vendredi 29 avril 2016

La nuit, je veille



J'aime les heures secrètes qui précèdent l'aurore. Peut-être me rappellent-elles des départs à la nuit, en montagne, quand j'étais petite ou jeune fille. 
Toujours est-il que je m'obstine à me réveiller chaque nuit pour ne pas les manquer. Les yeux ouverts — en un clic semble-t-il — j'écoute s'effacer les derniers bruits de la nuit: ceux qui jaillissent encore de mes rêves écourtés et ceux, de plus en plus précis, qui viennent du dehors.
Je guette dans l'encre les sons menus qui font comme des touches colorées sur du noir. Cette nuit, les sirènes trop nombreuses racontaient la tension dans les rues de Paris et je pensais aux minots qui couraient après la Nuit debout. 


Puis le silence s'est fait et dans mon entre-deux de conscience, je les ai oubliés.

Parce que c'est l'heure où les muses m'assaillent. Juste là, quand il faudrait dormir! Je crois qu'alors, mes rêves s'entrecroisent avec mes bilans vaporeux des journées précédentes. Je gamberge à tout va, sans logique évidente, comme l'on fait quand on court, avec les rêves en plus et le silence à peine troublé de la nuit au plus noir, au plus froid.
Parfois c'est déprimant et je débusque des ogres tout droit sortis de l'enfance. Parfois, ce sont des cafards d'aujourd'hui qui n'en diffèrent guère, des privés comme des publics.

Mais souvent, c'est incroyablement productif! Un véritable jaillissement, un feu d'artifice! Je compose et recompose les travaux et les projets en cours, j'en invente de nouveaux, je me rappelle de tout, je trouve mille solutions probables ou improbables, je refais le monde, écris mes chroniques, invente des formes…
Dans le noir, dans la nuit d'encre, avant que les premières lueurs ne dessinent des silhouettes inquiétantes dans les vêtements éparpillés, je trouve des couleurs.

Alors je me rendors, à peine quelques minutes et le réveil sonne.
Totalement fracassée, je me dis en rampant pour sortir de mon lit: "avant de peindre, je dormais!"
Mais je n'attends qu'une chose: que la journée démarre et que je dessine encore! 
Vous avez vu ? Mon blog a changé de couleurs et quelques nouveautés sont annoncées sur son flanc droit, en haut.

Mais c'est jours-ci, sinon, je retombe en enfance avec Robert Desnos. La muse cette fois-ci, est une librairie. Elle ouvrira en mai avec des livres pour tous et un coin pour les petits. Je vous dis tout bientôt. 




vendredi 22 avril 2016

"Get on the boat, people"



Triste journée que celle d'hier.
Elle avait fort mal commencé avec le rappel de la date du jour, une sale date, le 21 avril. Elle avait surtout immédiatement empiré, implacable, avec le récit des survivants: ceux qui venaient de voir périr 500 des leurs en Méditerranée. 
Les beaux jours revenaient et avec le printemps, les noyades allaient reprendre en hécatombes. Eros et Thanatos en ordre de bataille. Rien de neuf, en fait.

Ouch ! Triste journée que celle d'hier.
Puis vint, le début de la soirée, cette heure où l'on s'arrête avec un livre ou le journal, un verre à la main, en poussant un soupir de soulagement pour marquer la fin de la course. 
C'est là, précisément, que le coup de grâce est tombé : Prince est mort !


Ouch !
Comme beaucoup, j'ai commencé par fredonner :
"Sometimes it snows in april
Sometimes I feel so bad, so bad.
Sometimes I wish that life will never ending…"

Parce que je ne saurais pas vous dire combien j'aime son swingue et sa guitare, son rock et son funk, combien je surkiffe d'entendre cet immense plaisir que manifestement, il prend à fouiller tous les registres pour trouver de nouveaux sons. Combien ses ballades et ses vocalises m'enchantent. 
Je ne saurais pas compter, non plus, les fêtes et les voyages avec lui : tous en fait, depuis mes 20 ans. J'adore Prince et sa perte me dit aussi, après Bowie, que mes vingt ans, mes 30 et mes 40, s'éloignent un petit peu plus… Ouch et re-ouch !

Parce qu'en toute sincérité, cette mort-là m'a retourné plus que celle de ces pauvres gens disparus dans la nuit, noyés comme des chatons qu'on ne voulait pas voir naître… J'ai un peu honte…
Bien sûr, cette proximité que l'on entretient avec les artistes qui accompagnent nos vies explique cet émoi décalé ; mais je crois que c'est terriblement plus simple et carrément effrayant : Prince ne meurt qu'une fois, alors que des migrants, il en crève tous les jours ! Voilà, c'est tout : la peine s'habitue… Elle n'a pas le choix.

Alors, moi aussi, j'ai écouté Prince toute la soirée, profitant de la veillée funèbre donnée par les radios qui envoyaient du son, et du très très bon sur Fip: du live, du Maceo et du Prince, ensemble. Quel monument !

Puis, j'ai rêvé que cette nuit, au royaume des morts, Prince donnait pour les 500 un de ses concerts privés dont il a le secret et qu'il pourrait pour eux, jouer avec Hendrix, avec Mozart et même avec Dvorak !

"Everything in darkness must come out into the light
When we love each other, that's the only way that's gonna be right.
Get on the boat, get on the boat, people.
Get on the boat now, we got a room for hundred more."


La veille, place de la République, là où la nuit se tient debout, des musiciens amateurs jouaient bien, ensemble pour la première fois, la Symphonie du nouveau monde.

"Time, Times"