jeudi 28 février 2013

Un brin d'espoir en Syrie… sauf que l'arbitre est russe.


Ecœuré par les promesses non tenues et l'inertie des pays occidentaux, le chef de l'opposition syrienne Ahmed Moaz Al-Khatib prévoyait de boycotter la réunion des Amis de la Syrie qui se tient aujourd'hui à Rome, ville sans doute davantage préoccupée par le départ du pape et la crise politique de l'Italie que par le sort de la Syrie.
Finalement, il a rencontré John Kerry ce matin. Les raisons de ce changement ? Des rumeurs qui se font de plus en plus précises et relayées mercredi par le Washington Post : "L'administration Obama s'oriente vers un changement majeur de politique en Syrie, qui pourrait se traduire par la fourniture d'équipements aux rebelles tels que des gilets pare-balles, des véhicules blindés, et peut-être une formation militaire (...)". 
L'annonce tombait à point nommé : le secrétaire d'Etat américain avait rencontré la veille le ministre russe des Affaires étrangère Sergueï Lavrov et il s'apprêtait à discuter avec François Hollande, qui lui-même devait se rendre à Moscou aujourd'hui. Quelques jours plus tôt, l'Union européenne avait annoncé souhaiter assouplir son embargo sur la livraison d'armes en Syrie. Celui-ci ne pénalise en fait que les rebelles, les troupes de Bachar Al-Assad étant largement armées par ses contrats avec la Russie.

Dans le même temps, Bachar Al-Assad qui – peut-être – s'effraie du semblant de durcissement des pays occidentaux, affirmait être prêt à négocier avec la rébellion qui, elle, refuse, mettant en préalable à toutes discussion le départ de Bachar. On comprend : on ne négocie pas facilement avec un homme qui massacre son peuple avec un cynisme qui n'a d'égal que l'attitude de Vladimir Poutine. D'ailleurs, il est un peu tard et l'obstination de Bachar Al Assad à considérer tous les rebelles comme des terroristes a de quoi agacer les nombreux laïcs qui demeurent parmi eux.

Le jeu diplomatique est donc pour le moins compliqué et la Russie de Poutine dont on voit bien qu'elle renoue avec ses démons dictatoriaux, joue les arbitres. Or, il n'est pas sûr que les Occidentaux iront jusqu'à défier Moscou.
Si l'on en juge par la tournure que prend la visite de François Hollande à Vladimir Poutine, on a de quoi douter de la détermination occidentale.

Les propos de Jean-Christophe Cambadélis ce matin sur France Info, sont sur ce point éloquents. Interrogé sur ce voyage moscovite du chef de l'Etat, il estime que la question des droits de l'homme n'est pas prioritaire : "Les droits de l'homme, c'est une exigence, pas un préalable", a-t-il affirmé sans ciller. 

En l'entendant, m'est venu dans la bouche un goût des plus amers : la veille, j'étais allée déposer une bougie sur les marches de l'opéra Bastille, rendre un ultime hommage à Stéphane Hessel. En écoutant le député PS parisien, il m'a semblé que la route serait longue, voire sans fin, avant que ne triomphent des droits proclamés il y a plus de 200 ans. 
Mais vrai : nous ne devons pas désespérer. 


mercredi 27 février 2013

Bachar al Assad ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe*


La nouvelle est passée, rapide et vite effacée.

Pas sûre, pas vérifiée, supposée. Mais comment vérifier ?
Toujours est-il que trois missiles sont tombés sur Alep la semaine dernière, faisant plus de 140 morts dont 71 enfants, et qu'un quatrième a touché Tel Riffat, au nord d'Alep. Toujours est-il que ces missiles sont tombés sans qu'aucun avion n'ait été repéré dans le ciel. Toujours est-il qu'une fois de plus, ces missiles ont touché des civils : une vingtaine de maisons à chaque frappe. Selon HRW, aucun combattant rebelle ne se trouvait dans ces zones. Encore une nouvelle violation - impunie - des conventions de Genève.

Hier encore, rebelles et armée syrienne s'affrontaient autour de la grande mosquée d'Alep qui avait déjà été partiellement détruite.
La télévision officielle accuse les rebelles d'en avoir fait exploser l'enceinte sud.
Comment savoir ?

Nous en savons de moins en moins sur la Syrie, sur le carnage.
Mais nous voyons bien que Bachar s'en tape, que peu lui importe le nombre de morts et les patrimoines détruits. Et nous voyons bien qu'on le laisse s'empiffrer de la chair de son peuple.


* Titre repris du film Dr Folamour de Stanley Kubrick

Jour de deuil


J'avais hier soir préparé quelques dessins pour rire : un cardinal en kilt parlant comme Bardot dans le Mépris, un Peillon suspendu aux pendules molles d'une salle de classe, un DSK masquant sa verge vaillante entre les pages d'un livre…
Arrivée ce matin en mon atelier, j'ai, comme chaque jour, allumé la radio… ce fond sonore, ce fond d'info. J'avais l'humeur rieuse, badine, légère.

Puis la nouvelle est tombée, implacable : "Stéphane Hessel est mort". Consternation. 
Je voudrais rendre hommage au grand homme, dire combien ses livres, ses mots, ses poésies déclamées dans les meetings ont forgé ma conscience, titiller la nécessité d'un engagement. Dire que ce blog, ces dessins, sont nés de cela, de son indignation qui était bien plus que cela : un irrépressible amour de la vie qui n'aurait pu se contenter d'un à-peu-près, d'un compromis sur la vie. 

Mais aucun de mes mots – je le crains – n'aura assez de force pour être dignes d'un homme comme celui-là. Je leur préfère ceux d'un autre résistant, d'un autre poète : René Char. 
Je reproduis donc ici ces quelques lignes des Feuillets d'Hypnos, parce qu'elles me semblent dire le sens de cette vie immense qui vient de s'arrêter : une vigilance tenace, nécessaire… mais bienveillante.

- 220 -
"Je redoute l'échauffement tout autant que la chlorose des années qui suivront la guerre. Je pressens que l'unanimité confortable, la boulimie de justice n'auront qu'une durée éphémère, aussitôt retiré le lien qui nouait notre combat. Ici, on se prépare à revendiquer l'abstrait, là on refoule en aveugle tout ce qui est susceptible d'atténuer la cruauté de la condition humaine de ce siècle et lui permettre d'accéder à l'avenir, d'un pas confiant. Le mal partout déjà est en lutte avec son remère. les fantômes multiplient les conseils, les visites, des fantômes dont l'âme empirique est un amas de glaires et de névroses. Cette pluis qui pénètre l'homme jusqu'à l'os c'est l'espérance d'agression, l'écoute du mépris. On se précipitera dans l'oubli. On renoncera à mettre au rebut, à retrancher et à guérir. On supposera que les morts inhumés ont des noix dans leurs poches et que l'arbre un jour fortuitement surgira.
Ô vie, donne, s'il est temps encore, aux vivants un peu de ton bon sens subtil sans la vanité qui abuse, et par-dessus tout, peut-être, donne leur la certitude que tu n'es pas aussi accidentelle et privée de remords qu'on le dit. Ce n'est pas la flèche qui est hideuse, c'est le croc."

mardi 26 février 2013

Boko Haram, etc.


