vendredi 20 novembre 2015

Nous sommes vivants !


"Dream… when you're feeling blue… dream…", chante Etta James de sa voix phénoménale. 
Je savoure une bière fraîche et mousseuse en essuyant d'un doigt la fine moustache d'écume dessinée sur ma bouche. Je renonce aux gros titres de mon journal et leur préfère l'évasion des lignes sobres de mon bouquin. Je viens de passer une heure en ballade parisienne avec mes deux filles et j'attends l'homme que j'aime.
Voilà. C'est simple comme une soirée en liberté : infiniment précieux.

Je sais qu'au fond, je ne veux défendre que cela : la musique et son universalité, les livres, les spectacles et la création ; la quiétude d'une pause, la richesse d'un moment partagé ; l'amour des siens et l'amour des autres… 
Je veux juste des vies qui cherchent à se nourrir des autres et de leur culture, des vies au verbe haut, aimant autant l'esprit que chacun des cinq sens, des vies libres… 
Je veux que le monde s'enrichisse des savoirs et des créations de chaque génération, de chaque contrée. Je veux qu'on garde les traces du passé et qu'on développe les potentiels d'aujourd'hui. 

Je veux la vie, je veux la justice, je veux la diversité que "la culture rend adorable" (Alain), je veux l'abolition de la misère, sinon l'égalité.
Je veux boire, je veux manger, je veux baiser. Je veux lire, écouter, toucher, sentir, voir et que tout le monde puisse le faire et seulement s'il en a envie.

Je veux aussi me permettre l'humour pour que le rire l'emporte sur mes propres haines, parce que ce sont elles mes pires ennemies.





Et je veux qu'on se donne tous les moyens pour empêcher que des Infâmes puissent faire des émules : je veux de l'éducation, du développement partagé et du déploiement culturel.

Je suis idéaliste.
Je suis citoyenne du monde.

Et j'emmerde la haine !




jeudi 19 novembre 2015

Paris encore debout !

©Combo. Paris encore debout

Aujourd'hui ce n'est pas moi qui dessine, parce que ce matin, c'était juste un pur bonheur de croiser les types de Combo entre deux écoles de mon quartier à 200m du Bataclan.

Merci Combo pour ce coup de boost en allant travailler.
Merci pour les échanges que ces trois capitaines de la joie de vivre ont suscité entre les habitants d'ici.
Bonne journée Combo, bonne journée à tous les Parisiens et bonne journée à tous les habitants de cette planète complètement dingue.

Je crois que maintenant, avec l'aide de Dionysos et des petits bonheurs de cette ville, je vais pouvoir me remettre sérieusement au travail et finir de préparer ma prochaine expo de début décembre, la dernière à l'atelier…
A bientôt.

Plus d'infos sur Combo

mercredi 18 novembre 2015

Dionysos contre les terroristes



Quelques rayons de soleil posés délicatement sur les chapeaux de cheminées parsèment les toits de lumières scintillantes. D'une fenêtre voisine s'échappent quelques notes un peu soul. Sur le brouhaha des voitures du boulevard, tintent les rires des minots de l'école du quartier : la vie reprend doucement aux abords du Bataclan.

Ce matin pourtant, quand le réveil a sonné, nous étions déjà en plein drame et la radio débitait - frénétique ! - les nouvelles de l'assaut de Saint-Denis.

Je ne sais pas si c'est le vent du regain qui passait entre les velux. Je ne sais pas si c'est la petite heure d'insomnie (la nuit porte conseil), mais je vous jure que j'ai souri en entendant les infos. J'ai même failli éclater de rire.

Parce que les habitants de Saint-Denis s'appellent les Dionysiens. Parce que Dionysos est le dieu du vin et de ses excès, de la fête, du théâtre et de la tragédie. 
Parce que mon esprit d'escalier s'était remis en marche et que je goûtais fort cette ironie du sort qui s'abattait sur les infâmes du 13 novembre.

