samedi 14 novembre 2015

Des verres en terrasse et les cheveux au vent !



C'était une soirée parisienne un peu grise mais encore assez douce. Soirée d'automne clément.
J'étais allée voir et écouter à l'Odéon, Angélica Liddell nous envoyer à la gueule le désir hurlant de l'extase mystique, sa délectation devant la souffrance, le martyr, les corps écartelés… Dieu, cet absent perpétuel, "l'image manquante"… le désir frustré… et la violence inévitable.
En sortant, l'une d'entre nous a relevé que le pari était risqué, que dans d'autres lieux, le spectacle aurait été annulé ou plastiqué… 
Une demie-heure plus tard, nous apprenions les premiers attentats près du Canal Saint-Martin… Puis Boulevard Voltaire, en bas de chez moi… Mon quartier était bouclé. Mes coins de bitume étaient souillés de sang et j'étais sidérée.

J'avais eu envie de boire une bière avec des amis et cela m'avait empêcher de me trouver devant le Bataclan à la très mauvaise heure, ce que j'aurais fait si j'étais rentrée directement. 
Mais près de chez moi, des jeunes de mon quartier qui avaient eu cette même envie d'une bière avec des copains et d'un spectacle pour enrichir l'esprit, ceux-là étaient morts sous les balles des barbares.

Il n'y a pas de mot pour ces maux-là, aucun vocable, aucune parole pour l'indicible.
C'est juste une immense colère. On se trouve comme tapis devant l'avenir, comme des bêtes aux aguets.  Ce n'est pas seulement la peur de l'attentat, c'est l'intuition d'un danger plus global touchant au cœur de l'humanité, celle qu'on avait construite et qu'on a crue victorieuse… 
Peur qu'il faille défendre en payant un prix très lourd et sans certitude de victoire, cette vision ouverte et libre de l'homme et du monde. Pas seulement à cause des loups barbus ; mais aussi à cause de nos peurs, celles qui ébranlent jusque dans les urnes avec les votes de haine.
Nous aurions tellement besoin d'intelligence, de nuance et de tempérance ! 

Alors voilà, je ne peux pas dire que je n'ai pas peur. 
Mais je suis vivante. C'est une chance à ne pas laisser passer.
Il nous faut désormais vivre encore un peu plus fort, ne serait-ce que pour vivre toutes les vies volées, ce 13 novembre au soir. 
Vivre intensément … Avec de la musique, des verres en terrasse et les cheveux au vent !

(…)

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