mercredi 30 janvier 2013

Les corps sans nom d'Alep


Encore une macabre découverte à Alep (Syrie) : 80 corps - au moins - gisant au fond du fleuve, leurs papiers d'identité ont été confisqués.
Ils avaient à peine vingt ans et l'on imagine : les hommes alignés à genoux, mains liées dans le dos, les visages baissés au sol qui scrutent les reflets des grains de terre, ultime lumière… 
et les canons posés sur la tempe : BANG !
They shot them down BANG BANG… that awful sound, BANG BANG !

Et les mots manquent : nous avons déjà tant dit, en vain !, sur le massacre syrien.
Les corps tombent et l'on voudrait détourner les yeux, de peur de les voir s'habituer au carnage.
Les corps tombent…

Me reviennent, comme un sinistre rappel de ce qui ne change pas, ces vers de Neruda que l'on voudrait d'un autre temps :

" un corps qui roule, un petit rien
sans nom, un numéro à terre,
une grappe de fruits morts,
répandue dans le pourrissoir."
(Pablo Neruda, le Chant Général, United fruit Company)

Sauvez la Syrie !


mardi 29 janvier 2013

En attendant les va-t-en-paix




Confirmant les propos de François Hollande saluant la reprise de Tombouctou, Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense a affirmé "la mission est remplie". Mais de quelle mission parle-t-on ?
Sur ce point, le Ministre a été plutôt clair : il s'agissait "de stopper la progression des islamistes vers le sud" et "de faire en sorte qu'en appui des forces africaines, les forces françaises puissent reprendre les grandes villes du nord." Gao est tombée, Tombouctou aussi : la boucle du Niger est donc désormais sous “contrôle” de l'armée malienne. Dont acte. La zone est théoriquement “nettoyée”’, reste à la tenir.  Pour cela, le Mali attend désormais la MISMA qui tarde et dont rien ne dit qu'elle sera de taille face aux combattants d'Aqmi. Avec elle, il devra marcher sur Kidal. D'abord considérée comme la destination de repli d'Ansar Eddine, la troisième grande ville du Nord aurait été reprise par les rebelles touaregs du MNLA (appuyés par des dissidents islamistes) qui affirment aujourd'hui l'avoir sécurisée.

C'est d'abord là que le bas blesse : la question de l'Azawad, qui fut le point de départ de cette crise, reste entier. Comment va-t-on parvenir à satisfaire le droit à l'autodétermination des Touaregs alors même que nous venons de nous engager pour défendre l'intégrité du territoire malien ? La question demeure sans réponse mais elle se posera, soyons-en sûrs.

S'il n'y avait que cela : la légitimité du pouvoir malien reste à démontrer et toute la zone sahélienne est en proie aux bandes paramilitaires qu'enrichissent trafics divers et variés… Comme l'explique Jean-François Bayart dans le Monde, "La France, les pays occidentaux se sont trompés sur le Sahel depuis trente ans et récoltent ce qu'ils ont semé." Aujourd'hui, comme l'Amérique du sud, le Sahel est une zone de non droit que terrorisent les trafiquants…  Qu'ils soient barbus ne change pas grand chose à la donne, sinon leur capacité à recruter plus largement et leur goût immodéré pour la frustration et l'enfermement.
Le Mali, et toute la zone sahélienne, est à reconstruire de fond en comble. Les pays donateurs ont beau avoir lâché quelques 450 millions d'euros aujourd'hui, on reste loin du compte : du côté de la Cédéao, on estime les besoins à plus du double et il va falloir du temps pour que soient effacées les multiples offenses : déjà on pille à Tombouctou, déjà, l'armée malienne est épinglée ça et là pour des exécutions sommaires et autres actes de barbarie. Quant aux combattant d'Aqmi, ils se terrent ailleurs, prompts à reprendre du service.
Entre chaos ambiant et velléités vengeresses, les Maliens, libérés des fous de dieu, sont loin d'avoir chassé tous leurs démons… Sur la boucle du Niger, les djinns soufflent encore bien des douleurs. Après les va-t-en-guerre, il faudrait que s'excitent — enfin ! — les va-t-en-paix.

lundi 28 janvier 2013

Des pans de savoir partis en fumée

Il y aurait à Tombouctou plus de 100 000 manuscrits, les plus anciens datant du XIIe siècle. Possessions de vieilles familles, ils sont disséminés ça et là dans les maisons et les bibliothèques de la ville et de ses environs. Ils y sont conservés précieusement depuis des lustres, par les chefs de famille ou les religieux. 
En arabe ou en peul, ils racontent l'Islam, la botanique, l'astronomie, l'anatomie, la musique… Ils nous parviennent des anciens empires du Ghana, du Mali et Songhaï. Ils sont la preuve noir ou brun sur jaune passé, de l'extraordinaire dynamisme culturel que connut ce pays touareg qui compterait, au total, plus de 400 000 manuscrits.

Aujourd'hui, alors que les forces de l'opération Serval sont aux portes de Tombouctou, on apprend de la bouche du maire de la ville que les fous de dieu ont mis le feu à l'une des plus riches bibliothèques : celle de l'institut Ahmed Baba qui était parvenue à collecter quelque 18 000 ouvrages. 
Créé en 2009, cet institut avait pour vocation de protéger ces trésors de la mémoire des hommes contre les trafics et l'usure du temps. La guerre a eu raison de cette ambition.

A leur arrivée, les obscurantistes avaient commencé par abimer la grande mosquée de Tombouctou — les œuvres en hors-d'œuvre —. Avant de quitter les lieux, ils viennent de détruire des traces de mémoire, des objets de savoir : les livres ont été leur dessert. 
Pas même parce qu'il fallait protéger les secrets des tortionnaires. Non, juste comme ça, pour le plaisir de voir brûler ce que l'homme a d'unique : la culture, les mots, le verbe ; la seule qualité qui l'aide, parfois, à côtoyer l'autre sans vouloir le tuer.
Quelle perte immense !



Week-end en bref




Rapide retour sur le week-end avec ce premier dessin réalisé vendredi à propos des manifestations au Caire commémorant l'anniversaire du printemps égyptien et s'opposant à la mainmise des Frères musulmans… De facto, on ne peut pas dire que les Egyptiens aient tout à fait gagné leur liberté. En témoigne l'enquête judiciaire pour atteinte au statut du chef de l'Etat ouverte contre l'humoriste Bassem Youssef pour avoir critiqué Mohamed Morsi lors de la campagne contre le projet de constitution…
Mais surtout, c'est un bien lourd bilan que celui de ce week-end en Egypte. C'est à Port Saïd que le sang a coulé après la condamnation à mort de 21 personnes soupçonnées d'être impliquées dans le drame survenu au stade de la ville en février dernier. Bilan : une cinquantaine de morts et l'état d'urgence décrété dans trois provinces du Canal de Suez. Mohamed Morsi tente de désamorcer la crise en invitant l'opposition au dialogue. Les représentants de cette dernière se réunissent cet après-midi pour décider de leur réponse.

A Paris, Dimanche fut plus gai et plus gay avec une mobilisation accrue pour la manifestation en faveur du mariage pour tous.




Du côté des Sables d'Olonnes, on a pas mal lambiné pour cause de pétole en fin de parcours, mais dimanche, il a parcouru le chenal devant une foule en liesse : François Gabart, a remporté la septième édition du Vendée Globe en faisant le tour du monde en 78 jours, 2 heures et 16 minutes. Record pulvérisé. Chapeau bas moussaillon !




vendredi 25 janvier 2013

Ich Bin ein… Indian woman

Le 16 décembre, le viol dans un autobus d'une jeune femme de 23 ans — décédée 13 jours plus tard — par 6 hommes âgés de 17 à 35 ans, avait ému la communauté internationale. Il a surtout provoqué une vague de contestations dans le pays, faisant voler en éclats tabous et blocages de la société indienne. Le procès des 5 violeurs majeurs s'est ouvert lundi dernier dans l'émotion générale. Le sixième doit être traduit devant une justice dédiée aux mineurs.

L'Inde est une démocratie — la plus grande du monde — et nombre de femmes y occupent des postes importants, jusqu'à ceux de présidente ou de Première ministre.
Mais en Inde, une femme est violée toutes les vingt minutes et, le plus souvent, les plaintes n'aboutissent pas. Pire : la police, quand elle est sollicitée, conseille fréquemment aux victimes d'épouser leur violeur pour ne pas être rejetée par leur famille. 
A New Delhi, les viols ont augmenté de 23% en 2012 et, dans tout le pays, 2 millions de femmes meurent chaque année de violence ou de discrimination : des femmes sont tuées parce que les dots sont insuffisantes (les dowry deaths), des fillettes sont mariées de force et des bébés sont assassinés parce que de sexe féminin (ce qui, sexe ratio défavorable oblige, n'est pas de nature à calmer les violeurs en manque de femmes). 

Votée en 2006, la loi contre les violences faites aux femmes et visant notamment les dowry deaths n'est entrée en vigueur que fin 2007. Cette année là, le rapport du forum économique mondial étudiant l'écart entre les sexes dans 128 pays plaçait l'Inde en 114e position (en tête, la Suède ; en queue, le Yemen). 

Reste un espoir pour les âmes patientes : la force du soulèvement populaire et la présence de nombreux hommes dans les cortèges. Beaucoup de jeunes Indiens veulent aujourd'hui que les choses changent. Pourvu qu'on les entende !

PS : Je voulais écrire le mot femme en hindi sur le dessin. N'étant pas particulièrement familière de cette langue et de cette écriture, j'ai fait confiance à la traduction Google mais n'ai pas vérifié. J'espère ne pas avoir écrit une grosse ânerie…



Le n°28 de la Semaine ARySQUE

Le nouveau numéro de la Semaine ARySQUE est en ligne. Au sommaire cette semaine : des manifs, des libérations, des guerres, des élections… et quelques dessins inédits. 

A découvrir en cliquant sur la couverture de ce n°28.


jeudi 24 janvier 2013

Perfide Albion


Hier, David Cameron a annoncé que lui réélu — et si rien ne change en Europe —, il organiserait un referendum pour demander aux Britanniques s'ils souhaitent ou non demeurer membres de l'UE. Populiste et électoraliste en diable, cette annonce nous rappelle, entre autres, l'invitation faite aux exilés fiscaux français…
Ceci étant dit, je préfère laisser à d'autres le soin de commenter, en l'occurrence à Michel Rocard qui dans son livre Mes Points sur les i paru en février 2012, écrivait :

"Faire naître la force commune du demi-milliard d'hommes d'Europe qui restent les plus éduqués du monde et figurent parmi les riches comme parmi les créateurs de savoir est une affaire sérieuse, en fait la seule sérieuse.
Nous devons beaucoup au Royaume-Uni en matière de démocratie comme de résistance au nazisme et j'adore personnellement ce pays que je connais bien. Je pense aujourd'hui qu'il se suicide. Son arrogante culture patriotique est devenue xénophobe et l'englue dans un rêve de non-dépendance qui est en fait le choix de la solitude et de l'impuissance.
Mais c'est lui qui vient de quitter de sa propre décision le processus d'intégration européenne engagé pour défendre la zone euro. C'est son affaire. Mais ce beau et vieux pays est celui qui dès son entrée dans la Communauté économique européenne en 1970 s'est juré d'empêcher qu'elle devienne une entité politique réelle. Voilà très exactement quarante ans qu'il a interdit tout pas en avant dans l'intégration européenne et presque aussi longtemps qu'il ose mettre son veto à l'arrivée à la présidence de la Commission de toute personne ayant une vraie force de caractère. Il impose Sander contre Dehaene ou Barroso contre Junker. C'est lui encore, quand il a bien fallu que l'Europe s'occupe aussi de politique étrangère, de défense et de justice, qui exigea le maintien de l'unanimité, c'est-à-dire de la paralysie sur tous ces sujets."

Un pied dedans, un pied dehors, les Britanniques donnent parfois l'impression de manger à tous les râteliers. Alors je me demande s'il ne faudrait pas interroger tous les Européens sur cette question du maintien du Royaume-Uni dans l'UE… Mais bien vite je me ravise en me souvenant comme nous nous sommes combattus, pendant des siècles… 

mercredi 23 janvier 2013

On respire !


Comme chaque matin, j'ai ouvert les yeux au son d'un jingle d'infos. Les premières notes passées, j'ai écarquillé mes oreilles pour de bon et écouté les titres. Au deuxième, j'ai poussé un "yesss !" et me suis levée d'un bond : victoire étriquée pour Benjamin Netanhyaou et percée très nette du nouveau parti centriste israélien Yesh Atid ("il y a un futur").
Hier, je m'inquiétais de la probable percée des Nationalistes et ultra orthodoxes, de la victoire des Conservateurs les plus liberticides. J'ai eu tord et j'en suis heureuse. Oh bien sûr, le vieux parti du jeune Naftali Bennett progresse (11 sièges) en grignotant sur le Likoud, mais il est très nettement devancé par le tout nouveau parti centriste conduit par un leader au physique à la Georges Clooney, Yaïr Lapid (19 sièges), ancien journaliste star de la télévision israélienne. En fait, si Netanyahou fait un score en baisse conforme aux prévisions des sondages, les deux partis qui devaient faire pencher la balance côté centre ou côté droite ont créé la surprise : là où l'on attendait l'extrême droite, c'est le centre gauche qui l'a emporté. Ouf !

Nous devrions donc avoir un Netanyahou chef d'un gouvernement moins radical et donc nécessairement plus enclin à écouter les sirènes de la scène internationale qui plaident pour un apaisement des relations israélo-palestiniennes, notamment via un ralentissement de la colonisation et une reprise des négociations, en panne depuis deux ans.
Le calme Hollande, le calme Obama et aujourd'hui, un Netanyahou calmé : un petit vent d'apaisement semble vouloir souffler à nouveau, ça et là.
Les bonnes nouvelles sont rares : je savoure !

mardi 22 janvier 2013

Israël veut-elle encore consolider la maison ?



Aujourd'hui, 5,6 millions de citoyens israéliens sont appelés à élire leur représentant à la Knesset. 
Ici comme ailleurs, on considère la résolution du conflit israelo-palestinien comme LA priorité de ce pays exigu et quelque peu fâché avec ses voisins. Là-bas, pourtant, tout se passe comme si la question importait peu, comme si croire encore en une solution relevait du doux rêve… comme si la seule priorité était d'éviter une nouvelle crise, une nouvelle catastrophe… une récidive. 
Vingt ans après la signature des accords d'Oslo, quel recul !  Désormais, ce qui compte, c'est de sécuriser, pas d'avancer. Dans ce contexte, les Conservateurs sont logiquement la force du moment. On ne veut pas du neuf, on veut préserver autant que faire se peut, l'équilibre précaire. En témoigne la construction qui se poursuit à un rythme accru de murs et barbelés électrifiés qui sillonnent le pays : plus de 650 kilomètres au total.
L'enfermement, la frontière
Partout, les conservateurs aiment à brandir en promesse de campagne le moelleux d'un cocon protecteur. Benjamin Netanyahou, titillé par sa droite de la droite avec laquelle il devra sans doute gouverner, ne fait pas exception à la règle : le 2 janvier, il inaugurait un tronçon à la frontière égyptienne et annonçait, 4 jours plus tard, la construction d'une nouvelle ligne à la frontière syrienne : "l'armée syrienne a reculé et des agents du jihad mondial ont pris sa place", avait-il affirmé… Avant cela, 1 km avait été construit en avril côté Sud-Liban.

Qu'on se le dise : les Israéliens veulent une maison de pierres plutôt qu'une maison de paille et qu'importe que la Cour Internationale de Justice ait condamné, dès 2004, la construction de la "barrière de sécurité" en Cisjordanie. Mur après mur, les Israéliens s'enferment, rassurés, dans un cocon aux parois qui s'épaississent. On renforce les cloisons, on boucle portes et fenêtres et l'on oublie, dans le jardin, les fleurs qui poussent et puis qui fanent, les arbres qui résistent mal aux tempêtes et la chienlit qui, progressivement, envahit tout.

