mercredi 30 août 2017

Ici et ailleurs, à Paris, les 15, 16 et 17 septembre


Quand au printemps dernier, Polska m'a proposée de venir exposer dans son atelier pour la première édition du Génie en liberté, j'ai dit oui tout de suite, sans même avoir vu le lieu. J'ai dit oui parce que c'est Polska et qu'il y a des univers artistiques qui se parlent si facilement et si spontanément que l'intérêt de leur cohabitation est une évidence. 

Quelques jours plus tard, je croisais Maïka et Pol Lujan, également conviés à exposer chez Polska pour ce Génie en liberté. Leurs sourires entendus en apprenant que je n'étais jamais allée chez Polska m'avaient préparée à quelques surprises… 
En juillet dernier, quand j'eus terminé les travaux du passage Beslay, j'allais enfin prendre le thé chez Polska. Je sortais charmée.

C'est un passage comme le XIe arrondissement de Paris en cache un peu partout : on y entre par un porche de la largeur d'une porte d'immeuble dont la grille est le plus souvent ouverte. une fois à l'intérieur-extérieur, le regard porte loin, heurtant les pavés défoncés par des années de labeurs et de charges pesantes roulées à bras d'hommes. Tout au fond sur la gauche, dans le coin d'une cours ombragée par une vaste tonnelle croulante de vigne, une porte donne accès à ce qui ressemble fort à une serre. 
Sauf que, une fois encore, les sens vous trahissent : la porte de l'immeuble n'ouvre pas sur un immeuble et celle de la serre n'ouvre pas non plus sur une serre : vous venez d'entrer dans l'atelier de Polska  qui, en fait, est quand même un peu une serre. Le raisin a gagné l'intérieur et pend en grappes lourdes au-dessus de nos têtes dans un foisonnement de feuilles luisantes, des jardinières et des bacs font murets et la luxuriance verte et florale côtoie les végétaux desséchés. 
Mortes ou vives, les plantes sont partout, entrelacées ou ponctuées de papiers, de pirogues, de mots et de pierres légères comme des nuages… Ici tout bruisse comme un jardin. Ici, ce n'est pas un lieu, c'est un espace-temps. On y est ici et on y est ailleurs. Ici, c'est un "rempart de brindilles" (René Char). 

Alors dans l'atelier de Polska, les 15, 16 et 17 septembre prochain, j'exposerai des bribes de vie : des photos d'ici et d'ailleurs suspendues comme de minuscules souvenirs au-dessus de ma conscience, des peintures attrapeuses de tempêtes qui fixent sur mes photos souvenirs, heurs et malheurs du temps présent. 







Enfin, parce qu'on sera ici et parce qu'on sera ailleurs, j'inviterai René Char et mon Inca du limon qui récite Neruda. Deux poètes qui me musardaient déjà, il y a près de dix ans, quand j'écrivais les Errances. Il y était alors beaucoup question de fleurs, de langage et de temps… comme dans l'atelier de Polska, en fait.

Merci Polska !






INFOS PRATIQUES

Le Génie en liberté

Premières portes-ouvertes des ateliers des artistes du Génie de la Bastille, le Génie en liberté est une promenade artistique dans le 11e arrondissement de Paris, qui se déroulera les 
15, 16 et 17 septembre
90 artistes, 45 ateliers, 8 galeries, 13 lieux d'animation.


L'atelier de Polska (n°30 sur le plan)

7, rue de Montlouis - 75011
(au fond de l'impasse à gauche)
Artistes exposants : Polska (sculpteur), Pol Lujan (photographe), Maïka (graphiste), arYsque et quelques performances…


jeudi 24 août 2017

Rentrée avec les Matinaux

Les Matinaux. Les Amants détenus (hommage à René Char). 
Acrylique et Posca sur bardeaux de mélèze.



« La sagesse est de ne pas s’agglomérer, mais, dans la création et dans la nature communes, de trouver notre nombre, notre réciprocité, nos différences, notre passage, notre vérité, et ce peu de désespoir qui en est l’aiguillon et le mouvant brouillard. » 
René Char, Rougeur des Matinaux (V), in Les Matinaux, Gallimard, 1950.



Au lieu dit du Serré-Coste-Telme, j’ai installé quelques Matinaux pour veiller sur mon jardin. J’avais emporté René Char dans mes valises pour préparer mon expo de septembre dans l’atelier de Polska : René Char, un passage obligé pour réussir à me poser enfin, après une année passage Beslay où je n’ai pas pu, suffisamment, prendre le temps de ces flâneries poétiques qui m’éclairent et me guident.

