vendredi 30 octobre 2015

Ouch !



Parfois, alors qu'on savoure paisiblement l'insouciance d'un dimanche, quelque chose de très proche se joue ailleurs, quelque chose qui fera vaciller vos certitudes et vous laissera sans voix.
On se régale, serein. On se permet même le luxe de perdre un peu de temps.
On rentre chez soi, satisfait.
On rentre chez soi, plutôt ravi de continuer le cours de sa vie. On s'offre même le privilège d'être heureux, de se réjouir de ses petits bonheurs, de la tendresse d'un époux, de l'enthousiasme d'un enfant, d'un petit rayon de soleil… On imagine, on veut, on espère, on se dit qu'on peut encore progresser… La vie, quoi !

Puis un coup de fil vous cloue au sol, vous coupe le sifflet, vous arrache un bout de vie ; des tonnes de souvenirs affluent comme autant d'au-revoir et on gueule en tapant du poing, à genou devant la table parce que même les jambes ne peuvent plus soutenir ce corps alourdi de chagrin : "P… c'est dégueulasse, dégueulasse, dégueulasse !"
La vie, parfois, est une fieffée salope !



Pourtant, la vie m'a donné ces souvenirs : ceux de quand tu courais, toi Laurent, léger et blagueur, avec ton sac monumental et tes lourdes godasses dans les sentiers de montagne…
Toi, mon frère providentiel.
Toi qui me manquais tant, toi qui me manqueras toujours…

Alors on va s'accrocher et sous le soleil de ton sourire imprimé sur papier A4 qui luit sur mon bureau, je continuerai à tracer des lettres et puis des traits, à balancer des couleurs et des ombres, histoire de mettre un peu de poésie sur cette P… de chienne de vie. 
What else ?
Te quiero, brother. 








dimanche 18 octobre 2015

Bon dimanche !

Le dimanche à l'atelier me trouve paisible.
Je ne viens pas pour travailler. Je viens pour jouer.
Pour divaguer tranquillement et faire le point.
Parce que c'est dimanche.

Alors le dimanche à l'atelier, j'arrive sans savoir pourquoi.
J'arrive et je divague.
Je profite de chaque seconde.





C'est dimanche et je suis là juste pour le plaisir, celui de peindre…

… celui de tracer…
C'est dimanche et m… J'en ai mis partout et en plus, c'est pas droit !
Mais bon, c'est dimanche… et je suis bien… Bon dimanche !

jeudi 15 octobre 2015

Là-haut sur la tribune de l'église de Jaillans



Que cet endroit est beau !
Exposer dans ce lieu — la tribune de l'église de Jaillans (Drôme) — était un pur bonheur !
Pour l'accrochage, je fus seule dans l'église. Affairés dans l'autre salle de l'exposition Chemin de peintres à Jaillans qui accueillait douze artistes, les organisateurs Robert et Vincent s'étaient greffé le portable aux oreilles et étaient là dans les 10 minutes si besoin. 
Une église pour moi toute seule, ses pierres, ses lumières… et sa sonorité qu'un album de Charlie Parker lancé sur la tablette ne gâcha pas. C'était le top !
En contrebas de la tribune où j'exposais, les panneaux muraux et les sculptures de Mathias Souverbie étaient installées. J'aimais toujours autant ! 
Je découvrais aussi les toiles éclatantes de Joël Gangloff et je jubilais du lien évident qui s'opérait dans cette église entre le haut et le bas, lien que venait souligner la composition florale qu'Amélie était venue déposer sur le balcon de la tribune. J'étais fière de voisiner ces deux artistes et j'ai abondamment profité de ma vue plongeante sur le gigantesque diptyque Broussailles vitrail de Joël pendant tout le week-end. 


 ©Mathias Souverbie

©Mathias Souverbie


 ©Joël Gangloff


Toiles de Joël Gangloff, sculptures de Mathias Souverbie,
composition florale d'Amélie.


Dans l'après-midi, alors que je venais de terminer mon accrochage, je reçus la 
visite de deux artistes qui exposaient à deux pas: Annie Berthet et Krisztina Zucor. On s'est posées là-haut quelques minutes pour faire connaissance… Puis, Krisztina est descendue, s'est installée derrière l'autel et a entonné un "Hit the road Jack", jubilant de ce rock en plein chœur. Annie et moi lui avons répondu depuis la tribune… et puis nous sommes allées tester l'écho dans une sculpture de Mathias Souverbie. Grand grand moment !

Le lendemain matin, j'ouvrais l'église et passais un bon moment à admirer l'immense photo de Delphine Balley : la violence de son sujet - cette madone piquée d'épingles - et la douceur du traitement - la souplesse des drapés, la tendresse du visage et les épingles d'acupunteur… - Troublante icône !


©Delphine Balley

Dans mon dos, sur la pierre blanche de l'église, étaient posés les morceaux d'une sculpture démontée de Mathias Souverbie qui allait bientôt prendre sa place sur le parvis. Je n'ai pas résisté au contraste de ce béton d'aujourd'hui posé sur la pierre d'antan.