Cette nuit enfin, nous recevions des nouvelles des sept otages français enlevés il y a tout juste une semaine à la frontière entre le Cameroun et le Nigeria. Après les fausses bonnes nouvelles est venue la mauvaise : la revendication par Boko Haram de l'enlèvement des ressortissants français qui avaient emmené leurs minots voir en vrai les animaux de la savane africaine au Cameroun, pays jusqu'alors jugé sûr. 
Maintenant, il semble que nous savons.
En fait, nous ne sommes sûrs de pas grand chose, sinon de ce qui nous a été odieusement exhibé : quatre gosses au regard perdu, égarés dans un cauchemar, et trois adultes effarés, apeurés… trois parents en sursis et dont la main hésitante se pose maladroitement sur l'épaule d'un petit, impuissante.

Boko Haram n'est pas née de la dernière pluie, ni de la dernière goutte de pétrole puisée dans les grands fonds du Golfe de Guinée. Fondée en 2002, la secte djihadiste se voulait redresseur de tord des musulmans peu orthodoxes. Elle semait la terreur dans deux Etats du nord nigerian mais restait suffisamment confinée dans ses deux bastions pour que nul, ou presque, ne s'en inquiète vraiment : l'essentiel des richesses nigerianes, une huile noire et visqueuse - l'or noir -  est concentré dans le sud du pays. Tant que la violence demeurait au nord, elle était acceptable, dans ce pays que la guerre du Biafra, mais pas que, a largement habitué à la violence.

Et puis, le mal s'est répandu. Boko Haram ne s'est plus contenté de remettre des Musulmans "dans le droit chemin". Boko Haram a attaqué des Chrétiens, a enlevé des hommes d'affaire nigerians et peu à peu, ses membres illuminés ont gagné d'autres Etats du nord jusqu'à menacer la ville d'Abuja. En fait, lorsqu'en 2009, les militaires nigérians ont décidé de tordre le cou à Boko Haram, lorsqu'est mort son fondateur Mohamed Yusuf, la secte a explosé en dissidences incontrôlables. Pire : la violence de la répression de 2009 — les militaires nigérians ont massacré froidement 700 personnes, pas toutes membres de la secte — a donné à Boko Haram ses lettres de martyr.
Depuis 2009, Boko Haram et ses dissidences (dont Ansaru) multiplient donc attentats et actions violentes. Ils comptabilisent quelques 1500 morts à leur actif  et Human Right Watch accuse la secte (mais aussi les forces de sécurité nigérianes) de crimes contre l'humanité.

L'enlèvement de ressortissants étrangers n'est toutefois pas dans les habitudes de cette secte djihadiste. Elle témoigne de sa montée en puissance, de sa volonté de "déclencher la guerre partout" et de "se répandre dans tous les lieux de la région", pour reprendre les mots de l'homme au visage masqué par son foulard kaki qui offrait un premier plan sinistre sur la vidéo de cette nuit. 
Surtout, dans cette vidéo qui donnait à cette nouvelle stratégie sa vitrine médiatique, cet homme s'exprimait en arabe et non, comme Boko Haram en avait l'habitude, en haoussa. Il s'exprimait en arabe, comme pour nous signifier l'unité des forces, l'affirmation d'une Internationale djihadiste aux ramifications multiples… et labellisée, au nord de l'Afrique, AQMI.

Le doigt de Grillo


Aux dernières élections en Italie, il n'y a qu'un vainqueur et ce n'est sans doute pas l'Italie. Hier, le seul à sortir des urnes la tête haute est un comique, un bouffon : Beppe Grillo.
Nous ne jetterons pas la pierre aux Italiens, nous qui laissons grimper une Marine Le Pen qui n'est même pas drôle : force est d'admettre que nos dirigeants n'ont guère fait la preuve de leur capacité à gouverner avec justice et nul ne les prend plus au sérieux.
Mario Monti est loin de faire exception et s'il a les faveurs de l'Union européenne - c'est un pur financier! - on ne peut pas dire qu'il ait convaincu les Italiens. Et pour cause, son plan de rigueur drastique n'a eu que les applaudissements des marchés mais n'a en rien réduit la dette italienne qui s'est alourdie de la bagatelle de 100 milliards d'euros !
Dont acte, Pier Luigi Bersani, homme qui s'affiche de centre gauche et dont le parti est arrivé en tête au parlement, n'a plus qu'à se rapprocher du comique, et le persuader de former une majorité qui, de toutes façons, demeurera fragile face à un Sénat sans majorité mais plutôt orienté Berlusconi…
L'Italie ingouvernable donc, avec un bouffon qui a convaincu les foules au prix d'un énorme Casino (bazard, en Italien) pour les semaines à venir et Berlusconi se marre, en proposant un dialogue avec le centre gauche. Berlusconi ou Grillo, il faut choisir, vous voyez le dilemme ?…

Et voilà que me revient en mémoire, une fable de Phèdre (1er siècle après Jésus-Christ) :

Le Bouffon et le paysan
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«  Les hommes ordinairement cèdent à d'injustes préventions, et quand ils sont encore tout plein de leurs faux jugements, l'évidence les force au repentir.
Un citoyen noble et riche voulant célébrer des jeux, proposa une récompense à quiconque présenterait un spectacle nouveau. Il invita tout le monde à. concourir. Des comédiens ambulants vinrent se disputer la victoire.
L'un d'eux, un Bouffon, connu par ses saillies, se vanta de donner un genre de spectacle qui n'avait encore paru sur aucun théâtre. Cette nouvelle se répand et voilà la ville en mouvement. Les places, auparavant inoccupées, manquent maintenant à la foule. Notre acteur paraît sur la scène, seul, sans aucun appareil, sans personne pour l'aider dans son rôle. L'attente avait commandé le silence. Il baisse tout à coup la tête, la cache sous son manteau, et se met à si bien imiter avec sa voix le cri du cochon de lait, que tout le monde croyait qu'il en eût un sous sa robe. On lui ordonna de la secouer, il le fait et on ne trouve rien. On l'accabla d'éloges et on le poursuivit d'applaudissements.
Un paysan qui était présent s'écria: « Par Hercule! il ne l'emportera pas sur moi. » Aussitôt il promit que le lendemain il ferait mieux. La foule fut encore plus considérable, les esprits étaient prévenus, et l'on vint plutôt pour se moquer que pour juger.
Ils s'avancent tous deux. Le Bouffon commence à grogner le premier, et aussitôt partent de la salle des applaudissements et des cris. Le Paysan feint de cacher un cochon de lait sous ses vêtements (ce qu'il faisait réellement; mais, comme on n'avait rien trouvé sur le Bouffon, on était sans défiance), et pince l'oreille du pauvre animal, auquel la douleur arrache des cris bien naturels. Les spectateurs soutinrent que le Bouffon avait bien mieux imité et voulurent faire chasser le Paysan. Mais celui-ci, montrant le cochon de lait, leur prouva d'une manière irrécusable leur erreur: « Voilà, dit-il, comme vous êtes bons juges. »

lundi 25 février 2013

Contre les détentions abusives en Israël


En juin 2012, selon Amnesty International, Israël comptait quelques 300 Palestiniens en détention administrative, "sans perspective de jugement pour une quelconque infraction pénale". Une violation manifeste du droit des détenus à bénéficier d'un procès équitable.