Je rouvrais Les Matinaux en quête d’un texte à partager avec Polska, Maïka et Pol Lujan, les trois artistes avec lesquels j'exposerai pendant la première édition du Génie en liberté

J’avais imaginé réfléchir une demie-journée sur cet ouvrage que j’avais déjà lu, mais il m'a happée et j’y ai passé presque toutes les matinées de mes vacances. C’est qu’il restaient encore dans mon atelier en plein air, des bardeaux de mélèze de l’ancien toit, des outils, du liant, des pigments, etc. Il ne manquait en fait que ma trousse de Posca que je pouvais encore faire venir.
Alors, comme un moineau qui s’ébroue dans une flaque d’eau (scène vue hier au jardin partagé Truillot dans une barquette installée tout exprès par Demba, grand fou rire !), je me suis « baigné(e) dans le poème »* (de Char) et j’ai planté cinq Matinaux à Coste Belle. Désormais, ils veillent sur mon jardin lorsque je dois l’abandonner à ses saisons extrêmes, là-haut, à un peu plus de 1400 m d’altitude. 

Les Matinaux, Fête des arbres et du chasseur

Les Matinaux, Fête des arbres et du chasseur. Le Chasseur désespéré. 

Les Matinaux, Fête des arbres et du chasseur. Première guitare. 

Les Matinaux, Fête des arbres et du chasseur. Deuxième guitare. R°

Les Matinaux, Premier Matinal V°


les Matinaux sont donc restés là-bas, dans mes montagnes. 
Rentrée à Paris cette semaine, je prépare mon expo chez Polska dans le cadre du Génie en liberté à laquelle je serais contente de vous voir.

Je vous en dis plus bientôt sur ce que j'y présenterai, mais notez déjà les dates : les 15, 16 et 17 septembre à Paris dans le XIe. Au programme : un parcours artistique dans l’arrondissement, avec 20 installations et plus de 90 artistes exposés dans 45 ateliers (l’atelier de Polska est le n°30 sur le programme), 8 galeries et 13 lieux d’animation. Programme et dossier de presse en cliquant ici.

Bonne rentrée à tous et à bientôt !

* A. Rimbaud. le Bateau ivre

mercredi 12 juillet 2017

Cet été je fais du vol-livre !




Alors que les écoles ont fermé leurs portes et que dans le passage Beslay, les enfants ne courent plus matin, midi et soir pour rejoindre leurs copains et leur classe ; maintenant qu'est achevée la création du Jardin des connaissances et que flotte un peu partout dans Paris, le parfum des vacances, le calme m'a mise KO.
Comme un petit coup de blues post-partum : vide sidéral et flottement de même, après sept mois comme dans un tunnel, happée par ce projet dans LE passage.

Alors, pour prendre du recul, j'ai attaqué la pile de livres qui m'attend depuis des mois et qui n'a fait que grossir depuis Noël.
En trois bouquins***, j'ai découvert Nantes comme je ne l'imaginais pas. J'ai vu l'Europe dans des conditions pas toujours simples et même souvent carrément dangereuses. J'ai traversé des conflits terribles, de la guerre d'Espagne à Sarajevo, j'ai échappé à des triades chinoises et à des mafieux serbes, j'ai joué les Robin des bois en jupons dans le crachin breton… j'ai vécu plein d'âges et plein d'époques. Orgie de livres, gavage de récits, de portraits, de connaissance et de belles plumes !
En quelques jours, j'ai repris possession de mon temps en échappant au réel, grâce à un polar pour ados qui envoie le Club des cinq en plein Millenium et à deux très jolis livres qui nous parlent avec tendresse et intimité de destins de femmes et de misère noire.

(…)
Alors, maintenant, au rythme paisible de l'été, je vais pouvoir tranquillement penser à la rentrée et notamment préparer une exposition pour les 15, 16 et 17 septembre, avec Polska, Maïka et Pol Lujan, dans l'incroyable atelier de Polska à Paris XI, et dans le cadre du Génie en liberté.

Je vous en dis plus bientôt… mais peut-être pas très vite… peut-être pas avant la fin août (en attendant, vous pouvez consulter la page du Génie en liberté.)
Parce que là, tout de suite, je ne rêve que d'une chose : dessiner tranquillement à Paris puis installer mon atelier en plein air et faire du vol-livre les pieds dans l'eau ou dans l'herbe, en regardant les parapentes et en respirant la montagne.
Très bel été à tous !


