vendredi 20 juillet 2012

Vacances, j'oublie rien



Je connais quelque part un coin de Paradis. Un jardin ensauvagé et sans clôture au milieu duquel des murs de pierres et de bois forment maison. Là, un potager attend mes soins, ici, des fleurs fanées doivent disparaître pour qu'en naissent de plus fraîches. 
Ce lieu me manque. C'est quelque chose qui ressemble à une terre, un port d'attache. D'en parler, j'en respire les parfums, j'en goûte les saveurs, j'en entends les bourdonnements… presque, je plisserais les yeux dans mon atelier assombri pour ne pas être aveuglée par son soleil généreux.
Il est temps que je parte ! J'ai rendez-vous avec Dame Nature.

Mais, à l'heure où je pars, j'ai l'esprit inquiet.
En Syrie, Bachar el Assad est encore là, toujours en possession de moyens militaires et d'appuis conséquents, à commencer par ceux de la Chine et de la Russie qui, hier encore, ont rejeté la résolution de l'ONU. Des armes chimiques s'y baladent, des quartiers entiers de Damas sont pris d'assaut par les forces armées tandis que les combats se rapprochent des centres du pouvoir. On pilonne à l'arme lourde. 30 000 réfugiés syriens sont passés au Liban en 48 heures, s'ajoutant à plus de 110 000 qui ont déjà franchi les frontières depuis 16 mois que dure ce conflit. Le Liban mais aussi la Jordanie et la Turquie sont aux premières loges et peinent à faire face.

A l'heure où je pars, c'est déjà l'enfer au Sahel. La crise alimentaire y touche 18 millions de personnes et tous les pays de la zone, déjà submergés, doivent faire face à l'afflux de réfugiés fuyant les combats et la Charia au nord du Mali : 160 000 Maliens se sont réfugiés au sud du pays, 250 000 sont allés gonfler les rangs des affamés des autres pays sahéliens.

A l'heure où je pars, la crise ne s'arrange pas en Europe, le monde change et se radicalise, des pays pratiquent l'apartheid et murent des ilots de pensée unique. 
Je pars et je sais que les poubelles amaigries en cette période estivale ne nourriront plus ceux qui demeurent au coin de la rue…

Mais je pars quand même, bien décidée à en profiter. I'm still alive !

Je pars et j'abandonne là mes chroniques régulières. A moins que l'envie, l'urgence, le besoin, la tentation… et une connexion adéquate ne m'autorisent à poster ici quelques cartes postales.
Sous le soleil, un brin d'herbe entre les dents, j'essaierai tout de même de garder les yeux bien ouverts et l'oreille attentive. Mon journal me suivra et je garderai pas très loin mes feuilles, ma plume et mes vernis, des planches, des gouges et des pigments. 
Je ne sais pas me taire.

Très bel été à tous !

La dernière semaine ARySQUE

Le n°16 de la Semaine ARySQUE est en ligne, avec quelques inédits.
C'est le dernier avant les vacances, je vous invite donc à en profiter et à partager allègrement.

Pour tourner les pages de la Semaine ARySQUE n°16, cliquez sur l'image.


jeudi 19 juillet 2012

Qu'il dégage !

Hier, trois grands ordonnateurs de la répression syrienne sont tombés dans un attentat. Parmi eux figurait le beau-frère de Bachar el Assad. 
Hier, on a dansé chez les opposants syriens jusqu'à Paris. Dans la diaspora syrienne exilée avant Bachar, du temps du père, on s'est surpris à reprendre espoir, à imaginer la libération de l'ami emprisonné depuis 25 ans, à croire qu'on pourrait retourner au pays sans risquer d'être arrêté à la descente de l'avion… revoir la tante, le frère… s'ils sont en vie. 
Religieux ou laïcs, sous les bombes ou en exil, hier, l'opposition syrienne était unie dans la liesse : cet étêtage partiel du pouvoir syrien est un pas de plus vers le départ d'Assad, or s'il est un but, et peut-être le seul, vers lequel tous convergent, c'est bien celui-ci : qu'il dégage !