Born to be Alive, nom de Zeus !

mardi 17 novembre 2015

J'peux pas




J’habite un quartier merveilleux !
Un quartier plein de gosses, plein de jeunes.
Un quartier plein d’écoles, de petits appartements accessibles pour loger des étudiants.
Un quartier où tu peux manger dans tous les pays, à toutes les heures. Un quartier où l’on grandit sans se poser la question de savoir quelle est la couleur de ta peau parce que la question ne s’est jamais posée depuis ta naissance. Un quartier où des jeunes filles portant foulard rentrent du lycée avec leurs potes en mini-jupes en riant comment rient les jeunes filles. Un quartier où l’on prend de vos nouvelles, où l’on se dit salut sans façon entre voisins, où l’on se retrouve après le marché au bistrot du coin pour un café ou pour une bière.
Un quartier où l’on s’appelle Charles, Louise, Mehdi, Faïza, Aboubakar, Fatou, Chen, Adjit, Alfredo, Miguel, Hanz, Olga… Un quartier où tu prends toujours la précaution de savoir si les copains de tes gosses qui viennent dormir « mangent de tout » parce que c’est quand même pas compliqué de changer de menu et que voire, ça fait du bien.

Mais ces jours-ci, chaque fois que je passe le seuil du passage qui abrite mon logis, je ne peux que constater :
j’habite un quartier qui ne vit plus.
Un quartier en apesanteur.
Un quartier qui marche tête baissée, abattu, incrédule.
Un quartier devenu cimetière, sis au 50 boulevard Voltaire, Paris 11e
Un quartier qui ne comprend pas. Un quartier qui peine à faire son deuil et qui accueille le deuil de tous.

Ce matin sur le marché, ma fromagère brésilienne faisait défaut et avec elle un bon tiers des maraîchers. Ambiance étrange de bonjours aux sourires retenus et de stands désertés. Mais le marché tenait !
Chez le fleuriste, foule : t
out le monde avait en tête le carnage du Bataclan dont on voyait d'ici la façade colorée dominer les arbres du square… 


En finissant mon marché, quand je venais poser trois roses pour les victimes, une main se posa sur mon épaule. Les yeux rougis cernés de khôl, un bon visage de femme joufflue, enveloppé d’un foulard noir paré de quelques fleurs discrètes, planta son regard dans le mien et me dit, désemparée : « je suis désolée. C'est pas la peine. Ca ne répare rien.»
Elle avait raison : ces fleurs ne soulageaient que mon impuissance et cette mère musulmane pleurait pour tous les hommes parce que des monstres lui avaient volé son dieu, un 13 novembre, dans la salle de concert du quartier. Elle était plus perdue que moi et n'avait pas du tout mérité ça.

Je suis partie dépitée, en tournant le dos au Bataclan, essayant de penser à autre chose pour retenir les larmes. A l'atelier, pour essayer de reprendre mon souffle, j'ai écouté Piaf et Mistinguette, j’ai écrit encore et encore et de moult manières, le mot « vivons »…



… puis j’ai laissé filer mon doigt sur la tablette pour tenter de prendre du recul …



… de me construire quelques talismans au service d’une méthode Coué peu efficace.



Mais j’avoue : je n’peux pas.
Pas encore. Pas aujourd’hui.
Le poids est encore un peu lourd pour les nombreux cœurs légers qui font l’âme de cette ville… Mais ça viendra !


samedi 14 novembre 2015

Des verres en terrasse et les cheveux au vent !



C'était une soirée parisienne un peu grise mais encore assez douce. Soirée d'automne clément.
J'étais allée voir et écouter à l'Odéon, Angélica Liddell nous envoyer à la gueule le désir hurlant de l'extase mystique, sa délectation devant la souffrance, le martyr, les corps écartelés… Dieu, cet absent perpétuel, "l'image manquante"… le désir frustré… et la violence inévitable.
En sortant, l'une d'entre nous a relevé que le pari était risqué, que dans d'autres lieux, le spectacle aurait été annulé ou plastiqué… 
Une demie-heure plus tard, nous apprenions les premiers attentats près du Canal Saint-Martin… Puis Boulevard Voltaire, en bas de chez moi… Mon quartier était bouclé. Mes coins de bitume étaient souillés de sang et j'étais sidérée.

