mercredi 16 juillet 2014

Poussières d'étoile au festival Ancres et Encres




POUSSIERES D'ETOILES

"A vous tous mes amis, 
Je vous laisse ces mots, ces modestes regards
Que j'ai glâné ici ou là, au hasard,
Comme un peintre qui pose les couleurs sur sa toile."
Marc Queyras


C'est avec ces quatre lignes que mon père ouvre son recueil de poésies. Quatre lignes qui racontent la générosité, l'ouverture aux autres et la fragilité de ce petit homme discret qu'est mon père. 
J'ai tant aimé lire et relire ses poèmes à tête reposée, les faire miens pour mieux les illustrer, en parler avec lui, choisir le papier et avancer, pas à pas, dans la réalisation de ce livre. Ce fut une expérience unique : parce que c'est mon père (et que j'ai passé l'âge de me défier d'Oedipe), parce que, surtout, ses textes sont magnifiques, éminemment généreux ; ils sont ceux d'un homme à vif, ceux de celui, qui — j'en suis sûre ! — me recommanda aux muses pour qu'elles me soient prodigues.

Samedi et dimanche, nous serons réunis au fort de la Hougue, mon père et moi, avec beaucoup d'autres écrivains, romanciers, auteur de jeunesse, etc. à l'occasion de la 13e édition du festival Ancres et Encres à Saint-Vaast-la-Hougue, dans le nord Cotentin. Papa dédicacera son recueil et je glisserai dans ses feuilles, un petit dessin allongé réalisé in situ sur des fonds maculés : un signet pour garder à portée d'œil l'un ou l'autre poème.


Marc QUEYRAS
Poésies illustrées par ARySQUE
Edition originale en 150 exemplaires
96 pages - 20 x 12,5 cm
Prix public : 20 €

Exposition des dessins originaux et dédicaces 
les 19 et 20 juillet 
au Festival Ancres & Encres 
au fort de la Hougue à Saint-Vaast-la-Hougue.
Programme et infos pratiques sur le festival, en cliquant ici.
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mercredi 9 juillet 2014

Extraits d'iris


Mes muses habitent un jardin des Hautes-Alpes : celui de Coste Belle, mon coin de paradis sis à Puy-Saint-Vincent sur le lieu-dit du Serre et Coste-Telme. En arrivant ce printemps, je les ai dénichées en bordure de muret. Profitant de mon absence, elles avaient fait pousser une chevelure hirsute sur un visage de pierre. 
Gros nez, mine réjouie et cheveux fous : là se cachait un lutin que le soleil ravissait et que le vent chatouillait. Il me semblait le voir narines frissonnantes, humer tous les parfums de ce printemps naissant : asters, iris, corbeilles d'argent, ancolies par dizaines, clématite généreuse, premiers boutons de roses, premières pivoines, premiers pavots et partout, une multitude de pousses et radicelles annonçant les suivantes : lavatères, sauge, lys martagon, panicauts, oursins de Provence, gentianes, hellébores… et toutes celles dont j'ignore le nom. 

Le lundi pourtant, il nous fallut quitter mon Eden florifère. Je me lamentais : six à huit semaines nous séparaient d'un prochain retour et j'allais manquer les pivoines, les roses blanches et les fleurs d'hydrangea. Lors, pour me consoler, je cueillais les roses qui sinon, allaient faner sur l'arbre, j'ajoutais quelques œillets mauves et blancs, ainsi que des iris ; violets et jaunes. J'en fis un bouquet. Celui-ci passa le col avec nous, supporta quelques ralentissements à l'entrée de la capitale et arriva, flapi, au 4e étage d'un immeuble parisien. Il apprécia vivement de plonger dans un vase d'eau mais — hélas !— ne se releva jamais tout à fait du voyage. Quatre jours plus tard et malgré tous mes efforts, les pétales se flétrirent et un iris agonisant lâcha, dans un dernier râle, une tache violette sur ma nappe… foutue !

Mais quand j'ai vu la tâche, j'ai oublié la nappe, je n'ai vu que la tâche violette liserée de vert et d'orangé, je n'ai vu que de sublimes nuances de ton… je venais de trouver le moyen d'offrir l'éternité à mon bouquet moribond.
J'ai découpé les fleurs, recueilli les pétales… écrasé au pilon sur une feuille de papier chacun de mes iris, fait sécher patiemment ce fond et les pétales de rose… 
Avant même de tracer la première ligne d'encre, je décidais d'appeler cette série "Extraits d'iris". Me sont alors revenues quelques lignes de René Char, tirées de cette Lettera Amorosa dont je vous ai déjà parlée :

"Voici encore les marches du monde concret, la pers­pective obscure où gesticulent des silhouettes d’hommes dans les rapines et la discorde. Quelques-unes, compen­santes, règlent le feu de la moisson, s’accordent avec les nuages.

Merci d’être, sans jamais te casser, iris, ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections mira­culeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins des plaies sur lesquelles le temps n’a pas d’ac­tion, tu ne conduis pas à une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées ne fassent qu’un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du jour sur les vertes avenues libres ».





Extraits d'iris. Série de 14 petits formats (9x13cm) sur papier torchon et 1 format carré (15x15cm) sur papier vergé, réalisée avec des fleurs d'iris, des pétales de roses et de l'encre de Chine. Voir la série complète

mardi 1 juillet 2014

Les reste-à-terre / toucher le ciel



A Ceillac début juin, la foule des estivants n'était pas arrivée. Les passants se faisaient rares : un couple promenait une poussette, une femme songeuse laissait gambader son chien, quelques voitures roulaient au pas. A peu d'exceptions près, ce jour-là, ce grand pré n'accueillait guère d'humains sinon ceux qui arrivaient du ciel en se posant vent de face, par quelques pas courus, avec, dans leur sillage, une voile écarlate et des suspentes discrètes.

Pour l'heure, ils étaient en plein ciel. J'avais refermé mes fioles d'encre et mon pot de liant pour mieux admirer ces gigantesques papillons à l'aile unique.
Sur la plus grande de mes feuilles, séchaient ensemble mes bouts de route et mes couleurs. Demeurait une nouvelle page blanche, d'un format plus petit. Le nez planté au ciel, je savais qu'il me fallait m'occuper de celle-ci ; le temps, sinon, me manquerait pour le séchage. 

J'étais une peintre reste-à-terre. Je plongeais donc les yeux au sol et fouillais du regard : là, à quelques mètres, l'herbe était usée par des pas. En grattant un peu, j'aurais quelque matière ; je grattais donc.
Riche de ces poussières et la tête dans les nuages, je débouchais encres et liant, préparais ma mixture… Pendant que là-haut, les parapentistes animaient le ciel en frôlant les nuages, je faisais danser mes pinceaux 30 cm au-dessus de ma feuille. Minuscule reste-à-terre survolée de papillons géants.
Je plantais des arbres avec la terre de ce pré… C'était Loveland encore !

Les Restes-à-terre / Lovers
série de 8 petits formats (10 x15 cm) sur papier torchon.