Dans ce contexte, les 20 % d'Arabes dans la population israélienne n'ont guère le cœur à se rendre aux urnes. De son côté, la gauche, qui hier encore incarnait le fol espoir d'une normalisation, est divisée. Pire : elle évite d'aborder la question qui fâche…
Alors quand tomberont cette nuit les premiers résultats des élections législatives israéliennes, on ne doute pas de voir la coalition au pouvoir - c'est-à-dire le Likoud (la consolidation) et les ultra nationalistes de Israel Beitenou (Israël, notre maison) - l'emporter. On croit déjà savoir que B. Netanyahou sera reconduit. On voudrait croire qu'il devra compter avec les Travaillistes, histoire de mettre un peu de frein à la folie d'enfermement et de désespoir qui frappe le pays. Seulement voilà, le seul qui se soit distingué dans cette campagne sans épaisseur, est un quadragénaire pro-colons, un certain Naftali Bennett, le nouveau leader de la formation nationaliste-religieuse Habayit Hayehoudi ("La Maison juive").
Parfois, les noms ne sont pas choisis au hasard. Gageons que l'alliance de "la consolidation", d'"Israël notre maison" et de la "maison juive" poussera encore un peu plus loin la logique d'enfermement.
Je ne sais pas si c'est toxique, mais ça pue !


Obama ouf !

Réélu Président des Etats-Unis le 6 novembre dernier pour la seconde fois avec un peu plus de  50 % des voix, Barack Obama a, hier soir, fait chauffer le dance floor de la Maison Blanche au bras de Michelle et au son, entre autres, de Steevy Wonder et de Beyoncé qui a entonné l'hymne national.
Si l'on était loin de la ferveur de 2008, un vent de légèreté soufflait donc tout de même à Washington et il a fait du bien, faisant presque oublier les effrayants dérapages aux accents bushistes de la campagne électorale menée par le Républicain perdant Mitt Romney. 

Petit retour en images pour se rappeler quelques moments clés de cette campagne et se souvenir que les démocrates américains ont eu très chaud… et avec eux les pacifistes de tous les pays.



video


lundi 21 janvier 2013

Une guerre chasse l'autre


Samedi matin, nous nous levions, un peu héberlues par la neige qui tenait un peu partout dans les rues de Paris. Voitures absentes et bruits feutrés : la vrombissante capitale et son tohubohu s'était tu et ce silence était bon.

À des centaines de kilomètres, de biens terribles fracas : la prise d'In Amenas prenait fin mais le bilan devenait plus lourd avec la découverte d'une grosse vingtaine de corps. L'armée malienne venait de reprendre Kona dont l'occupation par les djihâdistes avait entraîné la France dans le conflit mais a Diabali, on luttait maison contre maison, les civils en otage. Signe d'un changement d'envergure, Les renforts africains commençaient à confluer vers Bamako pour marcher vers le nord et le matériel venu des pays occidentaux arrivait par gros porteurs. 

C'est alors que les hurlements venus de Syrie ont à nouveau émergé dans le tumulte médiatique, entre neige et contre offensive alliée.
Il y eut d'abord la mort d'un journaliste franco-belge, puis celle d'un second. Il y avait aussi, du côté de l'ONU, le coup de colère de Navi Pillay, haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, venue tancer le Conseil de sécurité pour appuyer la demande de saisine de la CPI par 58 pays. Et puis le Monde est venu placer les démocraties au pied du mur : le gouvernement syrien aurait utilisé des armes chimiques fin décembre à Homs. C'était la ligne rouge que Bachar el Assad ne devait pas franchir sous peine de rencontrer quelques poids lourds sur sa route, dont les États-Unis.
Mais l'information du Monde n'a pas et confirmée et du côté de la diplomatie, on a l'air de vouloir temporiser. Un front ça va, deux fronts bonjour les dégâts.

Alors quand se réuniront à Paris le 28 janvier prochain, les représentants de l'opposition syrienne, que pourra-t'on s'y dire ? Sans doute qu'on ne peut pas grand chose, que c'est bien triste que le nombre de morts et de crimes de guerre soit exponentiel. Que c'est épouvantable mais qu'il a falloir prendre la mort en patience parce que vous savez, les Russes et les Chinois...

Entre la solitude des soldats africains et français au Mali qui sonne le glas de l'Europe de la Défense et l'inertie du Conseil de sécurité en Syrie, on a peine à croire encore dans la diplomatie des démocraties et l'on se demande ce qu'il restera comme espoir, une fois leur silence consommé.


vendredi 18 janvier 2013

La Semaine ARySQUE est de retour

Après plus de deux mois d'absence tout à fait justifiée, je crois, la Semaine ARySQUE est de retour. 
Voici donc venu le n°27 et le premier de 2013, à découvrir en cliquant sur l'image de Une ci-dessous.
Bon feuilletage.



jeudi 17 janvier 2013

Le silence du deuil


C'était inévitable : la guerre traîne toujours derrière elle son cortège de deuils.
La guerre est au Mali et elle dégueule partout par groupuscules mi-mafieux mi-religieux, disséminés au Sahel, au Moyen-Orient… en Algérie.