*** A LIRE ***
Guillaume Le Cornec, L'Île aux panthères (les Jaxon), ed. du Rocher. Polar pour ados.
Lydie Salvayre, Pas pleurer, Points. Goncourt 2014. 
Michèle Lesbre, Chère brigande (lettre à Marion du Faouët), Sabine Wespieser éd.

jeudi 29 juin 2017

De Loveland au Jardin des connaissances : Yu Man et les mots


Loveland, feutre sur papier collé sur carton. 
5 panneaux de 122 x 82 cm. 2014

Amarcord.
Quand je créais Loveland au printemps 2014, une vieille chaise dont plusieurs barreaux avaient été brisés et que j’avais rafistolée de fils de fer et bandes plâtrées traînait dans mon atelier. Pendant que je superposais mes lignes et mes errances d’écriture sur les panneaux de Loveland, je lorgnais régulièrement cette chaise, imaginant y poser un couple couvert de mots lui aussi (je pensais sans cesse au Baiser de Rodin).

Mais il en est allé autrement.
Le temps a passé et j’ai finalement rangé les panneaux de Loveland qui occupaient les deux tiers des murs disponibles de mon atelier, me laissant peu de place pour travailler.

Deux ans plus tard, je m’occupais de ma chaise à d'autres fins : elle n’accueillerait pas d’amoureux enlacés; mais Yu Man, un lecteur couvert de mots, assis sur une chaise, et que la végétation envahissait peu à peu comme s’il renfermait les deux éternités du vivant : la floraison renouvelée et l’écriture.
Pendant 10 jours en octobre dernier, à l'occasion de la 8e Biennale du Génie des Jardins, Yu Man fut ainsi le Lecteur du parc du square Gardette et je commençais avec lui mon travail collaboratif avec les enfants, mêlant lecture et création artistique pour bâtir l’univers de Yu Man. 
Je rencontrais aussi Raphaël, sans-domicile origamiste que j’allais retrouver au jardin partagé Truillot en créant le Jardin des connaissances.

Le Lecteur du parc (Yu Man et ses fleurs au square Gardette)
structure en matériaux divers, ht. : env. 160 cm. 2016.


Après cette sortie, Yu Man du être réparé ça et là – la rue n’est pas tendre – ; puis il a attendu patiemment, jusqu'à aujourd'hui, me regardant m'agiter dans tous les sens et sans relâche tandis que je travaillais au Jardin des connaissances. 

C’est alors que, dans le Jardin partagé Truillot justement, on installa une bibliothèque où chacun peut venir emprunter un livre. Un petit espace abrité et encadré de bouquins, ouvert et partageur… Je n’ai pas mis longtemps à penser que la place de Yu Man était là et l'on voulut bien l'y accueillir : la semaine prochaine, il deviendra donc ambassadeur du Jardin des connaissances dans le Jardin partagé Truillot, et il sera placé sous la protection de Demba.

Yu man, à l'atelier Méricourt en attendant de sortir à nouveau

Avant cela, il fera un petit parcours dans notre lopin du XIe :
-       vendredi soir — c’est-à-dire demain ! —, il ira faire le plein de lectures dans la Librairie La Tête ailleurs (42 rue de la Folie-Méricourt). Installé sur LA vieille chaise, au milieu des panneaux de Loveland (je savais bien que ma vieille chaise s’y installerait !), il m’aidera à vous raconter comment, ensemble, on a conçu le Jardin des connaissances.

-       Samedi, Yu Man passera un moment dans le passage Beslay pour lire les murs avec nos visiteurs, avant de partir en procession, rue de la Folie-Méricourt en direction de l'église Saint-Ambroise, pour prendre ses nouvelles fonctions en pleine fête de l’été au Jardin partagé.

Alors, si vous avez manqué mardi, l’hommage à Jean Zay, en présence de sa fille, de François Vauglin, maire du XIe, et des enfants de l'école Pihet venus chanter dehors pour l'inauguration du passage (photos à venir sur le blog du passage Beslay)…


Jardin des connaissances (passage Beslay), Mur Jean Zay. 2017


… il vous reste deux occasions de venir nous voir. Ensuite, vous pourrez toujours vous promener dans le Jardin des connaissances… entre Beslay et Truillot. 