Lorsque les premiers visiteurs sont arrivés, un peu avant l'heure, la sculpture de Mathias avait été remontée et dodelinait devant l'église. J'attendais, perchée sur ma tribune, en regardant le diptyque de Joël Gangloff. 
Les visiteurs empruntaient la porte dérobée, grimpaient les escaliers, apercevaient dans la lumières quelques textes et dessins et arrivaient sur la tribune…
Là, ils encaissaient le choc que produit la beauté du lieu : ils tournaient inévitablement le dos à mon expo pour voir l'église depuis le balcon, admirer la nef, le transept et le choeur et les œuvres d'en bas… 
Et puis se retournaient, prêts à voir ce que j'avais bien pu poser sur les petites corniches qui couraient le long des murs… S'intéressant à tout le plus souvent, tournant parfois les talons brutalement quand mon engagement en faveur des migrants les agaçaient…


© Mathias Souverbie










Il y eut beaucoup de monde et des échanges riches. J'ai laissé sur place une Madone violine et quelques coins de Paradis, tous sous de bons auspices.
Je n'ai plus que deux livrets-catalogues, mais pour ceux qui n'ont pas pu venir ou pas eu le temps ou les lunettes pour lire, je propose un extrait à feuilleter en ligne : il s'agit de la partie narrative qui raconte le Voyage de Gabriel avant l'Annonciation.

Grand merci à Robert, Vincent et Amélie pour leur confiance et leur disponibilité. Merci aussi aux aquarellistes Hervé Espinosa et Anne Le Maître pour leurs précieux conseils. Et merci enfin à la commune de Jaillans de s'investir dans cette opération culturelle.


 


jeudi 1 octobre 2015

"Au commencement était le verbe" ne dit pas qui de l'œuf ou de la poule…

Madone / "Mistral de mars". 
Technique mixte sur papier. 36x46 cm. 2015


Je suis entrée dans l'église romane de Jaillans, puis j'ai grimpé en colimaçon quelques marches confinées, écrasées de pierre. J'ai baissé la tête — à peine — pour passer la petite porte qui ouvrait sur la mezzanine où j'allais donner ma prochaine expo. En me relevant, j'ai dressé les yeux vers la lumière…  

Nom de Zeus ! que c'était beau : à droite, les rayons irisés d'un grand vitrail se posaient tendrement sur la pierre claire ; à gauche, l'œil descendait vers l'éclat du transept et du chœur. A l'étage en dessous, seraient exposées en même temps que mes travaux, des sculptures de Mathias Souverbie dont j'avais beaucoup aimées les œuvres découvertes à Romans-sur-Isère lorsque j'exposais Seyraq à l'hôtel de Clérieux.
A cause de la minéralité de ses sculptures en béton, j'avais d'emblée eu envie de choisir pour la mezzanine, des créations à base de végétaux. J'avais tout ce qu'il fallait à l'atelier. Il n'y avait plus qu'à emballer… avais-je pensé avant de voir les lieux.

Seulement voilà, en découvrant l'espace — ce balcon de pierre dans la pierre, surplombant la nef — j'ai eu envie de rendre hommage au Verbe. Pas à Dieu, au Verbe : celui du chaman qui construit une histoire pour fédérer des hommes, celui gravé sur les tablettes mésopotamiennes, celui de l'ange Gabriel quand il visite Mahomet pour lui souffler le coran, celui qui soigne sa musicalité dans les textes sacrés et enchante le travail de la pierre dans la construction des églises… 
Le monde paraît si fragile ces temps-ci, et tellement menacé par des fous de Dieu, que, moi l'athée, j'ai eu envie de regarder les Dieu(x) autrement, sans carcan religieux.


Gabriel. Structure en matériaux divers. 
Haut.:65 cm, Larg. à l'envergure : 90 cm. 2015



C'est comme ça que j'ai pensé à l'ange Gabriel dont on dit qu'il était gardien du jardin d'une déesse sumérienne, puis du jardin d'Eden. A cause des végétaux et du sacré, à cause de l'église et du pollen et à cause, aussi, du merveilleux livre d'Erri de Luca, Au Nom de la mère.





L'Envol de l'ange
Feutre sur papier. 2015



Alors, les 10 et 11 octobre, dans le cadre de la manifestation Chemin de peintre organisée par la communauté d'agglomérations de Valence (Drôme), je rajouterai un épisode de mon cru à la biographie de Gabriel (Chiche !). 
Dans un cours récit illustré, je raconterai ainsi le voyage de Gabriel au Moyen-Orient, lors de son retour sur terre à l'été 2015, et comment, ses ailes devenues inopérantes après avoir été gazées et mitraillées au-dessus de l'Irak et de la Syrie, il a du se mêler au flot des migrants… 




Madone / Porteuse de verbe. 
Technique mixte sur et sous toile. 130x97 cm. 2011



Je rejouerai aussi une Annonciation, avec mon ange déplumé et deux drôles de Madones peintes… 

Et puis, pour qu'on garde le moral avec un peu de légèreté, je vous invite à visiter des petits coins de paradis avec mes Reste-à-terre. Après tout, fables pour fables, "pourquoi pas des lutins au jardin de Gabriel ?"

Au plaisir de vous retrouver dans la Drôme les 10 et 11 octobre. Je serai perchée sur ma mezzanine ces deux jours-là de 10h30 à 18h30 et vous y attends. A bientôt.




A paraître le 5 octobre : le livre-catalogue de l'Annonciation 2015. 40 p. Edition originale tirée en 20 ex. 15€. Me contacter.