Depuis hier, on ne parle que d'In Anemas et de ses très nombreux otages. In Anemas, ce sont 2000 collaborateurs qui travaillent sur site, c'est aussi près de 30 % de la production gazière algérienne. C'est dire si l'Algérie ne peut pas se permettre de laisser ces installations à l'arrêt. 

On parle, encore et encore… avec force conditionnel, parce qu'on ne sait rien de ce qui se joue à In Anemas. On croit deviner, parce que cela filtre ça et là, que la riposte algérienne est rude, sans concession… 

On ne sait rien, alors je me tais.
Comme je me tais sur la probable mise en scène de la mort de Denis Allex en Somalie.
Aujourd'hui, la faucheuse a trop bien affuté sa faux.


mercredi 16 janvier 2013

Syrien soit qui Mali pense

Au sixième jour de l'intervention française au Mali, les chars sont entrés dans la bataille. Après les airs, les pistes sableuses, les corps à corps de combattants… et les enlèvements en Algérie, les soupçons d'exécutions sommaires de présumés jihadistes par l'armée malienne, j'en passe et des bien pires. 
La guerre est sale. La guerre décime, détruit, déplace… Et l'on se rassure en entendant, ce matin sur France Inter entre céréales et jus d'orange du petit dej', une femme malienne raconter ce pantalon qu'elle a découpé pour laisser voir ses chevilles, ses cheveux qu'elle a détachés pour laisser le vent les agiter en toute liberté.

Sixième jour de l'intervention française au Mali, donc. Il y a quelques mois, je déplorais ici le silence radio sur la crise malienne ; aujourd'hui, elle envahit le paysage médiatique et il semble que le monde s'arrête à Bamako et Diabaly. La France est narcissique et parce qu'elle y est, le drame malien efface tous les autres, à commencer par la crise syrienne que les journalistes ont du déserter.

Ainsi, les explosions d'hier à l'université d'Alep ont déjà disparu des ondes. Ses 84 morts et plus de 150 blessés sont passés par perte sans profit. Dans l'université d'Alep, il y avaient les étudiants qui planchaient et des centaines de réfugiés qui se cachaient là, fuyant les combats. On n'a pas vu non plus, à moins d'y regarder de très près, que 53 pays ont demandé au Conseil de sécurité la saisine de la Cour pénale internationale sur le dossier syrien (lire l'ITW de Lotte Leicht, responsable du bureau bruxellois de Human Right Watch in Le Monde). Fol espoir !

Devenue toute petite, presqu'insignifiante dans le paysage médiatique, la Syrie souffre en silence : 60 000 morts, 600 00 réfugiés dont 100  000 depuis un mois… et l'hiver qui ne facilite guère la vie des 2 millions de déplacés.
Nous n'irons pas en Syrie avant longtemps. Parce qu'on ne peut pas se fâcher avec la Chine et la Russie, parce qu'on ne peut pas dépenser des milles et des cents pour un pays qui présente peu d'intérêt économique et parce qu'on ne peut pas aider les rebelles infiltrés d'Islamistes alors même que l'on combat leurs frères d'armes au Mali. Et puis, l'armée syrienne est forte de plusieurs dizaines de milliers d'hommes fort bien armés : il faudrait être dingue pour s'engager dans une guerre perdue d'avance. 

