces murs, je les dessine.

Parce que cette année, je la commence au jardin avec un rêve qui prend forme : métamorphoser le passage Beslay, son bitume et ses flaques de pisse, en Jardin des connaissances avec des fleurs comme des mots et des mots comme des fleurs. Créer là une agora créative à inventer avec les enfants et les plumes et pinceaux du quartier. 
Des dizaines de mètres linéaires à peindre, des mètres carrés à aménager en un jardin cosy, des partenariats solidaires à développer et des invitations à la créativité à lancer tous azimuts… Je ne sais pas bien où tout cela me mènera, mais vrai: je me régale !

Alors je fonce, tête dans le guidon, dix heures par jour et presqu’autant la nuit. C'est une lutte et c'est mon combat: 
parce que les rêves n’attendent pas, 
parce que la rue a besoin d'aimer ceux qui l'habitent 
et parce que l’enfance est impatiente !

Très belle année à tous !





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire