vendredi 31 août 2012

L'AIEA accuse l'Iran



S'il est un pays où le nucléaire est une "énergie d'avenir", c'est bien L'Iran. Hier encore, L'Agence internationale de l'énergie (AIEA) a mis en garde contre une accélération du programme nucléaire dans ce pays qui fait pourtant l'objet de six résolutions de l'ONU, dont quatre assorties de sanctions, sur cette question.
Annoncé en pleine conférence des Non-alignés qui se tient justement à Téhéran, ce rapport est mal passé du côté des Iraniens qui dénoncent une "initiative diplomatique visant à éclipser la réunion de Téhéran" et réaffirment que le programme nucléaire iranien n'est destiné qu'à produire de l'électricité et des matériaux médicaux de radiologie. 

Certes, il n'y aurait pas encore eu d'essai nucléaire, certes, on n'a pas encore trouvé de missiles équipés. Toujours est-il que l'Etat iranien a doublé le nombre de ses centrifugeuses et empêche l'AIEA de visiter quelques uns de ses sites stratégiques de production nucléaire. De quoi semer le doute, d'autant qu'Israël est dotée d'une telle arme et que l'Iran ne voit pas pourquoi, dans ces conditions, il devrait lui s'en passer. Question d'équilibre géostratégique. Sauf que, avant que l'Iran soit en mesure de rivaliser avec Israël sur ce terrain-là, il risque de couler pas mal d'eau sous les ponts : une attaque contre Israël provoquerait une réponse bien pire encore et l'Iran serait tout bonnement rayé de la carte. D'ailleurs, de ce côté là du monde, on comprend mal, en toute logique, la fermeté de l'ONU à l'égard de l'Iran et l'inconstance face à Israël dont on ne peut pas dire qu'il soit le champion du respect de la réglementation internationale dans bien des domaines, notamment celui des frontières.

Pour de vrai, le nucléaire n'est une énergie d'avenir nulle part et cette course à l'arme atomique compromettrait considérablement le traité de non prolifération des armes atomiques. 
Par les temps qui courent, la course à la bombe est forcément des plus inquiétantes, surtout entre les mains de fous de Dieu, quel que soit le Dieu dont on parle.

L'Angola gâté par le pétrole

Les Angolais votent aujourd'hui pour élire leur nouveau président.
La position géographique de l'Angola, sur la côte Ouest de l'Afrique, à l'embouchure du fleuve Congo, est aujourd'hui la grande chance du pays, ce fut aussi sa malédiction. 

Premier pays d'Afrique colonisé par une nation européenne, en l'occurence le Portugal, l'Angola a été la contrée africaine la plus dépeuplée par la traite négrière et une de celles que les colons lâchèrent avec le plus de difficulté : pétrole, diamant, mais aussi coton, sucre, café et bois bon marché pesaient lourd dans l'économie portugaise. Dès 1933, le dictateur portugais Salazar soumet le pays à un code de l'indigénat particulièrement féroce. Les indigènes, qui représentent 98 % de la population, n'ont aucun droit, une partie est soumise aux travaux forcés, nul ne peut circuler la nuit et les châtiments corporels sont légion. Il faudra attendre 1954 pour que ces mesures soient assouplies, puis 1962 pour que ce code soit aboli.

La marche vers l'indépendance n'est pourtant pas encore gagnée : c'est seulement en 1975 que la république populaire d'Angola est proclamée. Son histoire commence par une interminable guerre civile opposant UNITA et MPLA. Elle fera entre 500 000 et 1 million de morts, civils pour la plupart.
L'Angola est alors devenu l'un des théâtres sanglants de la Guerre Froide. En 1979, Dos Santos prend le pouvoir. Il est président du MPLA dont les dignitaires s'enrichissent de pétrodollars tandis que l'UNITA se finance à coup de trafic de diamants. Peu à peu, Dos Santos met fin au conflit en se rapprochant de l'Occident. Pourtant, malgré les accords de Bisserte en 1991, la guerre civile peine à prendre fin. Elle ne s'arrêtera qu'avec la mort du leader de l'UNITA, Jonas Savimbi, en 1994. Le MPLA sort donc vainqueur ; une victoire entachée par l'affaire de l'Angolagate qui révèle que la France a livré pour près de 800 millions de dollars d'armes au MPLA, dont les tristement célèbres mines anti-personnel, assurant la victoire à ce dernier.

