samedi 30 mars 2013

Les mots de la presse


Je profite du week-end de Pâques pour vous parler boulot, ou plus exactement jargon, vocabulaire de travail. 
Chaque métier a le sien. Ses mots sont souvent le signe d'une technique ancienne, d'une analogie farfelue. Ils sont toujours les témoins d'un savoir-faire que l'on veut tellement précis qu'il faut lui donner ses propres vocables ; ils sont les signes d'une maîtrise technique que l'on tient pour si précieuse qu'on aime lui donner des mots mystère dont la compréhension n'est accessible qu'aux seuls initiés. Ils ont été forgés au fil des siècles et s'oublient quand les métiers dont ils sont la langue disparaissent. C'est dire s'ils sont précieux.

J'aime jouer sur les mots et je crois que nous gagnerions beaucoup à parler plus souvent métier plutôt que de travail. Alors, quand mes copines de l'agence des Récréatives m'ont proposé de dessiner les mots de la presse, j'ai adoré.
Six dessins sont déjà en ligne et d'autres attendent leur tour. À découvrir sur le site des Récréatives, en bas de la Home page, en cliquant sur + de dessins.





vendredi 29 mars 2013

Une semaine ARySQUE n°35

Le numéro 35 de la Semaine ARySQUE est en ligne. Un numéro marqué par le retour en peinture et, du coup, un peu plus mince.
Au sommaire de ce numéro : la politique en France avec un président qui demeure optimiste, la crise qui frappe, le Mali, la Syrie, la Centrafrique, l'expo à l'atelier du 12 avril etc.

Un numéro à découvrir en cliquant sur sa Une printanière (ci-dessous).
Bonne lecture.


jeudi 28 mars 2013

Ici et maintenant : affamé



Hier, je discutais avec un copain qui vit la plupart du temps en Espagne. Il lui semblait qu'en France, les effets de la crise commençaient tout juste à se faire sentir… Le fait est que nous avons quelque décalage avec notre voisin et que le pire est sans doute à venir.
Mais la crise est là, sans aucun doute.

Déjà, nous vivons ici ce que d'autres ont vécu à Madrid ou à Athènes : un type s'est immolé devant Pôle Emploi en février et, depuis plus de trois semaines, Michel Madec jeûne.
22 jours de grève de la faim pour espérer conserver son toit quand sa banque et la commission de surendettement l'astreignent à un plan de remboursement qui a toutes les chances de le conduire à la rue. Je ne connais pas bien son histoire dont des bribes m'ont été données sur Médiapart, mais je peux imaginer ce qui l'attend. Cela me suffit.

Michel Madec, client du Crédit Mutuel de Bretagne, agence de Carhaix, n'est — vous vous en doutez — pas très en forme. Si vous souhaitez le soutenir, signez la pétition sur Bellaciao.org. Pour mémoire : lorsque le Crédit Mutuel s'est retrouvé au plus bas à cause de la crise, l'Etat — c'est-à-dire nous ! – avait octroyé à la banque une aide (remboursée) de 1,2 milliards d'euros…

Pour nous tous, la crise c'est d'abord une réalité humaine et Michel Madec a besoin de soutien. Alors n'hésitez pas à faire le buzz en faisant tourner l'info.
Merci pour lui.

A quelques jours de la fin de la trève hivernale

Mal logés. Technique mixte sur et sous toile. 160 X 125 cm

Il y a moins de deux mois, la Fondation Abbé Pierre sortait son rapport annuel sur le mal logement. Bilan : plus de 3 millions de mal logés dont 140 000 à la rue.

Chaque année, du 1er novembre au 15 mars, la trêve hivernale interdit toute expulsion. Cette année, les conditions météo de ce mois de mars, pour le moins glaciales, avaient conduit le gouvernement à repousser de 15 jours cette échéance. Un bien court répit. A partir du 1er avril, les expulsions vont reprendre ; c'est le stade ultime du mal logement : le pas de logement du tout, le sans domicile fixe, la rue et les gosses couchés sur le trottoir, sur un bout de couverture très vite crasseuse, à proximité d'une cabine téléphonique pour protéger les sacs des ravages de la pluie.

Mais le mal logement, c'est aussi une réalité cachée par ceux qui ont quand même un toit parce que ce toit est une humiliation. Le mal logement c'est la honte chevillée à la promiscuité. 
Le mal logement c'est un gosse qui ne peut rendre l'invitation quand il est convié à quelques agapes chez un copain, parce que ni lui, ni ses parents n'ont envie d'exhiber cette preuve de misère. Le mal logement, ce sont des familles à l'étroit, des parents sans intimité. Le mal logement, ce sont des minots qui courent jusqu'à des heures tardives dans les rues de mon quartier parce que les parents, même quand ils sont acculés et aux abois, ont besoin de retrouver dans leurs ébats un brin d'extase, une once de bonheur. Le mal logement, c'est la tension qui monte dans le couple et gagne toute la famille. Le mal logement, ce n'est pas juste – c'est pourtant déjà beaucoup – un toit qui fuit, des murs mal isolés, un espace trop étroit. Le mal logement, c'est d'abord des familles en danger d'éclatement.
Monsieur le Président, ce soir devant les caméras, aurez-vous un mot pour ceux-là, à quelques jours de la fin de la trêve hivernale ? 
Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Allez donc regarder ce témoignage de Keita et de sa famille, filmé par les Enfants de Don Quichotte.

mercredi 27 mars 2013

Vous avez dit crise ?


 
Exaspérée par l'évidence de la corruption qui règne dans ce pays dont on espérait — il y a fort longtemps, il est vrai – qu'il pourrait être un modèle de démocratie et d'équité, usée par la violence du vocabulaire politique porté par des femmes et des hommes plus soucieux de s'invectiver que d'imaginer un monde nouveau, j'ai laissé sans commentaire les derniers développements des affaires et des petites phrases.
Fatiguée aussi de répéter encore et encore la tristesse impuissante qui me prend à chaque annonce de nouveau massacre en Syrie, lassée de ne rien pouvoir dire de neuf sur le Mali dont on devine que l'installation de la paix sera bien plus délicate que la conduite de l'offensive Serval, je me suis tu ces jours-ci.

Puis est venue cette nouvelle venue d'Afrique du sud : les Brics (Brésil, Chine, Inde, Afrique du Sud, Russie) veulent créer leur propre banque de développement, affichant ainsi leur volonté de s'émanciper d'un ordre mondial qui, manifestement, est devenu un gigantesque désordre, et pas seulement financier. Certes, on peut avoir de sérieux doutes sur cette institution, surtout quand on voit que la Russie de Poutine (celle-là même qui blanchit son argent sale dans les paradis fiscaux, dont Chypre) est partie prenante de cette opération. Il n'empêche : ce qui est dit là n'est pas anodin et c'est même un signe majeur du bouleversement du monde auquel nous assistons et dont la crise de la zone euro n'est qu'un autre symptôme.

Le monde ne nous appartient pas et ces décennies de sur-consommation qui furent les nôtres et que permirent le pillage de la planète par quelques nations, sont en train de disparaître. On peut continuer de refuser la décroissance, on peut même croire qu'elle est juste impensable pour l'être humain qui veut inévitablement mieux pour ses fils que pour lui-même… il n'empêche, la décroissance n'est plus une ambition : elle est chez nous un fait avéré ou imminent ; le fruit, sans doute, d'un juste rééquilibrage de la répartition des richesses sur cette planète. Si je veux être honnête, l'humaniste que je suis ne peut que se réjouir de voir les pays que l'on disait autrefois du Tiers-Monde — par analogie avec la misère du Tiers-Etat dans l'ancien régime — de voir ces pays-là lever la tête, ses peuples accéder aux soins, à l'éducation, à la classe moyenne, etc.

Mais je mesure aussi combien cela n'est pas encore l'avènement d'une justice sociale. Ca et là — chez nous aussi — nombreuses sont les oligarchies qui détournent, engrangent pour leur propre clan, ce qui devrait revenir aux peuples. Je mesure aussi les risques que font courir à notre monde occidental ce qu'il faut bien considérer comme un déclassement : hier nous étions les maîtres du monde, aujourd'hui nous perdons un à un tous nos leaderships. 
C'est justice. Mais c'est aussi pour nous une gigantesque gifle : nous sommes en train de nous faire remettre à notre place et l'on n'accepte pas facilement de se prendre cette claque-là. Ainsi, le fait que de nombreux électeurs de gauche aient choisi de voter pour une représentante FN dans la deuxième circonscription de l'Oise en dit long : nous demeurons crispés sur notre grandeur passée, nostalgiques d'un temps qui n'était bon que pour nous et qui signifiait, ailleurs, une immense misère. Nous mesurons mal que le monde a changé, qu'il ne fait d'ailleurs que changer et que, peut-être, nous en serons les laisser-pour-compte si nous continuons d'être inadaptables.

Je me souviens d'un prof qui définissait ainsi la crise : "c'est la confrontation entre un ordre ancien et un ordre nouveau". Il disait aussi que le nouveau finissait toujours par l'emporter. Nous sommes l'ancien monde et nous manquons cruellement d'imagination.