Certes, Bachar est encore là, sans doute en train d'orchestrer depuis un village de la côte, les opérations de représailles. Certes, on ne sait pas non plus encore quel sort la Russie réservera à l'ultime résolution du Conseil de Sécurité dont le vote a été reporté à aujourd'hui après cet attentat, mais on craint un troisième veto. Bref, rien n'est encore gagné pour les insurgés dont la puissance de frappe reste très inférieure à celle de l'armée syrienne. Une page se tourne mais nul ne sait encore lire la suivante.
A Damas pourtant, en préparant les valises parce qu'on fuit par centaines les maisons que la télévision et l'armée appellent à quitter ; en franchissant un à un les nombreux barrages, en panique, on commente déjà les folles rumeurs sur la fuite de Bachar et de son clan, on commence à croire à son départ.
Espoir dérisoire avant que tombent les bombes sur les maisons que l'on laisse. Demain, commence le ramadan. Les jours d'été sont longs, plus longs encore en temps d'exode.

Qu'il dégage ! Qu'il dégage avant la ruine !

mercredi 18 juillet 2012

Le pire du pire


La bataille de Damas a commencé. Aujourd'hui, un attentat au cœur de la capitale a causé la mort du Ministre de l'Intérieur.
Qui hésiterait encore à parler de guerre civile ? Peut-être le commentateur agressif qui sur ce blog, se plaint de me lire à 6h du matin (je ne lui ai rien demandé) et me traite de "connard" parce que je m'insurge contre l'horreur syrienne en citant Neruda pour demander que soient punis "les défenseurs de ce crime".
Les arguments sont toujours les mêmes : le fiasco irakien et, en Libye, l'élimination pour le moins douteuse de Khadafi.
Alors quoi ? Parce que l'humain a échoué ici, il faudrait accepter en silence que soient commis ailleurs des crimes contre l'humanité ? Ne rien dire et laisser massacrer ?

Mais vrai, je ne suis pas allée en Syrie, je ne suis pas allée à Tombouctou. Je n'ai pas plus souffert dans les camps de la mort de la Shoah, pas voyagé à bord des galères négrières, ni porté d'arme à 10 ans dans quelque conflit diamantaire. Cela ne m'empêche pas d'être profondément offensée chaque fois qu'est commise une atteinte à la dignité de l'homme. 
Alors non, je n'en resterai pas à mes dessins. Ne vous déplaise M.le commentateur manifestement aficionado de Marine et passionné d'armes à feu, mes mots continueront de dénoncer pour que plus jamais la bonne conscience ne puisse se retrancher derrière un fallacieux "nous ne savions pas". On tue en Syrie, de sang froid, des familles, des gosses. Cela doit être dit et répété parce que cela doit être su !

Quant à ceux qui pensent que c'était mieux avant, que parfois le joug d'un dictateur vaut mieux que les conflits, je répondrai que nulle part les dictateurs n'ont réglé les problèmes, que partout ils n'ont fait que les étouffer, creusant plus profondément encore le lit des antagonismes. Faites taire une opinion, elle deviendra frustration et attisera les haines. C'est inévitable : l'homme a besoin de penser, même si cela ne se voit pas toujours.

Alors à vous qui prenez pour de la bêtise tout ce qui ne pense pas comme vous, je vous le dis : si mes propos vous dérangent, ne les lisez pas, cela m'est égal. 
Mais de grâce, gardez vos insultes et votre intolérance. Moi, j'ai peu de haine pour les hommes en particulier, pas même pour Poutine ou Assad. Mais de la tristesse, oui, énormément… et une honte immense de voir des hommes commettre ces crimes et d'autres les excuser au nom d'un hypothétique "moins pire". Le pire du pire, c'est l'acceptation de l'indignité, c'est d'être munichois, c'est d'être collabo !

mardi 17 juillet 2012

Course toujours


De la sueur, des crampes, des effets indésirables et même des clous...
Aujourd'hui, c'est repos pour les coureurs du Tour. Le temps de s'en jeter une pleine seringue et c'est reparti dès demain avec 197 kilomètres et quatre cols pyrénéens en une journée. Objectif; relier Pau à Bagnères de Luchon.

Vous me direz : que vient faire le Tour de France sous la plume d'ARySQUE ? Rien.
Je suis dans le train en direction de la Vendée ou je m'en vais livrer une sculpture.Je me dis qu'il ne me reste que quelques jours pour tout boucler avant les cimes, que je ne sais pas bien comment faire et que bref, je me sens quelques affinités avec les cyclistes à bout de souffle : moi aussi, j'ai la tête dans le guidon.
Mais j'avoue, ça fait moins mal que des kilomètres de pédalage.