L'année de ces livraisons, en 1993, Total commence à explorer les grandes profondeurs d'eau du Golfe de Guinée : là le fleuve Congo a charrié des quantités astronomiques de sédiments qui peu à peu se sont enfoncés dans le fond de l'Océan. En 1996, le gigantesque champs de Girassol est découvert par 1400 mètres de profondeur d'eau. La major française s'apprête à battre ici le record de l'exploitation en très grande profondeur d'eau jusque là détenu dans le Golfe du Mexique. Le gisement est gigantesque — 140 km2 — et produit 200 000 barils/jour dès son entrée en production en 2001. Son raccordement aux 8 puits de Jasmin en 2006 portera sa production à 240 000 barils/jour. En 2011, Pazflor entre à son tour en exploitation et produit 220 00 barils/jour. Au total, avec 125 millions de tonnes de brut produites chaque année (2011), l'Angola est devenu une grande puissance pétrolière. Le pays a fait son entrée à l'OPEP en 2007.

Pétrole (92 % des exportations) et diamants (7,5 %) ont donc finalement fait de l'Angola la troisième puissance économique du continent africain, derrière l'Afrique du sud et le Nigeria, autre poids lourd pétrolier du Golfe de Guinée. Pour autant, cette manne n'a fait qu'accentuer les inégalités dans le pays : 7 Angolais sur 10 vivent en dessous du seuil de pauvreté, le niveau d'éducation y est très insuffisant et l'espérance de vie une des plus basses du continent.

Quel sera le résultat des élections ? Malgré la contestation grandissante, notamment étudiante, on devrait voir José Eduardo Dos Santos réélu. Mais l'homme fêtera ses 70 ans à la fin du mois (soit presque 30 ans de plus que l'espérance de vie moyenne !) et la question de sa succession reste posée. Dauphin pressenti : Manuel Vicente, qui n'est autre que le patron de Sonangol, la très puissance compagnie nationale pétrolière qui orchestre l'activité pétrolière du pays. Le nerf de la guerre, en somme.

Le retour de la semaine ARySQUE

La Semaine ARySQUE est de retour. Après une si longue absence, il fallait un numéro un peu spécial. Voici donc une version mensuelle pour faire le point sur les événements du mois.

Pour découvrir ce numéro 17, cliquer sur l'image de sa couverture ci-dessous.
Bonne lecture.


jeudi 30 août 2012

Zzzz zzzzz

Entendu sur France Info : les experts sont formels : un salarié qui rentre de congé met en général quatre jours à se remettre efficacement dans le coup. Vous voilà rassurés : vous êtes normal !
J'ajouterais tout de même qu'il faut moins de deux semaines pour à nouveau finir ses journées sur les rotules et que les mêmes experts vantent les mérites de la sieste pour une meilleure efficacité au travail.

Alors, permettez-moi ce petit éloge de la paresse. 

 
 

Morsi veut dégager Bachar

Si l'on m'avait dit que je viendrais remercier un dirigeant qui se dit islamiste, quoique modéré, je n'y aurais pas cru.
Mais là, je dois reconnaître que la nouvelle m'a réjouie : ce matin, au sommet des Non-alignés, après le discours pour le moins anti Conseil de sécurité du chef de l'Etat iranien qui a quelque peu agacé Ban Ki Moon, Mohammed Morsi a envoyé de bien belles salves en direction du régime syrien. On se doute que le dirigeant égyptien a trouvé là l'occasion de faire un peu passer la pilule de son rapprochement avec l'Iran auprès des autorités américaine et israélienne, mais quand même : on imagine aisément comment les visages de la délégation syrienne se sont décomposés et ça, ça fait plaisir.

Petit florilège de ce camouflet bien orchestré, juste pour se faire plaisir :

"Il y a une révolution contre le régime tyrannique en Syrie" (rappelons que Bachar disait hier qu'il n'y avait pas de révolution mais des actes terroristes).

"Ce bain de sang ne peut s'achever sans une intervention de l'ensemble d'entre nous".

"Notre solidarité avec le combat du peuple syrien contre un régime d'oppression qui a perdu sa légitimité est un devoir moral tout comme une nécessité politique et stratégique".

"Nous devons tous exprimer notre entière solidarité avec le combat de ceux qui recherchent la liberté et la justice en Syrie."

Les représentants de la délégation syrienne, qui pensaient en venant en Iran, mettre le pied au sein d'une assemblée acquise à sa cause ont donc rapidement déchanté et… quitté la place : disons qu'il y a eu comme de l'"auto nettoyage" à la conférence de Téhéran. 
الله أَكْبَر (Allah akbar), nom de Zeus !

Haro sur les algues bretonnes

Baie de Saint Brieuc, 2010. © Aql


L'agriculture intensive, le lisier de cochon… La Bretagne paie cher le développement d'une agriculture déraisonnable : alors que les algues vertes gagnent du terrain à chaque marée montante, une autre pollution des eaux frappe désormais le littoral des Côtes d'Armor. Nouvelles venues, les algues bleu peuvent provoquer, dans les cas les plus graves, des amnésies sévères.

En savoir plus sur le site du Monde

mercredi 29 août 2012

Syrie : "Qui ressuscitera les morts"

Près de 25 000 morts, 300 000 réfugiés, des villes dévastées, des civils terrorisés, un conflit qui pourrit et fait des petits aux frontières… 
Aujourd'hui encore, dans une allocution télévisée, Bachar el Assad s'est félicité des récentes défections de ses proches, parle de "nettoyage" et annonce, histoire de tuer les derniers espoirs d'une population meurtrie, que "gagner la bataille" prendra du temps.
Combien de temps ? Combien de villes dévastées ? Combien de morts ? Combien de bombes larguées par les avions de chasse syriens, pour la plupart des MIG de différentes génération, en provenance de Russie ?

Permettez qu'à nouveau, je soumette un poème à votre sagacité.
Celui-ci est satirique et est justement signé d'un poète syrien, Nizar Qabbani, mort en 1998.

Cogitations du… leader

Chaque fois que j’envisage de quitter le pouvoir
Ma conscience me l’interdit …
Qui, après moi, gouvernera ces braves gens ?
Qui, après moi, guérira le boiteux ?
Le lépreux ?
L’aveugle ?
Qui ressuscitera les morts ?
Qui tirera les rayons de lune de sa manche ?
Qui enverra aux gens la pluie ?
Qui les châtiera de quatre-vingt-dix coups de fouet ?
Qui les crucifiera sur les arbres ?
Qui leur imposera, sinon, de vivre comme les vaches ?
De mourir comme les vaches ?
Chaque fois que j’envisage de les quitter
Mes larmes se déploient comme un nuage !
Je m’en remets alors à Dieu…
Et je décide d’enfourcher le peuple
Jusqu’au jour du Jugement dernier ! 


Dégage Bachar !

Rukh, une parole nécessaire

 Le Rukh est un oiseau mythique, un volatile gigantesque, capable d'emporter dans ses serres rhinocéros et éléphants, une légende persane qui vole dans les Mille et une nuits et les récits de voyage de Marco Polo.
Mais Rukh est surtout un nouveau trimestriel que l'on attendait : une prise de parole sur et/ou du monde arabe, ouverte et moderne, bien loin des fondamentalismes musulmans et autres clichés dans lesquels nous avons souvent tendance à enfermer cette culture.

Riche et nouveau sur le fond, Rukh est aussi une réussite sur la forme : un bel objet qui s'apparente davantage à un catalogue d'expo qu'à un magazine, je l'ai d'ailleurs trouvé dans une librairie spécialisée dans les ouvrages d'art.

Dans ce premier numéro, je suis allée de surprise en surprise : la plume est sensible, l'iconographie touchante de proximité avec ses sujets. De belles histoires, de beaux reportages et même de la poésie sous la plume notamment de Rachid Djaïdani, l'auteur du poignant Boumkoeur (édition du Seuil, 1999). J'ai beaucoup appris et l'ai dévoré. Ne ratez pas le 1er numéro sorti cet été.

Parce que Rukh, "l'esprit du nouveau monde arabe", c'est juste ce qu'on attendait pour une autre parole arabe, un truc à  promouvoir partout, dans les “quartiers” notamment. 
Rukh coûte 7 euros et s'achète en kiosque, en France, en Belgique et au Maghreb. 
Et Rukh a son site internet sur lequel se cachent encore quelques autres merveilles. 
Allez-y et faites tourner : cette revue est nécessaire.



Et les shadoks pompaient

Depuis ce matin en France, les prix ont baissé à la pompe : 6 centimes de moins au litre, annonçait hier le gouvernement. 
Bonne ou mauvaise nouvelle ? De la poudre de Perlimpin en fait, parce que rien ne peut laisser croire que les prix du brut baisseront.
En la matière, il y a d'abord des causes objectives. A l'aube des années 2000, on estimait que le peak-oil (c'est-à-dire le moment où la production commencerait à décliner) surviendrait aux alentours de 2030. En novembre 2010, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) annonçait que celui-ci était atteint ; il l'était même depuis 2006 si l'on ne tient compte que de la production conventionnelle, celle qui consiste à sortir le précieux fluide dans des conditions maîtrisées. En 2010, l'AIE prévenait : en 2035, ces champs dits conventionnels qui fournissent actuellement 80 % de la consommation mondiale ne couvriront plus que 17 % des besoins. La raison ? Des réserves qui se raréfient et une consommation qui ne cesse de croître, notamment du fait de la hausse du niveau de vie dans les pays émergents.

So what ? Aujourd'hui, la production pétrolière coûte de plus en plus cher, nécessitant des défis techniques et écologiques sans précédent : forage en très grande profondeur d'eau, production sous dôme de sels, sables bitumineux, forage déviés, raclage des fonds de puits matures… Voilà pour les aspects techniques.
A cela s'ajoute une profonde transformation des acteurs : alors qu'hier, les majors régnaient en maître sur ces activités, elles sont aujourd'hui tributaires des compagnies nationales dont les exigences vont croissant - et c'est heureux - notamment sur le recrutement de personnels locaux, le partage de la manne, etc. Toutes choses qui imposent des coûts supplémentaires.
Bref, hier, nous pompions a hue et à dia, sans penser au lendemain. Manifestement, nous continuons à le faire et l'annonce d'hier soir n'est pas de nature à inverser la tendance. Non seulement, elle va coûter cher à l'Etat puisque l'effort n'est que partagé avec les raffineurs, mais surtout, elle ne durera que quelques semaines, quelques mois au mieux. 

Fallait-il demander aux majors d'en supporter l'intégralité du coût ? Peut-être. mais, surtout, c'est à long termes qu'il faut penser les questions énergétiques. Alors, si taxe il faut imposer aux pétroliers, c'est peut-être plutôt pour que celle-ci soit réinjectée dans la recherche de solutions alternatives, pour les transports notamment : si le prix de l'essence devenait insupportable, les constructeurs de voiture seraient bien contraints de développer davantage les véhicules alternatifs. Il faut donc que l'essence augmente pour que nous puissions peu à peu nous passer de pétrole.

Mais j'avoue, c'est facile à dire quand on habite une ville qui compte 14 lignes de métro et des dizaines de lignes de bus. Sans doute faudrait-il créer des tickets de carburant pour ceux qui vivent dans des zones blanches en matière de transports collectifs, ceux qui n'ont pas d'autre choix que celui de la voiture.
Mais qu'on se le dise : moins encore que le nucléaire, les énergies fossiles ne sont des énergies d'avenir. Même à court termes, rien n'est maîtrisable sur ce marché, parce qu'aux critères objectifs s'ajoute une situation géopolitique des plus instables.
De toutes façons, tôt ou tard, il n'y aura plus grand chose à pomper pour les Shadoks. Faudrait voir à s'y préparer.

mardi 28 août 2012

Arafat : qui est responsable et comment est-il mort ?

Une information judiciaire pour assassinat concernant la mort de Yasser Arafat a été ouverte aujourd'hui en France. Trois juges d'instruction ont été nommé par le Parquet de Nanterre. Cette enquête est motivée par la plainte de sa veuve, suite à la découverte de traces de polonium par un laboratoire suisse.
Pour mémoire, l'ancien leader palestinien est mort le 11 novembre 2004 dans un hôpital de Clamart, en région parisienne, dans des circonstances pour le moins troubles : son état de santé s'était détérioré très rapidement sans que les équipes médicales aient pu expliquer cette aggravation brutale.

Slate publie un extrait de son dossier médical qui ne semble pas confirmer la thèse d'un empoisonnement au polonium. Les symptômes ne colleraient pas. En revanche, on s'interroge aussi sur l'éventuelle inoculation de toxines de l'amanite phalloïde, substance qui serait notamment étudiée à Ness Ziona, bourgade au sud de tel Aviv et qui accueille un charmant laboratoire dans lequel pourraient être produites des armes chimiques et biologiques.

Quand Yasser Arafat est mort, beaucoup se sont interrogés sur cette mort, alors même que le général Sharon avait, selon le réseau Voltaire, fait état de son intention d'éliminer le leader palestinien. Quand, il est tombé malade dans son quartier général de Ramalah, celui-ci était assiégé par l'armée israélienne.

Mais chut ! L'enquête démarre tout juste.




Loveland



Bien trop souvent, misère et deuil s'installent dans ces colonnes. L'actualité est un biais sinistre.

Par bonheur, la vie vaut mieux que cela.
Un exemple : sur les peaux distendues par le temps, les vieux amants déposent encore des je t'aime en baisers. Cela vaut la peine de s'y arrêter.

Petite respiration dans un monde de brutes et une déclaration d'amour king size (116 x 200cm).
Ouf ! On est vivants.

21 pendaisons en Irak

21 personnes ont été condamnées à mort en Irak. 21 personnes dont trois femmes, accusées de terrorisme. Elles ont été pendues hier. 

Trois personnes ont ratifié cette décision : Jalal Talabani, chef de l'Etat, et ses deux vice-présidents, Tarek Al-Hachemi et Khodeir Al-Khouzaï. Il aurait suffit d'un seul "non" pour que ces exécutions n'aient pas lieu.
Depuis le début de l'année, plus de 200 personnes ont été exécutées en Irak, laissant planer un sinistre parfum de terreur.
Pour elles, la Ballade des pendus de François Villon n'a - hélas ! - pas pris une ride.

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pièce dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !


Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

lundi 27 août 2012

Pénible rentrée du gouvernement



70 personnes dont 19 enfants de moins de 10 ans ont été tirées du lit ce matin, pressées de prendre ce qu'ils pouvaient emporter pour dégager manu militari de leur campement de fortune, en bordure de RER à Evry, ex commune de l'actuel ministre de l'Intérieur.
70 personnes dont 19 minots. Roms.
La Croix Rouge les a casés où elle pouvait, pour 3 ou 4 jours. 

"Destruction d'un campement illégal de Roms" : l'annonce est devenue classique et survient toujours, comme les expulsions des squatts, au petit matin. Bref, pour les Roms, rien ne change. C'est juste encore plus scandaleux parce que la justice devait se prononcer demain sur ce camp et que la Police l'a devancée ! C'est juste plus scandaleux encore parce que l'expulseur est socialiste et que sur cette question précisément, ils avaient promis qu'ils feraient mieux…

Et s'il n'y avait que cela au débit du gouvernement : je passe sur la soudaine real politik d'Arnaud Montebourg qui semble avoir de nouveaux adversaires chez PSA mais ses propos sur le nucléaire — et le soutien de Valls qui décidément aurait été bien inspiré de se montrer discret aujourd'hui) — frisent carrément l'amateurisme.

Certes, on peut admettre que l'urgence des besoin énergétiques et la nécessité de réduire notre consommation d'énergies fossiles rendent peu crédible l'abandon immédiat, et par toutes les nations, du nucléaire. L'Allemagne elle-même va bien devoir s'approvisionner quelque part, en l'occurence dans les centrales nucléaires des pays voisins ou en développant des centrales à charbon pas vraiment écologiquement correctes. 
Mais quand même, parler d'une "énergie d'avenir", alors qu'il s'agit d'une bombe à retardement dont on voit qu'elle est mal maîtrisée et que ses coûts sont de plus en plus prohibitifs, c'est oublier que l'avenir se pense à moyen et long termes, pas seulement à l'échéance des appels d'offres qui permettraient à la France, experte en nucléaire, d'assurer un peu de redressement productif à ce pays.
En attendant, à court termes, l'urgence est ailleurs : il y a des gosses qui dormiront dans la rue le jour de la rentrée scolaire et une bonne partie de l'année. Les 20 000 postes supplémentaires de Vincent Peillon ne serviront guère à ceux-là. 

Mitt Romney, mormon à la mord-moi…


Reportée. La première convention du candidat républicain à l'élection présidentielle américaine a été remise à mardi pour cause de menace d'ouragan. Ouf ! les militants républicains l'ont échappé belle. Les Américains, eux, ne perdent rien pour attendre : dès demain, Mitt Romney essaiera de faire valoir sa personnalité, histoire de dégager quelques aspérités sur ce visage lisse et froid de golden boy.

Qu'on se le dise, on est loin de l'Amérique progressiste que ce blog affectionne. 
Qu'on en juge : Mitt Romney est de confession mormone et c'est bien sur cette foi sans faille - pour ne pas dire ultra — que ses sympathisants l'invitent à s'appuyer. Voilà qui nous prépare quelques discours bigots, rappelant ceux de Bush fils dont on sait qu'ils n'ont guerre calmé l'ambiance de guerre sainte qui commençait alors et dans laquelle nombre de pays se sont enfoncés depuis.

Parce qu'en Chrétienté comme en Islam, le prosélytisme est radicalisation et Mitt Romney a plus souvent qu'à son tour, malgré quelques volte-face opportunistes, vitupéré sans nuance contre l'avortement, contre le mariage homosexuel et pour la peine de mort… On imagine aisément ses discours inspirés et rassembleurs sur le djihad qui n'est que la traduction de la guerre sainte, chère à Bush Junior.