Ce week-end, une missive est arrivée dans ma boîte mail par l'intermédiaire de membres du réseau Roosevelt 2012. Elle est datée du 16 février et est signée de Samer Issawi, 34 ans, prisonnier dans les geôles israéliennes depuis juillet 2012 et en grève de la faim depuis le 29 juillet.
Ce week-end aussi, juste après que j'aie reçu cette lettre, un autre Palestinien, emprisonné depuis 5 jours, est mort derrière les barreaux de la prison de Meggido. Officiellement, d'un arrêt cardiaque… Mais la foule qui manifeste encore en ce moment à Gaza en doute : avant d'être "interrogé" dans les prisons israéliennes, ce père de deux enfants était en bonne santé.
Pour lui et pour les centaines de détenus, emprisonnés sans jugement, je diffuse donc à mon tour cette lettre de Samer Issawi:

" Ma santé s’est détériorée à un point extrême et ma vie tient à un fil. Mon corps est dans un grand état de faiblesse mais je reste patient et je continue mon combat. Mon message est le suivant : je lutterai jusqu’à la fin, jusqu’à la dernière goutte d’eau dans mon corps, jusqu’au martyre. Dans cette bataille devenir un martyr pour moi est un honneur. Mon martyre est une réelle bombe dans la confrontation avec les tyrans et les geôliers, face à la politique raciste d’occupation qui vise à humilier notre peuple et qui emploie contre nous tous les moyens d’oppression et de répression.
Je dis à mon peuple : je suis plus fort que l’armée d’occupation et que ses lois racistes. Moi, Samer Al-Assawi, enfant de Jérusalem, je vous dicte mes dernières volontés au cas où je tomberai comme un martyr : vous porterez mon âme comme un cri pour tous les prisonniers, femmes et hommes, un cri pour la liberté, pour l’émancipation et le salut de ceux qui ont connu le cauchemar des prisons et leur terrible noirceur.
Ma bataille ne concerne pas seulement la liberté individuelle. La bataille que j’ai menée avec mes héroïques camarades, Tariq, Ayman et Ja’affar, c’est la bataille de tout un chacun, la bataille du peuple palestinien contre l’occupation et contre ses prisons. Notre but est d’atteindre la liberté et la souveraineté dans notre pays libéré et notre bien aimée Jérusalem.
Les faibles forts battements de mon coeur je les dois à votre grande persévérance. Merci à vous mon peuple ! Mes yeux, qui perdent peu à peu la vue, tirent leur lumière de votre solidarité et de votre soutien. Ma voix, à peine audible, tire sa force de votre voix, qui est plus forte que la voix du gardien et plus haute que les murs.
Je suis l’un de vos enfants parmi les milliers de vos enfants qui sont prisonniers et qui languissent en jeûnant dans les prisons, en attendant la fin de leur calvaire, de leurs douleurs et de la souffrance de leurs familles. Les docteurs m’ont dit que je risquais une attaque à cause des battements désordonnés de mon coeur, du manque de sucre et de ma tension très basse. Mon corps est très froid et la douleur qui n’a de cesse m’empêche de dormir. Mais malgré l’extrême fatigue et les maux de tête chroniques, quand je bouge dans ma chaise j’essaye de réunir tout mon courage pour faire la route jusqu’au bout.
Il n’y a pas de retour possible, seulement ma victoire qui est fondée sur le Droit alors que ma détention n’a pas de validité et est illégale.
Je tire toute ma force de mon peuple, de tous les gens à l’esprit libre dans le monde, ainsi que des familles de prisonniers qui continuent à clamer jour et nuit pour la liberté et la fin de l’occupation.
N’ayez pas peur pour mon coeur s’il se met à s’arrêter, n’ayez pas peur pour mes mains si elles se paralysent. Je suis toujours en vie maintenant et demain et après ma mort parce que Jérusalem coule dans mon sang, ma dévotion et ma foi. "

Pour parrainer un prisonnier Palestinien, c'est par .

vendredi 22 février 2013

Et toujours pas une tune



Le moins qu'on puisse dire, c'est que les annonces du jour d'Olli Rehn — le commissaire en charge des affaires économiques et monétaires de la zone euro — ne sont pas de nature à remonter le moral des Européens en général et des Français en particulier.

Rapide tour d'horizon des chiffres de la sinistrose.
Premier constat, contrairement à quelques discours entendus en décembre, la crise n'est pas tout à fait derrière nous : le PIB moyen sera en retrait de 0,3% cette année dans la zone euro et sept pays (Grèce, Espagne, Italie, Chypre, Pays-Bas, Portugal et Slovénie) seront en récession. Pire : austérité n'aidant guère, plus de 12 % de la population active européenne risque de se retrouver au chômage, soit pas moins de 20 millions de personnes. 
En Grèce et en Espagne, ce taux devrait même dépasser les 27 % !

Si l'Espagne fait figure de parent (très) pauvre (10,2 % de déficit public en 2012 et 6,7 % en 2013), la France – deuxième économie de la zone – est loin d'apparaître comme un bon élève avec ses 3,7 % de déficit public au mieux et une croissance atone pour cette année, sans parler des 11% de chômeurs attendus pour 2014. En fait, il n'y a que l'Allemagne qui tire son épingle du jeu : elle est quasi à l'équilibre cette année et le sera sans doute l'année prochaine. Outre Rhin, on bénéficie d'une croissance à 0,5 % et qui pourrait atteindre les 2 % en 2014.

Et pourtant, depuis 2010, plus de 40 plans de rigueur ont été mis en œuvre dans la zone euro.
Tout ça pour ça ?



Le n°32 de la semaine ARySQUE

Fidèle au rendez-vous du vendredi, voici venu le nouveau numéro de la Semaine ARySQUE avec pas mal de dessins inédits, les chroniques quotidiennes ayant été moins nombreuses cette semaine.

Pour découvrir ce numéro et faire un point, non exhaustif, sur l'actu de la semaine passée, cliquez sur sa couverture ci-dessous.

Bonne lecture.


jeudi 21 février 2013

On gazouille autour du perchoir

 Ce n'est pas parce qu'il n'y a qu'un perchoir à l'Assemblée nationale qu'il n'y en a qu'un qui gazouille. En fait, ça tweet dans tous les sens dans l'hémicycle, au point de provoquer des interruptions de séance et l'usage des tweets fait lui-même de plus en plus débat, certains se demandant même si, pour la sérénité des débats, il ne serait pas opportun d'y couper le wifi. 
Certes, c'est énervant ces gens qui pianotent sur leur portable ou leur tablette pendant qu'on cause entre soi. C'est impoli, irrespectueux, sorti du contexte et patati et patatweet. Alors, tweet ou pas tweet dans l'hémicycle en direct live ?