J'avais eu envie de boire une bière avec des amis et cela m'avait empêcher de me trouver devant le Bataclan à la très mauvaise heure, ce que j'aurais fait si j'étais rentrée directement. 
Mais près de chez moi, des jeunes de mon quartier qui avaient eu cette même envie d'une bière avec des copains et d'un spectacle pour enrichir l'esprit, ceux-là étaient morts sous les balles des barbares.

Il n'y a pas de mot pour ces maux-là, aucun vocable, aucune parole pour l'indicible.
C'est juste une immense colère. On se trouve comme tapis devant l'avenir, comme des bêtes aux aguets.  Ce n'est pas seulement la peur de l'attentat, c'est l'intuition d'un danger plus global touchant au cœur de l'humanité, celle qu'on avait construite et qu'on a crue victorieuse… 
Peur qu'il faille défendre en payant un prix très lourd et sans certitude de victoire, cette vision ouverte et libre de l'homme et du monde. Pas seulement à cause des loups barbus ; mais aussi à cause de nos peurs, celles qui ébranlent jusque dans les urnes avec les votes de haine.
Nous aurions tellement besoin d'intelligence, de nuance et de tempérance ! 

Alors voilà, je ne peux pas dire que je n'ai pas peur. 
Mais je suis vivante. C'est une chance à ne pas laisser passer.
Il nous faut désormais vivre encore un peu plus fort, ne serait-ce que pour vivre toutes les vies volées, ce 13 novembre au soir. 
Vivre intensément … Avec de la musique, des verres en terrasse et les cheveux au vent !

(…)

vendredi 13 novembre 2015

"Rhââ Lovely !", mais "what the fuck ?"



Big bazar et cartons partout, sacs de bulles et papiers de soie, morceaux de cartons et bouts de papier, empilement de books et de merdouilles… Voilà à quoi ressemble ces jours-ci la partie basse de mon atelier. 
Mais je vous fais grâce du squatt pré-déménagement et prends quelques photos sur la partie haute, là où, petit à petit, l'accrochage de l'expo Faut que j'moove ! prend forme, avec du neuf et du moins neuf. 

Côté rue, le trait filaire est déroulé en couleurs, sur grands formats le plus souvent, et petits quelques fois. De l'intime et de l'engagé, du “Rhââ Lovely !” et du “What the fuck ?”. Bref du ARySQUE, version toiles, dessins et ersatz d'installation (désolée, j'ai pas la place…).
Un espace plutôt coloré où tentent de se cacher les trois structures fanées de mon totem, témoins infaillibles du temps qui passe… Sans y parvenir tout à fait.

Côté cour, côté lumière, des fleurs ressuscitées, des petits cailloux qui causent, des madones et des anges… Bref, des histoires à dormir debout, parce que "Certaines histoires se promènent de par le monde à la recherche de certains épisodes qu'elles pourraient s'adjoindre". (Howard. A. Norman. L'Os à vœux, recueil de poèmes des Indiens crees). 

Rien n'est prêt mais tout devrait l'être pour vous recevoir une dernière fois à l'atelier Popincourt entre le 4 et le 6 décembre prochains. Vivement décembre !



jeudi 5 novembre 2015

Je m'présente, je m'appelle ARySQUE


Avant de quitter les lieux, permettez que je vous invite dans l'intimité de mon atelier, à ces moment précieux où les muses bavardent. Permettez que je vous raconte qui je suis et comment je travaille, parce que ça, je l'emporte avec moi après l'expo


et que je ne suis pas sûre de vous l'avoir déjà dit.
Donc.