Ce n'est pas une raison pour ne plus en parler.
Même sans la France, c'est aussi la guerre en Syrie, une guerre longue et dans laquelle les crimes contre l'humanité sont légion. Là, les femmes paient très cher : on est aussi passés à côté du rapport publié lundi par l'ONG International Rescue Comitee (IRC) sur la crise syrienne et qui tend à montrer que de nombreuses Syriennes fuient les viols perpétrés dans ce pays en guerre. Dans le black out médiatique, la Syrie agonise.


mardi 15 janvier 2013

Serval, animal solitaire


L'opération Serval, tel est donc le nom que la France a donné à son intervention au Mali. 
Le Serval est un félin ronronneur capable d'uriner 30 fois par jour pour marquer son territoire. Sur ce point, la presse algérienne ironise en évoquant la volonté de la France d'imposer ses marques au Sahel. Si le gouvernement algérien s'est finalement résolu à soutenir du bout des lèvres l'intervention française, la presse, elle, est donc plus réservée.
Il faut dire qu'avec plus de 1300 kilomètres de frontières communes avec le Mali, en plein désert du Sahel, l'Algérie est en première ligne et l'on craint là-bas une déstabilisation du pays qui risque fort d'avoir quelques délicates tâches à accomplir pour sécuriser ses frontières, accueillir (ou non) des réfugiés, surveiller ses propres Touaregs… et craindre les actions terroristes sur son sol.

Reste qu'à ces réserves près, l'intervention de la France est plutôt bien vue du côté africain et François Hollande, dans ses habits de chef de guerre, se voit affublé, à Bamako, du sobriquet de "Hollande le Malien". 
En Europe, on le félicite et on le congratule et l'on espère qu'il sortira vite vainqueur de l'affaire… d'autant qu'on aimerait bien ne pas être obligés d'y aller, ni du côté allemand ou anglais, ni du côté de nos autres partenaires européens.

Aux Etats-Unis, enfin, on suit de près, tout en gardant ses distances. Il faut dire que les Etats-Unis d'Obama ont déjà beaucoup donné au Sahel : "entre 520 et 600 millions de dollars depuis 4 ans", d'après le New York Times, essentiellement pour financer l'armée malienne qui n'a pas réussi, malgré l'aide de l'oncle Sam, à contrer l'avancée jihadiste. L'aide américaine a donc tourné au fiasco. Pire, c'est cette même armée, conduite par le capitaine Amadou Haya Sanogo, entraîné lui aussi par les Américains, qui est à l'origine du putsh qui avait contraint le président élu Amadou Toumani Touré à quitter les lieux. On s'en souvient : c'était en mars dernier. Depuis lors, le Mali n'a pas cessé de s'enfoncer dans le chaos.

Aujourd'hui, les 750 soldats français engagés dans l'opération Serval attendent des renforts. Ils seront d'abord français (2 500 hommes prévus au total), puis africains d'ici une huitaine (les Nigerians seraient déjà sur le départ). 
Cette nuit, les Islamistes auraient quitté la ville de Diabili qu'ils avaient prise hier. 150 000 Maliens sont déjà réfugiés et 230 000 déplacés.

En voyage aux Emirats arabes unis où il a fait un point sur la situation malienne et appelé à anticipé l'après-pétrole, François Hollande, lui, a gagné sa posture internationale. Pour un peu, on en oublierait presque les grands écarts entre promesses de campagne et réalité balbutiante.

lundi 14 janvier 2013

Mali, l'angoisse pour tous


Les troupes française sont engagées au Mali depuis vendredi.

On peut, à l'instar de Jean-Luc Mélenchon, regretter que le parlement n'ait pas été saisi, on peut aussi condamner l'ingérence, la Françafrique … Bref, trouver à redire au fait que l'ancienne puissance coloniale ait répondu favorablement à l'appel au secours lancé par ce pays ami. On peut.
Mais il faudrait alors ne pas avoir remarqué comme le monde a changé. Il faudrait croire que l'on en est encore aux guerres d'indépendance, à la lutte contre l'impérialisme européen et/ou américain… imaginer que l'Europe et les Etats-Unis ont encore les moyens de ce colonialisme-là.
Il faudrait faire comme si ne se jouait pas, en zone sahélienne, le combat de ce temps : une espèce de furie bigote, une guerre de religion d'aujourd'hui.
Il faudrait accepter — Munichois que nous sommes ! - que quelque part, des hommes lapident, démolissent, aculturent, obscurantisent… Il faudrait tolérer que s'installe à la frontière d'une Algérie absente, une base arrière de fous de dieu et assumer le risque de contagion à toute la zone.

Mais les Français s'en foutent et, juste après la messe dominicale, les bigots de chez nous défilent la bouche en cœur en portant des banderoles roses, la tête pleine d'une très hypothétique famille idéale…
Pourtant, quand meurent les Maliens, quand sont lapidés les amants de Gao ou sont décapités les homos de Konna et démolis les mausolées de Tombouctou, je crois que Dieu lui-même s'attriste de leur indifférence.