La question pourrait paraître anecdotique sauf qu'elle met en lumière une évolution majeure dans le jeu politique : autrefois, les femmes et les hommes politiques pouvaient prévoir leur communication et border les éventuels dérapages. Le jeu politique se partageait entre trois paramètres : le vote, la rue et le jeu des lobbies et des leaders d'opinion. 
Les réseaux sociaux ont changé la donne : n'importe qui peut s'imposer comme leader d'opinion : il suffit que son profil, ou son tweet, soit suivi, partagé et repartagé. Un nouvel espace publique est né, il joue en temps réel, est incontrôlable ou presque, et ses débordements dépassent largement le terrain local. C'est un sacré défi pour nos politiques et, comme tout progrès technique, il comporte autant de risques que d'opportunités.

Comme ça, spontanément – mais j'avoue : je suis un tantinet geek ! – j'aurais envie de dire que la démocratie est plus riche d'une plus grande transparence, que la logique de réseau ne fait que rendre le débat plus complet, plus exhaustif, plus ouvert. Sauf que.
Sauf qu'en fait de participatif, il n'y a souvent que délation – un tel est homophobe, un tel a fait un lapsus –, provocation et règlements de compte. 

Ceci étant dit, je doute que cela tienne à l'usage des tweets : il y a toujours eu des débordements dans l'hémicycle et le fait de s'y traiter de tous les noms d'oiseaux n'a rien de nouveau. C'est le jeu rhétorique, la palabre méthode occidentale : la joute verbale. Et si nos députés manquent parfois de hauteur de vue dans les 140 signes de leurs tweets, s'ils lâchent des bombes dont ils savourent l'effet mitraillette, ce n'est pas que le wifi ait un trop bon débit. 
Je crois juste que certains députés sont tout simplement… de drôles d'oiseaux.
Et, bien sûr, je tweeterai ce post.

mercredi 20 février 2013

Lettre ouverte à Morry Taylor



Paris, le 20 février 2013


Cher Monsieur Taylor,

Le Ministère du redressement productif a bien reçu votre lettre et la France entière a pu en prendre connaissance. 
Sachez que c'est sans regret que nous apprenons que vous renoncez à reprendre Goodyear. Comme vous le savez, cela fait un certain temps que nous avons aboli l'esclavage et que nous tentons – pas toujours avec succès il est vrai, les temps sont durs ! – de permettre à nos ouvriers de travailler dignement et de vivre de même.

On dit ici que vous estimez qu'un dirigeant ne doit pas gagner plus de 20 fois le salaire minimum de ses collaborateurs. C'est louable et nous sommes heureux d'apprendre que vous vous apprêtez donc à baisser vos revenus à 20 dollars de l'heure, ce qui, il nous faut l'admettre, sera largement en deçà des revenus de notre Carlos Ghosn dont on sait les brillants résultats.

Nous vous laissons donc dépenser votre argent comme bon vous semble et espérons que vos investissements industriels seront plus productifs que ceux consentis sur le terrain politique : 6 millions de dollars dépensés pour moins de 1 % des voix aux primaires républicaines n'est en effet guère glorieux surtout quand on n'hésite pas à user d'arguments populistes tels que "tuez tous les avocats et autres méthodes pour sauver le gouvernement".
A propos d'avocats, nous nous réjouissons d'apprendre que vous avez jugé utile d'en maintenir quelques-uns en vie pour plaider votre cause contre les subventions versées par Pékin aux fabricants de pneus chinois et espérons que celles-ci ne seront plus versées aux entreprises que vous achèterez.

Sans attente de votre réponse, nous vous informons que vous pouvez garder votre argent et vos soi-disant savoir-faire. Amiens-Nord n'est pas intéressé par Titan.

Adieu, donc. 


PS : Il n'y a eu chez nous qu'un Christian Estrosi pour saluer vos propos, ce matin sur France Inter, par un martial "jamais sous la présidence de Nicolas Sarkozy, au plus dur de la crise industrielle, un investisseur international ne se serait adressé au président de la république ou au gouvernement de cette manière. Voilà comment nous sommes traînés dans la boue". Christian avait du oublié que vous aviez traité son champion de "dangereux gauchiste". Ne lui en tenez pas rigueur : l'émission était matinale et, comme vous le savez, les Français ne sont guère opérationnels avant la pause déjeuner.

En réponse à Morry Taylor:
« J’ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. Je l’ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m’ont répondu que c’était comme ça en France [...].
Monsieur, votre lettre fait état du fait que vous voulez que Titan démarre une discussion. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ? Titan a l’argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu’a le syndicat fou ? Il a le gouvernement français. Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers. Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens-Nord. »
 

Hollande encaisse en mode Royal


A priori, tout était réuni pour faire de la journée d'hier un jour de gloire pour François Hollande : le Président français était en Grèce où son discours sur la croissance a quelque popularité et l'on avait même, là-bas, réquisitionné les journalistes en grève pour qu'ils couvrent l'événement. 
Mais bing et bang : sept ressortissants français, dont 4 enfants, ont été pris en otages au nord du Cameroun — dans un pays où nul n'avait encore jamais été enlevé – et quelques heures plus tard, on apprenait la mort d'un soldat français au Mali.

Mardi noir donc pour le président de la république qui voit de surcroît sa côte de popularité baisser à nouveau (l'opération Serval approche de sa fin) et doit assumer nombre de dédits : la croissance n'est pas au rendez-vous, le pays ne tiendra pas ses objectifs, ministres et parlementaires socialistes s'inquiètent de la probable mise en œuvre d'une politique de rigueur, Martine Aubry s'agace du report de la loi sur le non-cumul des mandats, etc. Le pire c'est qu'il n'y a pas le moindre débat de société porteur qui, à l'instar du mariage pour tous, aurait pu noyer le poisson (nourri à la farine animale). Aïe !

Mais tout de même, ce matin, une bonne nouvelle sur le tableau noir de François Hollande : on a réussi à caser Ségolène Royal quelque part ; en l'occurrence à la vice-présidence de la nouvelle banque publique d'investissement (BPI). Ouf !

mardi 19 février 2013

Gbagbo à la CPI



C'est aujourd'hui que la Cour Pénale internationale commence à examiner le cas Gbagbo. Objectif : confirmer, ou non, que Laurent Gbagbo, ex-dirigeant de la Côte d'Ivoire, est bien le co-auteur indirect de crimes contre l'humanité.
Zoom arrière : en 2010, les Ivoiriens étaient appelés aux urnes. Résultat : Ouattara est donné vainqueur mais le clan Gbagbo, président sortant, accuse le camp adverse de fraudes et Gbago refuse de quitter le pouvoir. Dès lors, le pays plonge dans une crise majeure, à la limite de la guerre civile. On se souvient notamment des obus lâchés sur un marché, de la dispersion à la mitraillette d'une manifestation de femmes et des quelques massacres sanglants dans des quartiers pauvres d'Abidjan ou des charniers de l'université de Cocody. La réconciliation nationale est encore des plus précaires en Côte d'Ivoire.