Cette lucidité assumée, permettez donc que je me réfugie, un instant, là où nul discours de haine ne peut m'atteindre : sur Planète Love.

vendredi 22 mars 2013

Toute une année

Comme promis hier, pas de Semaine ARySQUE aujourd'hui mais un retour sur toute une année avec cette sélection de quelques dizaines de dessins réalisés depuis un an. Une histoire sans parole mais mais dont on voit qu'elle se poursuit encore, en ce lendemain de mise en examen…

Bon feuilletage (en cliquant sur la Une ci-dessous) et si certains dessins vous laissent perplexes, si vous avez du mal à les racorder à une actualité de l'année, fouillez sur ce blog ou interrogez-moi. 

Allez zhou ! Flash back sur une année tendue.

jeudi 21 mars 2013

Crise de doute (message personnel)

L'Agora - technique mixte sur et sous toile - 116 x146 cm


Hier commençait un nouveau printemps. C'était aussi le jour anniversaire du premier post d'ARySQUE sur ce blog. Le temps de faire le point, de regarder le chemin parcouru et de s'interroger sur la suite. Encore.

L'année fut rude et j'ai vu mon regard sur le monde basculer quand me fut annoncée la présence de ce maudit crabe en mon sein. Je sais, l'acte chirurgical fut si radical que l'on peut penser que l'infâme bestiole est derrière moi, partie… Je mesure également ma “chance” d'avoir évité radiothérapie et chimio et d'avoir pu bénéficier d'une reconstruction immédiate : je n'ai été amazone que quelques minutes et j'étais plongée dans un profond sommeil artificiel. Je ne me suis rendue compte de rien.

Mais rien, en fait, n'est plus pareil. L'hormonothérapie fait que j'ai 100 ans plus souvent qu'à mon tour : mes muscles me font mal, mes articulations souffrent et je peine à finir les jours. Je fatigue vite.
Il me faut aussi - et c'est le plus dur - faire le deuil de ce sein qu'on m'a ôté et accepter l'autre : cette prothèse étrangère qui me pèse et que vient contrarier ce souvenir d'un sein fantôme. Parfois, il me semble que je dois apprendre à me reconnaître, corps et âme.
Je mesure combien la concentration m'est plus difficile, la rigueur presqu'impossible : j'ai fait beaucoup d'erreurs ces derniers temps, des passages trop rapides sur des infos trop complexes, des étourderies diverses et variées, des mots que j'ai regrettés avoir écrits sans avoir assez réfléchi. Je sens baisser la qualité et je n'aime pas ça. 

Pour tout vous dire, j'espérais aussi que ce blog susciterait des commentaires, amènerait du débat. Mais le silence s'est fait le plus souvent. Parfois, quelques-uns sont venus m'insulter, s'énervant de mes prises de position, et j'ai souvent pensé que c'était mieux que l'indifférence. Mais je rêvais, moi, d'un débat ouvert, d'une agora. Or, la place est restée vide ou presque.

Il me faut donc réfléchir à autre chose. Faire autrement. Accepter que, pour un temps, le fait quotidien me touche moins que les aspects les moins temporels de nos vies, que mes muses cherchent ailleurs.

Demain, en lieu et place du numéro 35 de la Semaine ARySQUE, je publierai Une Année ARySQUE, un numéro spécial pour toute une année de dessins d'actu. Ensuite ? Je ne sais pas. Mais quelque chose, sans doute.
A commencer par la préparation de votre venue, le 12 avril ;-).

Bien à vous.


vendredi 15 mars 2013

Le n°34 de la Semaine ARySQUE

Le numéro 34 de la Semaine ARySQUE est en ligne.
Au sommaire de ce numéro au contenu allégé pour cause de vacances : François Hollande, la neige, le Mali, la Syrie, le pape… et un événement.

Le n°34 est à découvrir en cliquant sur sa Une. Bonne lecture.



jeudi 14 mars 2013

Libérez Boukary Daou


Depuis deux jours, la presse malienne s'est tu. Les journalistes sont en grève pour demander la libération immédiate de Boukary Daou, directeur de publication du quotidien le Républicain et arrêté le 6 mars par les services de sécurité maliens pour avoir osé publier une lettre ouverte écrite par un militaire de Gao qui demandait que cessent les traitements de faveur dont bénéficie Amadou Haya Sanogo.

Invité ce matin sur France Info, Laurent Fabius affirmait  : "Nous sommes en train de gagner la guerre. Il faut aussi gagner la paix". Le moins que l'on puisse dire c'est qu'en la matière, l'arrestation de Boukary Daou n'augure rien de bon dans ce pays qui avait su développer un processus démocratique relativement serein jusqu'à ce que… Sanogo putsche le président.

Putschiste, il aurait du être incarcéré. Il aurait du être traité en paria. 
Le chef de l'Etat par interim Dioucounda Traoré l'a au contraire introduit au Palais présidentiel en lui offrant la fonction de Président du comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité. Bref, il contrôle la défense, la police et la surveillance du territoire…
Mais qu'est-ce qui vaut de tels honneurs à ce militaire que Human Rights Watch accuse d'être impliqué dans des arrestations arbitraires, des extorsions de fond, des disparitions, tortures, intimidations et maltraitances ? Cela justement : la peur que suscite ce charismatique chef de guerre et peut-être aussi, un ressentiment plus que partagé envers les Touaregs. 