Alors, bon courage aux coureurs et doucement sur le dopage : nulle course ne vaut de crever à 30 ans comme un vieillard.

lundi 16 juillet 2012

Il y a 70 ans : la rafle

©Aql

Ils sont arrivés au petit matin avec fracas, avant le lever du jour qui pourtant se levait tôt en ce 16 juillet 1942 : 9000 policiers et gendarmes français qui ont sillonné Paris pendant deux jours, raflant 13152 juifs étrangers réfugiés en France. Hommes, femmes, enfants, vieillards.

8160 d'entre eux furent enfermés au Velodrome d'Hiver où ils furent retenus dans des conditions inhumaines, entassés sur les gradins, avec un seul point d'eau et sans nourriture, pendant 4 jours. Les autres gagnèrent directement Drancy.
Tous ou presque partirent pour un voyage sans retour : Auschwitz.
Au total, plus de 42 000 juifs ont été expédié de France jusqu'à Auschwitz. 811 sont rentrés. Un quart fut arrêté en cette sinistre rafle du Vel' d'Hiv' ; 25 adultes rentrèrent accompagnés de quelques enfants.

En face de mon atelier, un large bâtiment de briques accueillait à l'époque plusieurs logements sociaux financés par la Fondation Rotschild. 42 familles juives habitaient là lorsque les Loup nazis sont entrés dans Paris. Une seule est revenue. Les très vieux racontent encore comme l'école où mes filles ont appris à lire plus de 50 ans plus tard s'est vidée d'un seul coup.

Qu'on se le dise : le génocide n'est pas comme la varicelle. Ce n'est pas parce qu'on l'a eu une fois, qu'on ne l'aura plus jamais.
Au contraire, les faits l'attestent souvent : le crime contre l'humanité est chez l'homme une maladie chronique. Laissez la s'installer et vous atteindrez son stade ultime : le génocide.
Mémoire et vigilance sont les seuls traitements dont nous disposons pour la prévenir. 

Pourtant, d'après un sondage CSA publié lundi, une large majorité des Français de moins de 35 ans ans n'a jamais entendu parler de la Rafle du Vel d'Hiv' : ils sont 67 % chez les 15-17 ans, 60 % chez les 18-24 ans…
Voyez comme on oublie.
Voyez comme on recommence, ici et là, à creuser des lits pour la Bête immonde.

dimanche 15 juillet 2012

Je veux du soleil !



Aujourd'hui, c'est dimanche et je ne rêve que d'une chose : un ciel sans nuage !

samedi 14 juillet 2012

La marche au pas en Russie


Ne comptez pas sur moi pour vous parler du défilé du 14 juillet. Les avions n'arrêtent pas de passer au-dessus de l'atelier et franchement, "la musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas"…
J'aurais pu continuer la chanson* et vous dire que "je ne veux pourtant de tord à personne", mais ce ne serait pas très honnête.

Parce qu'il en est à qui j'en veux : ce sont les adeptes des peuples qui marchent au pas ; à commencer par l'un des plus toxiques en ces temps troublés : Vladimir Poutine. 
En effet, non content de permettre la perpétuation du massacre syrien et plus globalement de soutenir les pratiques dictatoriales par principe, le nouveau tsar russe, élu par l'opération du plein trucage, n'en délaisse pas pour autant la scène nationale.

En témoignent la dernière série de lois répressives votées par la Douma. 
Ainsi, depuis le 9 juin, manifester en Russie sans autorisation coûtera de 7200 euros pour les particuliers à 24 000 euros (j'arrondis) pour les personnes morales. 
Un mois plus tard, le 11 juillet, des amendements sont venus censurer la Toile, officiellement pour protéger les mineurs contre la violence et la pornographie. Sauf que le dispositif est suffisamment flou pour que les responsables de sites peu conformes parlent du début d'une censure généralisée du web. Comme on dit ces temps-ci : "quand c'est flou, y a un loup !"
En signe de protestation, Wikipedia a d'ailleurs fermé son site russe pendant 24 heures et sa page vierge affichait : "Représentez-vous un monde sans connaissances libres".
Hier, ce sont les ONG qui ont fait l'objet des dernières lois répressives russes : taxées d'"agents étrangers", celles qui reçoivent des capitaux de l'étranger seront placées sous contrôle. (source : LeMonde)

Pendant ce temps-là, on s'inquiète des mouvements d'armes chimiques en Syrie, Assad fait massacrer plus de 150 personnes à Treimsa et Poutine rejette la résolution du Conseil de sécurité. Même Kofi Annan commence à se lasser.