Quatre chefs d'accusation visent Laurent Gbagbo : meurtre, viol et violences sexuelles, actes de persécution et quelques autres horreurs commises lors de la crise post-électorale.
De facto, les milices de Gbagbo n'ont pas chômé pendant cette crise. Reste à savoir si les pro Gbagbo obéissaient à un "plan" systématique orchestré par Gbagbo (et son épouse Simone) qui vivait alors retranché dans un bunker de Cocody. L'existence de ce "plan" justifierait l'accusation de crime contre l'humanité. Gbagbo, lui, continue d'affirmer qu'il n'existe aucune charge contre lui et ses partisans, nombreux, croient à sa libération.

Concrètement, la CPI va examiner jusqu'au 28 février les différentes preuves apportées par l'accusation afin de juger si elles sont suffisantes pour l'engagement d'un procès sous sa juridiction. Pas de résultat attendu de ces études avant fin avril et, s'il y a procès, il ne se tiendra sans doute pas avant l'année prochaine. D'ici là, et si Gbagbo n'obtient pas de liberté provisoire, l'ancien dirigeant déchu continuera de purger sa peine provisoire dans la prison de Scheveningen (Pays-Bas).  Crime contre l'humanité ou non, c'est quand même le refus de Gbagbo de se plier au verdict des urnes qui a plongé la Côte d'Ivoire dans un bain de sang et causé la mort de 3000 personnes. Mais vrai, dans toute cette histoire, on ne peut sans doute pas dire que le clan Ouattara ait les mains très propres. Ce qui, bien sûr, ne tempère pas les crimes commis par le clan Gbagbo.

Enfants du Mali


J'habite un quartier qui fut, il y a quelques années, une destination de prédilection pour l'immigration malienne. Je me souviens de ces gosses qui s'asseyaient sur les mêmes bancs que mes filles. Je me souviens surtout de ce minot fugueur que j'ai parfois récupéré devant l'école pour le remettre en classe et qui me suivait dans un éclat de rire, en me donnant sa petite main et me disant, le sourire jusqu'aux oreilles, "ta fille, moi, je la marierai." Il avait 5 ans et cela me faisait hurler de rire. 
Sa sœur ainée était une terreur perchée sur les hauts talons de sa mère, une gamine de 12 ans qui me dépassait d'une tête et qui s'occupait de toute la fratrie. 
J'aimais ces gosses et j'aimais leur rire. J'aimais ces gosses et je devinais leur isolement, le marasme familial et la violence subie là-bas, dans l'immense misère qui les avait menés ici, jusqu'à cette école de l'est parisien. Puis, ils sont partis, pris en charge par les services sociaux, je ne sais ni où, ni comment… 
Et depuis que le Mali s'embrase, il m'arrive souvent de revoir leur immense sourire sur leur peau cuivrée, cette gaieté jaillissant sur des regards trop durs.

La semaine dernière, Françoise Ackermans, représentante de l'Unicef au Mali, a tenu à alerter la communauté internationale : la rumeur qui évoquait le possible enrôlement d'enfants dans les troupes de djihadistes se confirme. Plusieurs centaines d'enfants seraient concernés, majoritairement des garçons auxquels on confie fusils d'assaut, grenades, alcool et drogue. Des petites filles aussi, dont on imagine aisément le sort qui leur est réservé dans un pays où 71 % des femmes confessent avoir été mariées avant 18 ans et où 69 % des petites filles sont excisées… 
Plusieurs centaines d'enfants, donc, que l'on commence tout juste à retrouver, au compte-gouttes. Des enfants défaits. 

Et il y a, aussi, tous les autres gosses du Mali : près de 7 millions ont moins de 15 ans et la quasi totalité est en danger. Pas seulement au nord. 
Avant guerre déjà, 15 % des enfants maliens souffraient de malnutrition aigüe et 20 % naissaient avec un déficit pondéral. Un enfant sur trois était contraint de travailler en dépit de l'interdiction du travail pour les enfants de moins de 14 ans, et seuls 40 % fréquentaient les bancs de l'école. Une situation catastrophique que la guerre, bien sûr, n'a fait qu'empirer. Déjà, l'Unicef mène des campagnes de sensibilisation auprès des enfants déplacés pour les alerter sur la présence de mines dans le pays.

Alors que démarre la saison chaude au Mali, alors que la guerre a rendu encore plus exceptionnel l'accès à l'eau potable, l'Unicef craint un développement massif des épidémies de choléra, malaria, rougeole et méningites… "tout le tableau de bord est rouge", conclue Françoise Ackermans qui estime à 82 millions de dollars les besoins de l'Unicef pour le seul Mali.
Les enfants du Mali, c'est sans aucun doute le premier défi que ce pays devra relever quand les armes se seront tu… si elle se taisent.

En attendant, on peut toujours soutenir l'Unicef

lundi 18 février 2013

ParentS… au pluriel



En ce quatrième jour de manifestation en hauteur, je me demande comment le petit Benoît voit son père quand il est perché sur une grue, le réclamant corps et cris. Pense-t-il que son père l'aime ou qu'il est fou ? Pense-t-il qu'il se bat comme un père ou qu'il délire comme un forcené ? 

J'imagine que le regard d'un enfant privé de son père dépend du discours de sa mère et c'est bien là que le bas blesse : il n'est pas contredit.

Une maman, un papa
Une maman, une maman
Un papa, un papa.
Il faut être plus d'un pour être parents et j'ai grande crainte de la toute puissance maternelle. 
Le père, parfois, doit savoir s'imposer, droits et devoirs et je préfère un papa grimpé sur une grue qu'un père défaillant.

Mais vrai : je ne sais rien de cette histoire privée.



samedi 16 février 2013

Oups ! Mea culpa

"Quand on n'a pas de tête, faut avoir des jambes". 
J'ai pu ce matin expérimenté l'adage en grimpant mes cinq étages pour corriger l'énorme bourde laissée dans le n°31 de la Semaine ARySQUE : une info que j'avais placée comme ça et que je devais changer… et puis j'ai oublié.
Donc : contrairement à ce qui était écrit dans ce numéro 31, dans la Rubrique Ailleurs, ce n'est pas le toit de la structure de confinement des réacteurs de Tchernobyl qui s'est effondré mais celui du bâtiment des turbines. C'est heureux parce que si mes propos étaient avérés, on aurait eu droit à un aérosol radioactif plutôt meurtrier…
Bon voilà : le numéro 31 est corrigé, vous pouvez maintenant y aller sans crainte.
Toutes mes excuses pour cette énorme bourde.

Et bon week-end à tous.

vendredi 15 février 2013

La Semaine ARySQUE du vendredi

Voici venu le jour de la Semaine ARySQUE. Au sommaire cette semaine, la viande de cheval et le pape, bien sûr, mais aussi le Mali, la Syrie, j'en passe et des bien pires.