Que voulez-vous, les voix du seigneur sont impénétrables et peuvent mener au jardin d'Eden ses serviteurs les plus zélés. D'ailleurs, Romney est déjà familier du paradis et celui-ci est fiscal : le candidat républicain aurait mis quelques copieux revenus dans des comptes discrets aux Bermudes et Iles Caïmans. Il faut dire que ses années passées au cabinet de capital-investissement Bain Capital lui ont permis - grâce notamment à quelques délocalisations dont se souviennent bien les Américains licenciés à cette époque - d'amasser quelques 200 millions d'euros.

Bel exemple de charité chrétienne, non ?! On comprend qu'Eole se fâche en envoyant Isaac, personnage commun aux trois religions monthéïstes.




dimanche 26 août 2012

Help Daraya



Daraya, ville martyr ? 
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) fait état de plus de 300 morts dans cette bourgade proche de Damas, des civils en majorité. 
La nouvelle tombe sur toutes les rédactions, relayée, étayée des commentaires sur la méthode, toujours la même : blocus de la zone, bombardements massifs et expéditions punitives sur les populations civiles arrachées des caves et exécutées. On parle de corps démembrés, ensanglantés, de brûlés vifs jonchant le sol éclaté par les bombes.

L'info, dit-on, est encore au conditionnel. On n'est pas bien sûr du lieu, du nombre de victimes, des auteurs de ce crime. L'agence gouvernementale Sana fait état, elle, d'une "purification" et accuse les rebelles de terroriser les habitants. Depuis cinq jours, Daraya vit l'enfer. Depuis mardi.

Oh, bien sûr, cela n'a rien à voir et je mélange tout, mais je ne peux pas m'empêcher de frémir en pensant que pendant ce temps-là, tout tranquillement, Vladimir Poutine "donnait son accord" pour intégrer l'OMC, mercredi dernier. Comme si de rien n'était, les relations se normalisent. Comme si les Pussy Riot n'étaient pas condamnées, comme si les ONG n'étaient pas devenues en Russie des "agents de l'étranger", comme si Poutine n'avait rien à voir avec la perpétuation de l'immense apocalypse qui se joue en Syrie.

Quand même : il y a sur cette planète quelques dirigeants qui devraient être déclarés Personæ non gratæ dans toutes les organisations parce qu'ils sont des empêcheurs d'humanité. Mais voyons, ce ne sont pas quelques morts qui vont enrayer le business mondial. Qu'importe que soient perpétrés des crimes contre l'humanité.
Pourtant, si on décidait de fermer toutes les places boursières jusqu'à résolution de la crise syrienne, gageons que des solutions seraient vite trouvées.
Mais tais-toi ARySQUE : tu délires !

Proverbe du jour

Un brin de légèreté en ce dimanche, parce qu'il faut bien qu'on respire…

Curiosity en ballade sur Mars


Après 8 mois de voyage, le robot de la NASA Curiosity a atterri sur mars le 6 août et se ballade désormais sur la planète rouge. 
Dans les années 60, la conquête spatiale connaissait son heure de gloire, boostée par la concurrence acharnée que l'URSS et les Etats-Unis se livraient sur cet immense terrain qu'est l'univers. La ruine de l'URSS et les déboires américains dans cette aventure - notamment l'explosion de la navette Challenger qui avait fait 7 morts en janvier 1986 - ont mis un frein brutal à l'aventure et les Américains se demandaient quelles nouvelles frontières ils pourraient bien explorer. On regardait avec nostalgie les premiers pas de l'homme sur la Lune en 1969 ; ceux de Neil Armstrong qui s'est éteint hier, à l'âge de 82 ans. Le Temps a fait son affaire.

Après la Lune, Mars… et des robots plutôt que des hommes.
Mais qu'est-ce qui pourrait bien redonner ses heures de gloire à la conquête spatiale ? La découverte de trace de vie, bien sûr ! Imaginez l'excitation que pourrait susciter une telle nouvelle. Dans ce cas, la Chine pourrait à son tour entrer dans la danse, de quoi stimuler la NASA, soucieuse de conserver son leadership en la matière.

En attendant, ce robot sans retour aura coûté la bagatelle de 2,5 milliards de dollars, on espère donc que ce voyage sera porteur. 