La Russie n'est pas mon pays, alors je n'ai pas le droit.
Et bien, quand même : Poutine, dégage !
  
*Georges Brassens, La Mauvaise réputation


vendredi 13 juillet 2012

Le retour de la Semaine ARySQUE

Le numéro 15 est en ligne, avec plein d'inédits.
Pour le feuilleter, cliquez sur l'image. 
Et diffusez sans modération.

Bon feuilletage.


jeudi 12 juillet 2012

Les hommes libres du Mont Maudit


©Aql in SEYRAQ

Ils se sont levés tôt ce matin, à l'heure où d'autres se couchent et même encore plus tôt. Le vent promettait de rendre l'ascension du Mont Maudit un peu plus délicate. Ils s'étaient peut-être frappé les bras pour se réchauffer en chaussant les crampons après un vague café, un vague thé, une vague nourriture énergisante. 
Puis ils sont partis, comme on part toujours dans ces cas-là : un brin endormis certes, mais titillés par cette petite pointe d'adrénaline qui rend la montagne si excitante…

Ils sont partis comme il faut, à l'heure où il faut. Pas forcément trop tard, ni trop tôt. 
L'avalanche, elle, fut matinale. Aux alentours de 5 heures du matin, elle a balayé le couloir dans lequel s'étaient engagées quelques cordées. 15 alpinistes ont été emportés. 9 sont morts. 4 sont portés disparus. Les secours ont du arrêter leurs recherches jusqu'à demain.
C'est le plus grave accident de montagne à Chamonix depuis 10 ans. 
C'est la montagne, c'est tout : un ultime espace de liberté, quoique. 
Parfois, les hommes libres s'y brûlent les ailes. C'est tellement puissant là-haut !

Encore un jour de deuil dans l'industrie

Combien étaient-ils, en ce milieu des années 1970, arrivés de loin, via Gibraltar, le bras tamponné et tout juste vêtus, venus tout exprès pour travailler ici, en cette usine chevronnée sise à Aulnay-sous-bois ? Combien étaient-ils, recrutés en Tunisie ou au Maroc, par des médecins mandatés par Citroën pour trouver une main-d'œuvre peu chère et robuste, âgée de 18 à 25 ans ?

A Aulnay, ils firent les trois huit sans même avoir le droit de se parler tant la cadence était infernale. Là, des contremaîtres - d'anciens colons parlant arabe - retrouvaient en cette occasion la puissance perdue avec la décolonisation. Les"Bougnoules" encaissaient…* 
La France, elle, était fière de ce fleuron de son industrie.
A Aulnay-sous-bois, on construisait "La Rose des Vents", cette cité dite des 3000 parce qu'elle compte 3000 logements sociaux. On voulait alors rapprocher les habitats des usines et l'on fermait les derniers bidonvilles. 
Le ghetto était à portée d'usine. Pratique.

Ce matin, vingt ans après la fermeture de l'usine Renault de Billancourt, PSA a confirmé ce qu'il démentait, cette rumeur qui depuis un an ôtait le sommeil des ouvriers d'Aulnay : 3000 emplois et 300 contrats intérimaires seront supprimés en 2013. Quant au site, il fermera bien en 2014 : l'affaire est planifiée depuis un moment ; le marché européen de l'automobile est en forte baisse.  
L'ex fleuron aulnaysien de Citroën était la plus grosse usine de Seine-Saint-Denis. Elle n'a eu droit qu'à un démenti de circonstance, pendant des mois, puis la claque ! "Un crime social", selon les Syndicats. Une catastrophe pour le 9-3, département le plus pauvre de France.

A ces 3000 d'Aulnay, s'ajoutent les 1400 PSA de Rennes et quelques 3600 emplois de structure (administration, recherche, commerce et développement). 
A ces 8000 de PSA, s'ajoutent encore, entre autres, ceux que doit annoncer aujourd'hui Sanofi : sans doute plusieurs centaines, à Montpellier et Toulouse surtout.

Blottis les uns contre les autres aux portes de l'usine d'Aulnay, coudes serrés, les futurs ex PSA d'Aulnay grondent. Leur voix brisée par les nuits d'angoisse s'est faite plus rauque, plus forte : "Assasins !". 
Parce que quelque chose se meurt : notre ère industrielle. Son agonie a commencé avec la disparition des Gueules noires, à peine plus d'un siècle après Germinal.

*Merci à Mediapart pour les très beaux portraits des PSA d'Aulnay.

mercredi 11 juillet 2012

Tombouctou : les œuvres en hors-d'œuvre


En pays touareg, la femme touareg ne porte pas le voile. Elle marche tête nue, laissant à son homme ce privilège qui donne à la peau un hâle indigo. En pays touareg, la femme touareg se marie une maison sur la dot : l'époux qui l'abandonne perd le logis avec. 

Le pays touareg est terre de transhumance, "Azawad" en tamasheq, la langue locale : une terre de désert balisée de quelques puits précieux. 
Au XIe siècle, la jeune Bouctou gardait un de ceux-là. La ville prospéra. On l'appela Tim-Bouctou, "le puits de Bouctou". On y érigea deux mosquées au XIV et XVe siècle. Rapidement, une femme décide de transformer la medersa de la nouvelle mosquée en une université islamique. Celle-ci gagnera rapidement une renommée internationale et accueillera jusqu'à 25 000 étudiants.
Des splendeurs que l'imagination de l'homme a bâti au nom d'un rêve : Dieu !

Tombouctou ," Perle du désert", l'un des plus beaux fruits de la culture musulmane et Tombouctou agonise : son histoire s'efface, comme on gomme un pan d'humanité.
Ce n'est pas le vent qui endommage les façades sableuses, ce ne sont pas les ans qui usent les marches qui s'enroulent contre les murs. La destruction est bien plus rapide, quelques heures seulement : c'est la non-œuvre de hordes barbares qui détruisent un à un les mausolées de "la ville au 333 saints". 
Hier encore, les pioches ont percé les flancs de la mosquée de Djingareiber, la plus ancienne.

Inquisiteurs
En pays touareg, huit siècles après l'érection de cette mosquée, un chef touareg (expulsé en 2007 d'Arabie Saoudite pour ses relations avec Al Qaida) est revenu au pays pour effacer la trace de ses pères. Au nom d'un rêve couleur cauchemar : Dieu !
Son nom : Lyad Al Ghali, fondateur d'Ançar Dine, mouvement islamiste, lié à Aqmi et chantre de la Charia qui n'a pas grand chose de commun avec la culture touareg.

Souvent, quand je regarde le Calvaire du Christ décliné en polyptyque par Duccio, quand je déroule des arabesques pour admirer des murs, quand j'écoute chanter quelques negro spiritual ou quand je regarde passer les photos des mosquées de Tombouctou, je me dis que ça n'a pas tellement d'importance que Dieu existe ou pas, que c'est juste merveille que les Hommes l'aient inventé.
Et puis reviennent les inquisiteurs et je me renfrogne, durablement. 
Dans ces cas-là, c'est douloureux d'être athée : j'aurais préféré pouvoir accuser Dieu. Mais c'est l'homme, une infinie puissance de création et une infâme Bête immonde. Celle-ci ne se nourrit que d'humain. Les œuvres sont ses hors-d'œuvres et c'est toujours à la sauce sang.
Le 5 juillet, le Conseil de sécurité de l'ONU a rappelé que les Islamistes qui ont détruit les mausolées de Tombouctou étaient passibles de poursuite par la Cour pénale internationale. La destruction des statues, les autodafés sont des atteintes à l'Homme.

Lire aussi sur ce blog : La contagion malienne

mardi 10 juillet 2012

Cœur sans frontière

Demain matin à l'aube, les voyageurs en provenance de Dakar et à destination de Paris verront le soleil se lever au-dessus d'une mer de nuages.
Demain matin, juste après le lever du soleil, un petit garçon atterrira dans un aéroport parisien. Il aura vu sans doute ce spectacle-là et j'espère que cette beauté lui aura réchauffé l'âme sans fatiguer son cœur malade.