Pour le découvrir, cliquez sur la Une ci-dessous et n'hésitez pas à cliquer sur les liens à l'intérieur des pages si vous avez raté des chroniques cette semaine.

Bonne lecture.


"Le petit bruit de l'œuf dur"


Il y avait eu ce vieil homme qui s'était tiré une balle dans la tête en pleine rue, à Athènes. Il y a eu aussi ceux disparus en silence, dans leur maison, ou morts de froids dans la rue. Et il y a eu, mercredi, ce chômeur en fin de droit, immolé à Nantes.

J'en entends qui critiquent et qui jugent : le manque de courage, l'égoïsme des suicidés… Mais la misère rend fou. La misère est un plongeon dans la dégradation… et je pense, comme Prévert, que souvent, "le désespoir est assis sur un banc" et que la faim mène aux pires excès… 
Parce qu'il est terrible le bruit de la misère qui lancine dans la tête éreintée des ventres vides.

La grasse matinée

Il est terrible
le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l'homme
la tête de l'homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
dans la vitrine de chez Potin
il s'en fout de sa tête l'homme
il n'y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n'importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ces vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boîtes protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines..
Un peu plus loin le bistrot
café-crème et croissants chauds
l'homme titube
et dans l'intérieur de sa tête
un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
œuf dur café-crème
café arrosé rhum
café-crème
café-crème
café-crime arrosé sang !...
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
l'assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix
deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
Jacques Prévert

jeudi 14 février 2013

Loveland


Peu m'importe que la fête soit commerciale*
Peu m'importe que d'aucun trouve cela très mièvre : I'm in love et il n'y a rien de meilleur en ce monde. 

Alors, bonne Saint-Valentin à tous et que chacun aime sa chacune… ou son chacun.

*Permettez quand même que j'en profite pour faire un peu de pub pour l'un de mes anciens travaux : j'ai écrit et dessiné il y a déjà un moment un petit livre qui ne parle que d'amour… ou presque. Le livre des Errances est en ligne et si quelqu'un veut acquérir la version imprimée et l'offrir à sa douce ou son doux, il me reste 5 exemplaires numérotés et signés (50 €) et je suis à l'atelier cet après-midi (ParisXI). Contactez-moi

mercredi 13 février 2013

A cheval sur les drames humains


 Il aura suffi de peu. Il aura suffi que quelques équidés tapent l'incruste dans les lasagnes au bœuf et qu'un pape tire sa révérence pour que le silence se fasse sur l'essentiel. Les ondes sont sélectives : exit le Mali, exit la Syrie, exit aussi la disparition du PEAD remplacé par un FEAD au budget amputé d'un milliard, j'en passe et des bien pires. 

Alors permettez qu'ici, je dise que je m'en tape des plats cuisinés et que je trouve indécente cette frénésie médiatique quand nombre de citoyens du monde - et en France aussi - regrettent de n'avoir pas le moindre morceau de viande à se mettre sous les crocs.

Permettez aussi que je revienne sur les drames humains au nord du Mali : on fait comme si la guerre était terminée, ou presque, comme si la France victorieuse avait remis sur pied un pays exsangue. Il n'en est rien. Certes, les Etats-Unis ont débloqué 50 millions de dollars d'aide pour les armées française et tchadienne au Mali, certes l'armée malienne a repris la ville de Menaka, à 80 kilomètres de la frontière nigérienne (et donc des mines d'uranium…) sans qu'il lui soit opposée de résistance. Mais ces villes libérées sans combat ne disent pas la victoire malienne ou française. Elles racontent au contraire comment les djihadistes ont abandonné les villes pour engager une nouvelle guerre, bien plus complexe, bien plus délétère. 
Je veux parler des combats à l'arme lourde dans les rues de Gao ce week-end, je veux parler des commandos formés aux attentats kamikaze, je veux parler des mines qui jonchent le sol de certaines zones de l'Azawad et je veux parler aussi de l'appel au djihad lancé par Al Qaida depuis le Yemen en représailles à l'intervention française. Du côté de l'ONU, on espère que d'ici trois semaines, quelques 6000 casques bleus prendront pied sur le sol malien : il auront fort à faire. Pas seulement pour lutter contre les islamistes, mais aussi pour veiller à ce que les Maliens eux-mêmes n'aillent pas se venger au mépris des droits humains. Aucune ville n'est sûre au nord du Mali, ni pour un camp, ni pour l'autre.
Voilà, c'est dit : en toutes choses, il faut savoir raison garder. En matière de choix des infos, surtout.

mardi 12 février 2013

Le pape est…


Il ne démissionne pas et il n'est pas mort, il renonce et voilà 6 siècles que cela n'était pas arrivé : exit le pape, exit Benoît XVI.
Et comme à chaque fois que s'annoncent de nouvelles élections papales, me revient en mémoire une comptine de mon enfance :

Le pape est mort
Un nouveau pape est appelé à régner.
Araignée ? quel drôle de nom !
pourquoi pas libellule ou papillon ?

Je sais, c'est ridicule et m'étant absentée plus d'un week-end, j'aurais du faire mieux.
Seulement voilà, j'ai chantonné cette comptine quand j'étais enfant et j'en riais aux larmes comme s'il s'était agi du pire des blasphèmes : c'est que dans les familles catho, en ce temps-là, on ne se moquait pas du pape. Moi si !

Et là, tout de suite, je dois avouer que la renonciation du pape ne m'inspire rien… Sauf que je doute de regretter celui-ci.

vendredi 8 février 2013

Le n°30 de La Semaine ARySQUE est en ligne

Comme chaque vendredi, voici venu le nouveau numéro de la Semaine ARySQUE, pour faire le point sur la semaine passée.
A découvrir en cliquant sur sa Une.
Bonne lecture.


"Le nouveau monde arabe"

 
C'est l'une des citations que je préfère et elle nous vient du philosophe Alain : "tout homme persécute s'il ne peut convaincre. A quoi remédie la culture qui rend la diversité adorable".

Alors que des dizaines de milliers de personnes se sont réunies dans la banlieue de Tunis pour enterrer Chokri Belaïd, je pense à ces deux phrases. Pourquoi ? Parce que la Tunisie est d'abord un pays instruit. Dans ce pays, l'éducation est depuis longtemps une priorité et la part annuelle allouée à l'éducation avoisine 7 % du PIB (6,6 % en France). Comme le soulignait Emmanuel Todd dans une interview donnée à Libération en janvier 2011, "l'alphabétisation y est quasi achevée".

Ce n'est donc sans doute pas un hasard si c'est en Tunisie qu'est né le "Printemps arabe" : il y a deux ans, ce peuple instruit, qui se savait capable de choisir son destin, a décidé de mettre fin à la dictature de Ben Ali… 
Souvenez-vous l'enthousiasme qu'avait alors suscité, sur toute la planète, ce soulèvement de démocrates dans un pays musulman. On croyait alors voir s'ouvrir une nouvelle voie — celle d'un "nouveau monde arabe" pour citer le magazine Rukh - qui allait provoquer un choc de civilisation. On espérait même que cette nouvelle voie serait de nature à tordre le cou des obscurantistes islamistes. 