Or ce matin, sur la route de Bamako, la ville de Diabali est à son tour tombée aux mains des Islamistes… Le risque de bourbier est réel : à tâtons l'homme avance ; le barbare, lui, progresse avec des bottes de sept lieux.
Alors hier, je suis allée au Louvre et j'ai goûté plus qu'en tout autre jour,  l'extraordinaire puissance créative du genre humain : je suis allée admirer la collection les Arts de l'Islam.

vendredi 11 janvier 2013

A propos de crise

Dans un coin de la semaine française, j'ai trouvé :

Une petite fille virée de la cantine pour impayé



Une vieille dame virée de la maison de retraite pour impayé…



Pendant ce temps-là, notre Gégé national  picolait en Mordavie et Cahuzac s'inquiètait pour son compte suisse et je les ai trouvés trop laids pour les croquer.

mercredi 9 janvier 2013

Une femme sur 10, au moins

Je pensais pouvoir revenir ici comme si rien n'était arrivé, comme si je pouvais prendre sur moi et effacer de mon esprit cette maudite chasse au crabe. Mais les muses sont trop honnêtes et refusent les non-dits. Alors, au risque de l'impudeur, il faut que je vous dise… parce que je ne pourrais pas reprendre le fil de ce blog sinon : je suis partie à la chasse au crabe.

J'aurais bien aimé qu'il se soit agi de cette chasse-là, de celle que l'on fait en mer en poussant l'épuisette sous les rochers ou en relevant les casiers. Mais ce crabe-là n'a pas besoin de mer pour multiplier, pas besoin de récifs pour se cacher. Ce crabe, une femme sur 10 au moins le côtoie dans les pays européens. ARySQUE est une femme, une sur 10.
La nouvelle est tombée fin octobre et elle n'était pas si pire, m'a-t-on dit : en tant qu'une femme sur 10, ARySQUE aurait pu héberger un crabe explorateur. Le sien semblait se tenir tapi, éclaté comme un verre pyrex brisé, dans son petit canal à quatre branches que terminent des grappes lobulaires, là, dans le sein gauche.
Une femme sur 10 vous dis-je et comme je ne suis pas dans les 9 autres, il a bien fallu décider de se battre. La vie appartient aux vivants et je n'ai guère d'autre ambition que celle de vivre. Les médecins ont fait ce qu'il faut. Les petits comprimés du soir sont désormais censés décourager les "crabetons" qui sembleraient vouloir encore taper l'incruste. Et l'on vérifiera, régulièrement, que rien de pire n'arrive…
Mais ce fut rude et j'ai marqué un temps d'arrêt… Puis j'ai encaissé, accepté. Il me faut bien être l'obligée de ce corps. 
Avec mes hauts et mes bas, je suis donc partie en montagne reprendre goût à. 
Là, pendant que l'homme que j'aime se régalait avec nos filles dans la neige douce de ce début janvier, j'ai skié par procuration, assise sur un banc, dans mon coin de paradis couvert de neige et plein de soleil, la plume à la main.


Me voilà de retour à l'atelier, avec l'envie timide de reprendre une vie normale, de travailler, de créer, d'avancer, de profiter de ce temps si précieux… de reprendre mes chroniques et mes hebdos, mes peintures et mes photos.
Alors, en guise de préliminaires, permettez que je vous présente des travaux commandés qui, pendant l'attente des soins puis la convalescence avec mes muses muettes, m'ont doucement permis de ne pas perdre le fil.
Tout d'abord, un nouveau projet pour 2013 : chaque semaine, ARySQUE devrait dessiner les mots de la presse sur le site des RéCréatives. (cliquez sur l'image pour voir plus de dessins sur le site des RéCréatives)
Et pour cette année, ARySQUE s'est aussi jointe au réseau Nouvelle Donne (Roosevelt 2012) pour des vœux "militants".
Maintenant, je crois que je peux vous dire à très bientôt… même si je ne sais pas encore quelles formes prendront mes mots et mes images.

lundi 7 janvier 2013

2013

Une nouvelle année commence. Qu'allons-nous en faire ?



Bonne année à tous !