Parce que demain matin à l'aube, arrive à Paris, un hôte de marque : un garçonnet de 9 ans au souffle court mais plein de vie, qui rêve, comme tous les gosses, de courir derrière un ballon et de grimper aux arbres.
Ici, des équipes de soignants mettront tout en œuvre pour réparer son cœur.
Ici, des Dignes l'accueilleront comme un membre de la famille, lui apporteront soins préopératoires et postopératoires, affection et pédagogie : un cocon familial de substitution.
Là-bas, ses parents guetteront le retour de l'enfant au souffle apaisé.

Depuis 1996, l'association Mécénat cardiaque a pris en charge plus de 1800 enfants, hébergés par des familles d'accueil bénévoles et opérés dans 11 hôpitaux français.
L'un deux arrive demain. Sa chambre est déjà prête à deux pas de Paris, juste au-dessus du salon, avec vue sur le jardin. Deux palmiers l'y attendent comme deux brins de Sénégal.
Ceux qui l'accueillent et ceux qui le soignent nous rendent fiers d'être humains.

Je voulais les remercier. Je voulais surtout qu'on soit super nombreux à penser à ce gamin, pendant ces six semaines !



lundi 9 juillet 2012

A la porte de la conférence

Elle grogne pour elle-même dans une langue slave ébréchée, chignon gris en bataille, des rides profondes qui marquent même des sourires perdus. On lui donnerait 100 ans et presqu'autant d'errance. Chaque jour aux alentours de 18 heures, elle pose sa canne sur le bord de la poubelle verte et plonge sa main tordue dans les sacs déchirés. Elle fouille, scrute et brandit parfois, ravie, un cul de salade.

Dans mon quartier bobo, il est une heure de première importance. Cela se passe un peu avant l'apéritif ou pendant, juste après que les gardiennes ou les sociétés de services mandatées à cet effet aient sorti les poubelles des immeubles. Il reste alors une soixantaine de minutes — parfois un peu plus, parfois moins — avant que passent les hommes en vert dans leur camion avaleur de détritus. Ils viendront faire l'ultime ramassage. 
Avant eux, plusieurs poubelles d'ordures ménagères auront été soigneusement inspectées, écrémées, par des familles ou des hommes seuls, beaucoup de vieillards, hommes ou femmes, de toutes nationalités… 
La semaine dernière, un voisin s'est fait chasser de la supérette qu'il fréquentait chaque matin : la barbe trop sale pour supporter sa gueule dans le miroir, il avait subtilisé - ultime coquetterie - une bombe de mousse à raser.
Ce n'est pas nouveau. C'est juste plus fréquent, plus visible. 
La crise, concrètement c'est cela : une misère tellement prégnante qu'elle déborde de toutes parts et qu'il devient impossible de la cacher, même à coup d'arrêtés anti-mendicité.

LA Crise.
Aujourd'hui, le gouvernement réunit la Grande conférence sociale (voir article in LeMonde). Pas une réunion au sommet. Une conférence pour échanger, discuter, mettre les problèmes sur la table, réunir tous les acteurs et travailler à essayer d'inventer ensemble des solutions pour sortir de LA crise. Les décisions seront prises plus tard parce que d'abord, il faut discuter. Le retour du dialogue social, c'est toujours ça de pris.

Mais en regardant  l'ordre du jour, en lisant les thèmes* des ateliers de travail qui occuperont les participants cet après-midi et demain matin, on se dit que cette conférence élude tout de même un sujet de toute première urgence : que fait-on de ceux qui n'ont même plus le minimum vital ? Ceux qui, chaque jour, coincés en zone de survie, devancent les hommes en vert, pour se nourrir de nos ordures ?

* Sept ateliers de travail sont organisés sur les thèmes suivants : 
l'emploi, 
la formation, 
les salaires, 
l'égalité homme-femme et les conditions de travail, 
le redressement productif, 
la protection sociale et les retraites, 
la fonction publique.

jeudi 5 juillet 2012

Expo - J-1



Egalité, Technique mixte sur et sous toile, 150 x 100 cm. ©ARySQUE, 2012

Lundi, je reprendrai le fil de l'info.
Mais avant cela - demain à partir de 18h -  je vous reçois en mon atelier (Paris 11) : des dessins, des sculptures, des peintures, des textes… et des gens qui se parlent en vrai.

Vivement demain !
Il se peut que quelques voisins fâcheux ferment la porte de l'immeuble. Si vous n'avez pas le code, contactez-moi.