A lire : l'article de Michel Alberganti sur Slate
A voir : le CNES met en ligne des images prises par Curiosity ici


samedi 25 août 2012

Syriens au Liban


202 000 Syriens ont fuit les combats pour se réfugier de l'autre côté des frontières, destination la Turquie, la Jordanie, le Liban ou l'Irak. Partout, cet afflux de réfugiés génère des tensions que les pays d'accueil ont bien du mal à canaliser.

Le Liban, lui, fait de plus en plus figure d'annexe de la crise syrienne : les combats y font rage dans entre anti et pro Assad. Autant dire que les 47 000 Syriens qui croyaient trouver refuge au Liban ne sont pas au bout de leur peine. 
Dans la Tripoli libanaise, Sunnites et Allaouites s'affrontent armes à la main. Hier encore, ces combats ont fait trois morts. Le HCR a d'ailleurs du déplorer que ses actions d'aide aux réfugiés soient entravées par la violence dans le nord du pays. 
Quand ce ne sont pas les combats, c'est juste la méfiance qui s'est désormais installée : si au début de ces exils massifs, les Libanais se sont montrés des plus solidaires pour accueillir leurs voisins, la situation devient de plus en plus tendue pour les réfugiés. Un exemple : à Bamdhoun, village situé sur la route entre Damas et Beyrouth, les réfugiés syriens squattent quelques maisons en ruine. Entre les habitants du village et les nouveaux venus la tension a atteint son paroxysme et le maire a décrété un couvre-feu pour les seuls Syriens. Ce ne serait pas un cas isolé.

Rue 89 a publié quelques papiers sur les réfugiés au Liban : édifiants !
A lire là et à compléter avec les articles signalés dans la colonne de droite du site de Rue 89.

vendredi 24 août 2012

Bachar el barbare

Clémence Ramnoux (1905-1997) était une philosophe spécialiste des présocratiques. Libre penseuse, elle se méfiait des dogmes et préférait se plonger aux sources de la pensée grecque, aux origines de l'ontologie, pour mieux comprendre une société qui peu à peu, abandonnait ses dieux. Une grande dame, vigilante et profondément humaine.
On raconte que lorsque les troupes nazies sont entrées en France, elle s'est précipitée vers elles, pour les devancer : elle voulait visiter toutes les églises avant eux ; avant que ces hordes déchaînées ne les détruisent.

Voilà des semaines que Damas est pilonnée et je pense à cette course effrénée d'une femme libre, pour conserver en mémoire ces brins d'humanité que les barbares, toujours démolissent.
Que restera-t-il de Damas après ce cataclysme ? Que restera-t-il de cette perle de l'Orient après la déferlante des barbares ? 

Et quand nous aurons fini de compter les morts, qui pour reconstruire ? 
D'autres barbares, peut-être… L'humain a déjà tellement tardé !

jeudi 23 août 2012

4 mois à survivre


Hier, 22 août, nous avons atteint "le jour du dépassement" (global overshoot day) : nous avons dévoré en moins de 8 mois tout ce que la planète nous donnait pour un an et rejeté davantage qu'elle ne peut absorber.
Reste donc un peu plus de quatre mois (un de plus que l'an passé) pendant lesquels nous mangerons ce que la planète produira plus tard.
Chaque année, c'est pire : nous pompons toujours plus — explosion démographique oblige — et les ressources s'amenuisent à mesure que nous polluons. Nous consommons chaque année, une fois et demi ce que la Terre produit. Bref, nous vivons à crédit et les conséquences de ce crédit là pourraient être bien plus dramatiques qu'une crise boursière.

"Quand je suis né il y avait 1,5 milliards d’habitants, à l’heure actuelle il y en a 6, dans 10 ans il y
en aura 8 milliards : là est le vrai problème et je ne suis pas très optimiste pour l’avenir !", disait Claude Levi-Strauss en 2009.
Gageons, en effet, qu'à court ou moyen termes, ce fait-là exacerbera encore les radicalismes en cours. A force de SUR vivre, on pourrait finir par se battre comme des chiens, pour une maigre pitance.
Flippant !

Nom de Zeus !





S'il était tombé à terre, Jamel serait peut-être mort sous le lynchage.
Elu sarthois, il passait des vacances à Bizerte, en Tunisie, avec sa femme et sa fille de 12 ans. Madame portait un débardeur et mademoiselle un short : il fut roué de coups pour cela, pour des épaules dénudées et une gamine jambes nues, dans la ville où il est né. Nul ne l'a secouru.
Par chance, il n'est pas tombé à terre, a pu prendre ses jambes à son cou pour aller soigner les contusions multiples qui couvraient son corps et son visage. Jamel a 62 ans et a écourté ses vacances sur la terre de ses ancêtres.