Quand Ennahda remportait les premières élections, nous avons tous déchanté. Surtout les Tunisiens et encore plus les Tunisiennes. Je me souviens comme alors les sceptiques avaient moqué les enthousiastes de la première heure, comme ils avaient ironisé sur les Tunisiens soit-disant démocrates.
Mais rappelons-nous : Ennahdah n'emportait qu'un peu moins de 42 % des suffrages et l'abstention dépassait les 50 %. C'est dire s'il était exagéré, déjà alors, de faire de la Tunisie un pays rétrograde et islamiste. D'ailleurs, depuis que Ennahdah occupe 90 des 217 siègles que compte l'Assemblée constituante, les vigies de la démocratie tunisienne n'ont pas cessé d'œuvrer, dénonçant aussi souvent que nécessaire les signes précurseurs d'une future constitution trop marquée par la charia.

Mais Ennahdah avait gagné les élections et puisque les Tunisiens avaient choisi la démocratie, ils acceptèrent la sanction des suffrages… extrêmement méfiants, toutefois. Peu à peu, à mesure que l'incapacité du pouvoir à avancer sur une constitution se faisait jour, à mesure que s'étendait la mainmise des religieux sur les différentes sphères de la société, la méfiance du peuple tunisien est devenue défiance.
Mercredi, l'assassinat de Chokri Belaïd a fini d'écœurer les Tunisiens. 

Alors, moi – peut-être un peu naïve, je vous l'accorde – je me prends à espérer à nouveau, à croire que cette nouvelle voie tunisienne ne s'est jamais fermée, qu'elle fut juste encombrée, embouteillée. Je veux croire à nouveau que les Tunisiens – éduqués ! – sauront faire la laïcité musulmane. 

Les années de Terreur n'ont pas définitivement tué la démocratie en France et les idéaux humanistes ont fini par ne plus laisser faire. Alors, depuis mon petit coin de France, en ce jour des funérailles de Chokri Belaïd, il me semble devoir rendre cet hommage : je veux croire dans la démocratie tunisienne.
Paix à son âme, paix à son peuple.

jeudi 7 février 2013

Quand l'islam refuse le djihad


Cela serait sans doute passé inaperçu ici, s'il n'y avait eu cet article signé Michel Rocard dans le Monde : deux des plus hauts et des plus populaires dignitaires musulmans au Mali saluent l'intervention de la France mais surtout la constitution d'une force africaine unie qui se met en marche pour empêcher une armée de djihadistes "mafieux" de prendre possession du Sahel.
Ces deux hommes ne sont peut-être pas les plus modérés des musulmans. Ils ne s'en sont pas moins attaqué à ceux qui utilisent l'islam comme étendard au banditisme.

Permettez que je reprenne les citations de ces hommes telles que présentées par Michel Rocard : 
"AQMI, Ansar Eddine, Mujao : c'est pareil. Ce sont des bandits et des trafiquants de drogue qui utilisent la religion comme couverture  (…) Il va falloir mener une guerre idéologique et dénoncer ceux qui se disent musulmans et qui sèment la mort". La phrase est de Cherif Ousmane Haïdara (à droite sur le dessin ci-dessus), reponsable des Partisans de la religion, une organisation qui compte près d'un million d'adeptes au Sahel, dont beaucoup au Mali.

Quant au président du conseil islamique du Mali, Mahmou Dicko (à gauche sur le dessin ci-dessus), il n'hésite pas à attaquer les autorités religieuses qataries qui avaient condamné l'intervention française : "Nous ne sommes pas d'accord avec cette interprétation, nous pensons que c'est le contraire. C'est la France qui a volé au secours d'un peuple en détresse, qui avait été abandonné par tous ces pays musulmans à son propre sort. Nous parler de croisade anti islam, c'est quelque chose que nous ne pouvons pas accepter en tant que responsables musulmans du Mali".

Derrière ces déclarations, il y a semble-t-il une prise de conscience : il devient indispensable que s'élèvent les voix des Musulmans, ceux qui savent que cette religion est d'abord une religion de tolérance, ceux qui savent qu'elle a besoin, pour continuer à vivre dans un monde humain, à entrer dans la modernité… Pas la modernité des financiers qui règnent en maître au Qatar ou en Arabie Saoudite. Celle des peuples d'islam, souvent trop pauvres et qui aimeraient ne plus l'être.
Cela concerne l'Afrique, mais pas seulement : c'est la civilisation humaine de demain qui est en jeu.

mercredi 6 février 2013

Le silence du deuil (2)





Arrivée ce matin à l'atelier la tête pleine d'une saine légèreté, j'avais pensé ironiser un peu, à mon tour, sur les "petits bouts" qui font exploser de rire la Garde des sceaux. 

J'avais aussi imaginé pouvoir faire la leçon à ces idiots plein de fiel qui stigmatisent le projet d'ouverture d'une salle de shoot à Paris en faisant l'amalgame entre délinquance et maladie. J'espérais ainsi tordre le cou à un Gilbert Collard - hélas député - qui jugeait cohérent d'ouvrir aussi des "salles de viol"…

J'allais même me moquer de Jean-François Copé qui avait, en temps de campagne pour la présidence de l'UMP, surfé abondamment sur les idées frontistes, prolongeant l'œuvre de banalisation qu'avait savamment entreprise Nicolas Sarkozy…



Puis, la nouvelle est tombée, ultime désillusion des printemps arabes : Chokri Belaïd a été assassiné. Une balle dans la tête, une autre dans le cou. Chokri Belaïd était de ces hommes qui auraient pu tirer la Tunisie vers cet idéal de démocratie qui avait poussé à la rue jeunes et moins jeunes tunisiens, il y a tout juste deux ans. Chokri Belaïd ne défendra plus le pluralisme, la liberté et l'égalité que dans la peau du martyr…

Encore un assassinat politique en Tunisie et je n'ai plus envie d'ironiser, pas le goût de parler de ce qui se passe ici, en France, dans ce pays où un citoyen sur trois trouve acceptables les idées du Front National.

Aujourd'hui, j'ai le cœur à Tunis et la tête à l'envers.
Solidarité avec les démocrates tunisiens qui manifestent à nouveau… au péril de leur vie.

Quand la réalité dépasse la fiction

"A 490 mètres sous terre (…), l'agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a creusé un laboratoire d'étude sur l'enfouissement des déchets les plus dangereux de l'industrie nucléaire française.
Dans cette formation d'argile, quelques kilomètres plus loin, elle prévoit de construire un centre industriel de stockage géologique (Cigeo). Un gigantesque cimetière nucléaire de 15 Km2 de galeries et d'alvéoles, dans lesquels les radioéléments devront être confinés pour l'éternité ou presque : leur durée de vie se compte en centaines de milliers d'années, pour certains en millions d'années."