Pour être informés des événements du Jardin des connaissances, abonnez-vous à son blog ou rendez-vous sur Facebook.

vendredi 23 juin 2017

Inauguration du Jardin des connaissances. J-4



La semaine j'inaugurerai ma nouvelle création réalisée avec des enfants, des travailleurs handicapés et des habitants du quartier, avec ou sans toit.
Trois dates : 
• le 27 juin avec les écoles, en hommage à Jean Zay et en présence de sa fille et du maire du XIe arrondissement de Paris,
• le 30 à la librairie La Tête ailleurs pour une présentation de la démarche artistique à laquelle vous serez invités à participer.
• le 1er juillet pour faire la fête avec le jardin partagé Truillot et retrouver Yu Man.

Plus d'info sur le blog du passage Beslay.

jeudi 1 juin 2017

L'art comme un jardin


Voilà des semaines que je n'ai pas écrit sur ce blog.
J'écris et je publie pourtant. Souvent.
Je dessine beaucoup aussi.
Et je partage surtout, des moments incroyables !

Depuis des mois, je travaille sur le projet du Jardin des connaissances. Il occupe mes nuits et mes jours. Dans quelques semaines, fin juin, il devrait être inauguré. 
Ensuite, pour les années qui viennent, j'espère que nous serons nombreux à le jardiner. Vous aurez toutes les infos sur le blog du passage Beslay où est en train de se créer ce Jardin des connaissances.

Mais ici, sur mon blog à moi, j'avais envie de venir poser ce concept-là, ma petite ébauche de manifeste. Parce que voilà :

Le Jardin des connaissances n'est ni du street art, ni une œuvre d'art à proprement parler. C'est la création d'un espace et d'un mouvement d'imagination qui modifie le lien social: 
on fait vivre une œuvre d'art ensemble, en se rencontrant.

C'est une œuvre pensée comme un jardin, nécessairement évolutive et plurielle, inattendue et intersubjective, faite d'éphémères à durées variables et qui se nourrissent les uns des autres. 

Au Jardin des connaissances, l'art est un jardin partagé et ce travail-là révolutionne mon approche artistique. 

Rendez-vous sur le blog du Jardin des connaissances :

 Anne Bressier et Veronika Ovchnikova racontent par épisodes  le roman de Maurice Druon, Tistou les pouces verts au jardin partagé Truillot.


Si vous avez manqué le début, Véronika vous dit tout avec les dessins créés lors du précédent épisode avant que ceux-ci soient collés sur les murs de l'école Beslay.

Episode 1 des Feuilletons du Jardin des connaissances

Pédagogie de savoir-vivre dans le passage Beslay

 Pédagogie républicaine dans le passage Beslay qui accueille deux bureaux de vote

Préparation de l'atelier Beslay-Jardin des connaissances dans la classe des petits et moyens de Valérie, école Beslay. 
Les enfants ont commencé à dessiner sur les silhouettes en bois.

Visite des enfants d'une classe de CP d'une autre école de l'arrondissement, l'école Froment.

Raphaël inaugure la création de l'"arbre du quartier" qui sera installé dans le jardin des connaissances après paraphes et dessins des habitants et des travailleurs handicapés de l'Esat voisin.

Signalétique du Jardin des connaissances









vendredi 24 mars 2017

Expo Dessins à Paris avant l'avril



Alors que ce dimanche, la fête des coccinelles battra son plein passage Beslay (Paris 11), lundi me verra investir un autre lieu de cet arrondissement : j'accrocherai à la Galerie du Génie de la Bastille des dessins et rien que des dessins.
Nous serons 26 à jouer cette partition décomposée en cinq thèmes — Métamorphoses, Temps suspendus, Rencontres, Corpus, Espaces singuliers — et cette diversité des approches dira sans doute beaucoup de choses sur les pratiques du dessin contemporain.
Pour ma part, j'exposerai surtout des dessins engagés.
A découvrir du mardi 28 mars au dimanche 2 avril, de 14 à 20 h, au 126 rue de Charonne, Paris 11.

Deux temps forts à noter dans nos agendas :
- mercredi 29 à 18h30, on débat sur les pratiques du dessin contemporain,
- samedi 1er avril à la même heure, on dessine en live et à plusieurs, une œuvre collective. 

Rendez-vous au 126 rue de Charonne, à la Galerie du Génie.
A bientôt.