Mais que faisaient ces Salafistes à Bizerte, armés de matraques et de gourdins ? Ils étaient venus infiltrer, pour la gâcher, la 30e édition du festival de musique de Bizerte.
Parce que ces Salafistes ont manifestement quelque peine avec la création culturelle* : elle est œuvre de l'homme et à ce titre une falsification de la parole de dieu, une réinterprétation fallacieuse. En terre salafiste, on n'aime pas que la culture change, évolue. En terre salafiste, on veut l'unicité de dieu, pas la diversité des hommes.
En terre salafiste, on se défie du plaisir des hommes : celui de la contemplation d'une œuvre, celui que procure aux oreilles et à l'âme quelques notes de guitare sur un chant langoureux, celui d'un souffle d'air et d'un rayon de soleil sur une peau nue.

Le Salafisme est opposé à la démocratie et à la laïcité : elles sont acceptation de la diversité des opinions et donc contraires à l'unicité de la parole de Dieu. Alors, haro sur le libre arbitre  !

Hier, quelques dizaines de journalistes manifestaient à Tunis contre la mainmise des Salafistes sur la presse. Triste postérité pour le printemps arabe : rares sont les hommes épris de liberté. Beaucoup lui préfèrent le joug encadrant. C'est rassurant.
La liberté, elle, est manifestement anxiogène et les radicaux de tous poils l'emportent sur la vie.

*voir chronique "censeurs, je vous hais."

mercredi 22 août 2012

Chaudement

 
De retour à Paris, en pleine canicule, je manque un tantinet de cœur à l'ouvrage.
Permettez que je m'attarde en nostalgie de vacances : là-haut, les nuits étaient fraîches et les journée paisibles. Là-haut, les gosses roms ne dormaient pas - comme c'est le cas Place de la Bastille à Paris depuis des mois - sur des couvertures étalées sur les trottoirs crasseux.
Alors, en attendant le changement…


mardi 21 août 2012

"Ici, le temps s'arrête"


"Ici, le temps s'arrête.", m'a dit mon voisin du Serre et Coste Telme, lieu-dit sis au hameau du Puy, Puy-Saint-Vincent, Hautes-Alpes.
"Ici, le temps s'arrête" : j'ai savouré plus que je n'aurais du, ce temps qui n'est que temps de saison, renouvelé année après année, avec patience.
 Ailleurs, pendant ce temps que je passais le nez dans mon jardin, les yeux dans les montagnes, le temps des hommes filait : répression en Russie, procès truqué en Chine, au moins 3000 morts supplémentaires en Syrie, un couple lapidé pour un enfant hors mariage au Mali, tout le nord du pays qui s'enfonce dans la Charia… J'en passe et des presque pires.

"Ici, le temps s'arrête", m'a dit mon voisin en vallée de Vallouise, en 2012.
Petit rappel historique : ici, en 1488, une petite centaine d'habitants — Chrétiens de confession vaudoise — y fut massacrée, brûlée vive ou jetée dans le vide. 
Les Vaudois avaient été déclarés hérétiques au concile de Latran.
Leur tord : prêcher hors des rangs du clergé et critiquer la corruption de l'Eglise.
Ils étaient en quelque sorte des préprotestants, grands fournisseurs d'instituteurs. Les Inquisiteurs furent sans pitié, les pourchassant jusque dans les vallées cachées où ils s'étaient réfugiés. 
En pays vaudois, les chapelles étaient peintes pour raconter les sévices encourus en enfer par les âmes pécheresses. Mais qu'on ne s'y trompe pas ; ce n'était qu'avertissement aux hérétiques parce qu'on voulait qu'ils sachent à quelle torture mortelle ils seraient mangés ici-bas, quand les bras de l'Eglise les aurait attrapés : dépeçage, écartèlement, empalement… J'en passe et même des pires.

"Ici, le temps s'arrête", m'a dit mon voisin du Serre et Coste Telme. 
Au nord Mali, on coupe la main des voleurs.

Maintenant que j'ai quitté cette terre où ma patience m'étonnait, je ne peux que lui dire : "dans bien des lieux, le temps recule. Ses minutes sont des cadavres." 
Je sais pourtant, combien il a raison de regarder ce temps s'arrêter… et comme on  devient sage d'en savourer les secondes en marchant d'un bon pas vers le fond du vallon pour repérer, dans un nuage de poussière, de jeunes chevaux d'alpage d'une race à préserver.