- Des déchets nucléaires enfouis pour l'éternité à une grande profondeur ? Bigre ! ai-je lâché !
Là, j'ai tenté la mesure, considérant que puisque nous avons ces déchets sur les bras, "il faut bien qu'on les mette kekpart", comme dit la chanson des Rita à propos de la haine…

Mais — allez savoir pourquoi — j'ai pensé à ce film catastrophe dont les Américains ont le secret : Armageddon. Dans le rôle titre : Bruce Willis en foreur intrépide. Le pitch : un astéroïde fonce sur la terre et menace de faire disparaître l'espèce humaine. Une seule solution : placer une charge nucléaire au cœur du dit astéroïde et le faire exploser en mille morceaux.
"M…!", ai-je pensé : "voilà que nous allons placer la charge au centre de la terre !" 
J'ai été à peine rassurée en apprenant que le truc devrait être scellé en 2125 (des fois qu'on changerait d'avis) et guère plus quand on précisait que le lieu d'implantation - à Bure, entre Haute-Marne et Meuse - n'était pas en zone sismique. 
Des centaines de milliers d'années voire des millions ? Bien malin celui qui peut être certain du mouvement des plaques terrestres à telle échéance, non ?! 
Mais vrai : on s'en fout, on sera plus là !

mardi 5 février 2013

Pour ceux qui ont faim


 "Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…", l'Europe en ce temps-là…

En ce temps-là, Espagne, Italie, Grèce et Portugal étaient des pays pauvres. En ce temps-là, l'Allemagne était coupé en deux et l'Irlande moribonde. Mais c'était un temps de croissance et nous avons vu, grâce à la dynamique européenne, ces pays se redresser et leur économie atteindre, peu ou prou, des standards proches des nôtres. On appelait cela la solidarité : c'était un pilier de la construction européenne, cela même qui mit fin aux conflits qui avaient jusqu'alors émaillé l'histoire de ce continent, cela même qui permit à l'Europe d'être désignée Nobel de la paix l'an dernier.

Dans la longue histoire de la construction européenne, une date symbolique : la création en 1987 du PEAD, le programme d'aide aux plus démunis. Parce que malgré  la naissance de cette immense puissance économique qu'était devenue l'Europe unie, il y avait des laissez-pour-compte, des déshérités, des démunis, il fut décidé de lier l'aide alimentaire à la politique agricole commune. Question de logique : grande puissance agricole, l'Europe se voulait autosuffisante en matière alimentaire, y compris pour les exclus. On appelait cela la solidarité.

Ce matin, dans son discours devant les députés européens, François Hollande mettait en garde : "L'intérêt national est en train de prendre le pas sur l'intérêt européen." Et d'ajouter : "s'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences. Ce qui nous menace n'est plus la défiance des marchés mais celle des peuples".
Dans ce contexte, il importe de rappeler avec force cet idéal de solidarité qui prévalait à la construction européenne. Et puisque cet idéal ne parvient pas à s'exprimer sur le terrain de la défense - en témoigne la timidité du soutien européen à l'opération Serval - qu'il soit au moins, une ligne directrice de la stratégie économique de l'Union européenne. 

Il FAUT donc maintenir l'aide alimentaire de l'Union. Sans elle, les associations qui, telles les Resto du coeur ou le Secours populaire en France, nourrissent les esseulés et les familles démunis, ne pourront plus faire face.
Aujourd'hui plus encore qu'en temps de prospérité, cette aide est indispensable. Elle est pourtant menacée, plusieurs pays tels le Royaume Uni, l'Allemagne et les Pays-Bas lui préférant des politiques sociales conduites par les Etats.

A l'heure où l'Europe que nous espérions est plus que menacée, à l'heure où les chiffonniers finissent par former des armées dans les rues de Paris et plus encore de Barcelone, Madrid ou Athènes, sauvez la solidarité européenne : dites oui au maintien de l'aide alimentaire européenne avant que le Conseil européen ne vote le budget de l'Union les 7 et 8 février. Pour cela, soutenez AirFoodProject en cliquant là
Et diffusez largement autour de vous. Le temps presse.

lundi 4 février 2013

Le Serval et le coq


Après un week-end au cours duquel nous avons entendu et réentendu les Maliens remercier la France, où l'on nous a étalé l'émotion du Ministre des affaires étrangères essuyant sa larme émue devant tant de reconnaissance ; après un week-end où l'on a voulu nous dire que le Mali était tellement sécurisé que même le président de la république pouvait se rendre sur place sans craindre pour sa vie… Joe Biden, est venu en personne féliciter le président de son initiative malienne… et appuyer sa demande d'une intervention des casques bleus.


Pendant ce temps-là, les associations manifestaient leur crainte de voir disparaître l'aide humanitaire et un papa portait plainte pour le déces in utero de son gamin dont la mère n'a pas trouvé de place à l'hôpital pour accoucher à la date prévue.

Cocorico chante le coq… les deux pieds dans la merde. 

vendredi 1 février 2013

Pas sortis de l'auberge… mais à la rue



Une fois n'est pas coutume et même si ce n'est pas la première : je laisse parler les autres.
En l'occurrence, la Fondation Abbé Pierre qui présentait aujourd'hui son 18e rapport sur l'état du mal logement en France et qui entame ainsi son document de synthèse (Pour voir le rapport annuel et/ou son doc de synthèse, rendez-vous sur le site de la Fondation Abbé Pierre ):

" Les nouvelles sur le front du logement ne sont pas bonnes. L’accueil d’urgence est submergé par une demande croissante à laquelle il ne peut répondre. L’hébergement d’insertion ne par­vient pas toujours à assurer la sortie vers un loge­ment des personnes accueillies. Si la construction de logements sociaux a augmenté (115 000 loge­ments financés en 2011, en intégrant les PLS), tous les segments de l’offre d’hébergement ou de logement social rencontrent des difficultés majeures pour répondre à la demande sociale.
C’est maintenant que la « Mobilisation générale pour le Logement » doit se traduire dans les actes à travers des décisions politiques qui s’inspirent du « Contrat social pour une nouvelle politique du Logement ». Ce contrat social, signé par le Président de la République le 1er février 2012 alors qu’il était en campagne électorale, constitue dé­sormais pour la Fondation Abbé Pierre la grille d’analyse et d’évaluation des mesures adoptées (ou qui doivent l’être) par le nouveau Gouverne­ment. Sa mise en œuvre apparaît d’autant plus importante que la situation économique et so­ciale, loin de s’améliorer, a continué à se dégrader tout au long de l’année 2012. "

J'ajouterais juste que ce sont les femmes seules avec enfant qui sont les plus touchées par cette dégradation, que le chômage a augmenté de plus de 10 % en 2013 et que les chômeurs longue durée sont 11 % de plus qu'il y a un an.
J'ajouterais encore que plus de 3 millions de personnes sont concernées par le mal logement, que 130 000 sont carrément à la rue et que si on tournait Tanguy aujourd'hui, il n'aurait peut-être pas l'allure d'un immature mais plutôt celle d'un pauvre jeune adulte, banal, contraint de retourner vivre chez ses parents une fois viré de son "premier appart'".
Et j'ajouterais enfin, que …