Il y a fort à parier que l'homme sera candidat aux prochaines élections maliennes censées se tenir en juillet prochain. N'en doutons pas, il a ses chances, ne serait-ce que parce qu'il occupe une place de choix pour bourrer les urnes, trouver de faux électeurs et convaincre les autres par des méthodes plus que douteuses. Déjà, il s'oppose à la libération de Boukary Daou. Déjà, il musèle la presse et c'est un premier pas vers ses ambitions totalitaires.
Le Mali n'est pas au bout de ses peines et Boukary Daou n'est qu'une nieme victime d'un intrigant violent et prêt à tout pour diriger le pays.
Flippant !

mercredi 13 mars 2013

Rendez-vous le 16 mars contre Bachar


Mars 2011 - mars 2013 : voilà deux ans que dure la crise syrienne.
Il y a un an, lorsque je commençais ce blog, on comptait 9000 morts.
9000 morts la première année, plus de 60 000 la seconde. 

On peut penser comme Poutine que c'est aux Syriens de décider de leur sort. Mais décider de quoi quand on est privé de démocratie depuis des lustres (la dernière élection démocratique date de 1963 !) et qu'on est assassiné depuis des mois ? 
On peut argumenter que nombre de fondamentalistes mènent la danse de la rébellion. So what ? Cela excuserait le massacre, l'accumulation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité et l'on devrait accepter qu'un dictateur sanguinaire reste au pouvoir par peur de l'islamisme ?
D'autres ont cru qu'il était bon de choisir Charybde plutôt que Scylla, Hitler plutôt que Staline… Avec les résultats que l'on sait : l'horreur absolue sur laquelle il faut bien, tôt ou tard, ouvrir les yeux, et contempler notre propre laideur, notre immense lâcheté.

Concernant la Syrie, on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas. 
Concernant la Syrie, on ne peut pas non plus, ne pas se sentir concernés par ces gosses égarés, ces femmes violées et assassinées, ces villages sunnites – tels Daraya – pilonnés avant d'être nettoyés… j'en passe et des bien pires.

Citoyens impuissants, nous n'avons qu'une arme : dire, exprimer, dénoncer…
Alors je crois important de se retrouver, en marée humaine, samedi 16 mars à 14h30, place de la République à Paris pour dire que le responsable de ce crime doit partir immédiatement ; avant la destruction complète de ce pays sublime, avant que soit atteint encore un nouveau seuil : celui des 100 000 morts.

Samedi 16 mars, dites votre opposition à Bachar Al-Assad
et jusque là, battez le rappel auprès de vos relations pour qu'une marée humaine vienne décourager les pro Bachar qui prévoient de manifester le lendemain.

mardi 12 mars 2013

L'hiver joue les prolongations



La semaine dernière ressemblait au printemps. Là-haut, dans mes montagnes, la neige se transformait sous l'effet du redoux et je voyais déjà sortir quelques bourgeons aux pointes d'un hortensia grimpant, à la terminaison des branches d'un lilas. J'ai vraiment cru que les vacances d'hiver touchaient à leur fin et hier encore je me fixais un programme chargé pour mon jour de reprise : dessiner comme une forcenée pour rattraper la semaine d'absence et vous faire un laïus sur plusieurs points d'actu passés à l'as de mes vacances.

Mais pas moyen. 
En regardant les toits de Paris drapés de blanc, je scrute la forme des flocons et palpe la neige sur l'appui de ma fenêtre : je crois que je me languis du pays des Ecrins.
Permettez donc qu'avec toute cette neige — aujourd'hui au moins — je reste un peu en vacances, bloquée dans mes hauteurs par des centimètres de blanc.

vendredi 1 mars 2013

fermé pour cause de congé


 ARySQUE part en vacances.
Le blog devrait ouvrir à nouveau ses colonnes le 12 mars.
Bonne semaine à tous ! 


Dites 33 : le nouveau numéro de la Semaine ARySQUE

Au sommaire de ce (gros) numéro 33 et ses dessins inédits : le chômage, la malbouffe, les petites intrigues du monde politique… mais aussi, et surtout, le Mali, la Syrie, la Palestine, l'Italie, etc.
Profitez bien de ce numéro : il n'y en aura pas la semaine prochaine.
Ni hebdo, ni chronique : je pars en vacances, taquiner la neige des Hautes-Alpes.
En attendant, je vous laisse feuilleter le n°33 en cliquant sur sa Une.


Bonne semaine à tous.