J’ai appris à peindre petite fille avec une boîte de cirage et un tube de rouge-à-lèvres, sur des planches de bois ou des galets. Depuis, je peins avec tout ; je dessine à l’encre, au crayon, à la pipette ou au feutre ; j’entortille des fils de fer, je taquine la souris, je malaxe la boue ; je travaille mes toiles par devant et par derrière, je dédouble mes papiers, etc.
Mais cela ne me suffit pas : il me faut aussi écrire. Écrire encore et encore. Écrire, depuis toujours, pour le fond comme pour la forme, celle du verbe et celle de la lettre. Écrire pour raconter, pour dénoncer ; écrire aussi pour aimer.
Ce qui motive mon acte créatif ? Parfois, c’est une envie gestuelle – faire crisser la plume, laisser filer le trait, triturer la matière, projeter les encres – parfois, c’est une urgence à dire  : parce que des migrants meurent en Méditerranée, parce que les crimes de guerre se multiplient ou tout simplement parce que j’ai le bourdon ou au contraire de bonnes raisons de me réjouir. Parfois aussi, c’est une rencontre ou un lieu, un objet, une matière, un texte… et parfois, une commande.
Une fois lancée, j’avance pas à pas, interprétant au fil de ma création ce que mes “doigts intérieurs” (selon les mots d’Egon Schiele) me racontent. Je regarde mon travail évoluer en même temps que je le façonne et je tente de maîtriser ce qui peut l’être. Souvent, je jubile de me laisser surprendre en regardant les dillutions des encres ou les changements de texture d’un papier au moindre grattage, ou bien encore, en découvrant qu’une fleur orangée m’offre des teintes violines… À chaque étape, je suis parcourue de mots, de tentatives d’explications et je dialogue avec mon œuvre jusqu’à ce que je la comprenne.
Parfois, il suffit de quelques traits, de quelques tâches ; parfois, c’est plus long et je dois dévier, obligée de repenser – fond et forme ! – ce que j’avais envisagé… Mais à un moment, cela fonctionne, quelque chose s’équilibre dans la composition, dans les contrastes de matière… Et voilà que cela fait sens et que l’œuvre m’autorise à arrêter là ! 
Souvent alors, j’écris pour mieux cerner mon propos, parce que les mots me sont aussi précieux que les couleurs, les traits et les matières, parce qu’ils sont comme eux, un matériaux de mon travail. 
Mais aussi parce que j'ai besoin de garder trace de ces moments précieux, d'en conserver les émotions, de les coucher noir sur blanc pour les apprivoiser. Alors seulement, je peux vous les offrir.
Rendez-vous du 4 au 6 décembre. pour voir et causer en vrai.

mercredi 4 novembre 2015

Dernière expo à l'atelier Popincourt début décembre



Cette fois, c'est parti pour de bon : le couvercle de ma malle, celle qui, agrémentée d'un coussin, servit de siège à nombre d'entre vous au cours de bien des portes-ouvertes, le couvercle de cette malle se referme sur mes pigments rangés, mes bocaux dûment emballés, mes bombes de vernis et de colle… 





En janvier prochain, l'atelier Popincourt abritera d'autres destins : je quitte les lieux, je débarrasse le plancher, je décanille, je m'tire, j'me casse et j'emballe à tout va pinceaux et spatules, bouquins et papiers, raclettes et "petits-bouts-de-rien-pour-m'en-servir-au-besoin"… 
Nom de Zeus ! Je tourne une sacrée page et quand même, ça fait tout drôle ! Exit les cheminées de Prévert qui occupent encore mon champs visuel et exit aussi mes sursauts surpris chaque fois qu'un pigeon décolle de la gouttière voisine, la chasse-d'eau qui fuit et la bière en plein soleil… 

Faut que j'moooooooooooooove … mais je ne suis pas triste. Et maintenant que les problèmes de stockage sont réglés et que je sais que je ne jetterai rien ; maintenant que j'ai pu imaginer comment travailler dans un espace plus petit qui m'obligera à sortir davantage, je sens même poindre l'excitation du renouveau, comme un printemps en plein automne…  

Mais surtout, avant que je ferme les cartons, j'ai envie de partager un ultime moment avec vous : là, en haut de mes cinq étages, je voudrais qu'on salue ensemble une dernière fois les cheminées de Prévert et les toits à perte de vue… Je vous invite donc à la dernière expo de l'atelier Popincourt.

(avec deux O qui se touchent pour dessiner l'infini)
se tiendra dans les cartons, 
du 4 au 6 décembre 2015.

Je vous en dis plus bientôt (…)